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Etats-Unis - Chine : plus qu’un conflit douanier

Le vice-premier ministre chinois, Liu He, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, et le représentant au commerce, Robert Lighthizer, à Washington, le 10 mai. CLODAGH KILCOYNE/REUTERS Frédéric Lemaître Et Gilles Paris

Le nouveau round de négociations n’a rien donné. L’épreuve de force dépasse les enjeux commerciaux

ANALYSE PÉKIN, WASHINGTON -correspondants

Les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine se sont interrompues à Washington, vendredi 10 mai, sans que les deux parties puissent parvenir à un résultat. Le président Donald Trump en a dressé le bilan sur son compte Twitter, en évoquant des discussions « franches et constructives », et en assurant que sa relation avec son homologue chinois Xi Jinping restait « très forte ». Il a ajouté que les taxes imposées depuis le matin même sur une nouvelle batterie de produits chinois « pourraient être levées, ou pas », selon l’avancée des « négociations futures », dont on ne connaît pas la date.

Cette perspective a alimenté l’optimisme des marchés américains, qui ont bouclé la semaine sur une hausse, après une série de décrochages brutaux. Ces derniers ont été provoqués par les accusations américaines, démenties par la Chine, selon lesquelles Pékin aurait tenté de revenir sur des engagements pris au cours de séances de négociations précédentes. Ces revirements supposés concernent les principaux griefs américains comme le non-respect de la propriété intellectuelle, les transferts forcés de technologies ou l’accès aux marchés chinois. Ils ont incité Donald Trump à augmenter de 10 % à 25 % les droits de douane sur 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros) de produits chinois.

Après la clôture de Wall Street, le représentant au commerce, Robert Lighthizer, a indiqué que Donald Trump avait donné ordre à l’administration de préparer une augmentation des taxes sur les autres biens importés de Chine, dont la valeur se monte à environ 325 milliards de dollars. Les détails devraient être connus lundi.

Le président des Etats-Unis, qui a fait campagne sur sa capacité à modifier les relations commerciales avec la Chine, estime être en bonne posture face à Pékin du fait de la santé éclatante de l’économie américaine. Il assure par ailleurs que les taxes sont acquittées par la Chine, bien qu’elles soient supportées par les consommateurs américains. « Les taxes apporteront à notre pays BIEN PLUS de richesses qu’un accord traditionnel, même phénoménal », a-t-il affirmé sur son compte Twitter, vendredi matin.

Le locataire de la Maison Blanche a également évoqué le sort des agriculteurs des Etats-Unis, durement touchés par les représailles chinoises, en mentionnant l’utilisation du produit des taxes pour l’achat de surplus agricoles à destination de « nations affamées ». Jusqu’à présent, son administration s’est employée à réduire l’aide américaine.

Discours victimaire

Si la ligne dure de M. Trump reste transactionnelle, une partie de son administration considère en revanche les négociations en cours comme l’expression d’un rapport de force qui dépasse les simples enjeux commerciaux. Le vice-président, Mike Pence, s’est déjà attaqué frontalement à la nature du régime chinois, qualifié d’« orwellien », au cours d’un discours prononcé en octobre devant un cercle de réflexion conservateur de Washington.

L’ex-conseiller stratégique de Donald Trump, Steve Bannon, a publié le 6 mai une tribune incendiaire dans le Washington Post, où il a invité le président des Etats-Unis à refuser un compromis avec Pékin. « L’objectif aujourd’hui des cadres radicaux qui dirigent la Chine est de devenir le pouvoir hégémonique mondial », a affirmé cet ultranationaliste.

  • une tribune incendiaire: 煽动性的专栏文章

Le même jour, la directrice de la planification politique du département d’Etat, Kiron Skinner, a décrit, en termes inhabituels, le duel entre les Etats-Unis et la Chine. « C’est un combat avec une civilisation vraiment différente et une idéologie différente auxquelles les Etats-Unis n’ont pas encore été confrontés », a-t-elle jugé avant d’estimer, pour distinguer cette querelle de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, que « [c’était] la première fois que nous [allions] avoir un rival majeur qui n’est pas caucasien », autrement dit blanc.

Des propos amplement commentés, voire exploités, en Chine pour prouver la mauvaise foi des Etats-Unis. Du renforcement de l’embargo américain sur l’Iran, dont la Chine est le principal client, à la réaffirmation du soutien de Washington à Taïwan, dont Pékin ne reconnaît pas l’indépendance, en passant par l’interdiction faite à China Mobile d’accéder au marché américain, pas un jour ne passe sans que la Chine dénonce une nouvelle « attaque » américaine.

  • la mauvaise foi des Etats-Unis: 美国的缺乏诚意

Tout en se faisant l’apôtre du multilatéralisme, la Chine renoue avec un discours victimaire. Les responsables chinois multiplient les références aux traités inégaux imposés par l’Occident au XIXe siècle. Le 4 mai a été l’occasion pour Xi Jinping de rappeler qu’un siècle plus tôt, la jeunesse chinoise s’était soulevée pour protester contre la décision prise par les Occidentaux, lors du traité de Versailles, de ne pas restituer à la Chine la province du Shandong, occupée par l’Allemagne, mais de la céder à l’occupant japonais.

  • un discours victimaire:受害者的论调
  • le traité de Versailles: 凡尔赛条约

Et le 7 mai a permis aux médias de revenir sur un épisode oublié à l’Ouest, mais qui reste douloureux pour la Chine : le bombardement de son ambassade à Belgrade par l’OTAN le 7 mai 1999, au cours de la guerre du Kosovo.

A Pékin, même les plus modérés jugent que, comme le prouvent les déboires de l’équipementier Huawei, les Américains et une partie des Occidentaux n’acceptent pas la nouvelle puissance de la Chine. Vendredi, Liu He, le vice-premier ministre chinois chargé des négociations, a estimé que celles-ci avaient achoppé sur deux points principaux : le retrait des taxes à l’importation en cas d’accord et la nécessité d’avoir un texte « équilibré ». « N’importe quel pays a besoin de sa propre dignité », a-t-il expliqué.

Qu’un accord avec les Etats-Unis soit interprété comme une victoire de Donald Trump, et Xi Jinping sera critiqué pour sa faiblesse. Mais la croissance chinoise – qui n’est déjà plus aussi solide que les années précédentes – ne peut que pâtir d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis. Un très mauvais point pour le Parti communiste, dont la légitimité repose avant tout sur l’émergence et l’enrichissement de la classe moyenne.

Selon le Wall Street Journal, les Chinois, analysant les pressions de Donald Trump sur la Réserve fédérale pour qu’elle baisse ses taux d’intérêt, en avaient conclu que la croissance américaine n’était pas si robuste et que le président américain avait besoin d’un accord. Ils ont été à nouveau pris au dépourvu. En témoigne le flottement de Pékin depuis l’annonce de l’augmentation des droits de douane de vendredi. Les Chinois ont toujours répondu dans la minute aux augmentations américaines. Rien de tel cette fois-ci.

  • prendre au dépourvu: take it off-guard
  • flottement: wavering
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