用户工具

站点工具


20190514-p15-iran

En Iran, « nous nous serrons la ceinture un peu plus tous les jours »

  • se serrer la ceinture: 勒紧裤腰带

Ghazal Golshiri

L’économie nationale est minée par les sanctions américaines, tandis que l’inflation s’envole

Pour la première fois de sa vie, Sanaz (tous les prénoms ont été modifiés) n’est pas partie en voyage avec sa famille pendant les vacances du Nouvel An iranien, en mars. Comme beaucoup d’autres Iraniens, cette secrétaire dans un centre médical de Malard, une ville située à 50 kilomètres de Téhéran, n’en a plus les moyens. Déjà, elle n’achète plus de viande rouge, dont le prix a triplé en un an, à 1,2 million de rials (7 euros) le kilo. « Et bientôt, je devrai également me passer du riz iranien, dont le tarif a triplé, et me contenter des productions indiennes, moins chères, mais de mauvaise qualité », explique l’Iranienne de 32 ans.

Depuis que le président américain Donald Trump a décidé, le 8 mai 2018, de se retirer unilatéralement de l’accord sur le dossier nucléaire de Téhéran, conclu en juillet 2015, et de réimposer les sanctions bancaires et pétrolières, l’Iran connaît une profonde récession. La monnaie a perdu 68 % de sa valeur en un an et l’inflation a frôlé les 31 % en 2018, selon les chiffres officiels.

Comptes bancaires bloqués

Dans son rapport publié fin avril, le Fonds monétaire international (FMI) anticipe une chute de 6 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019 et une inflation annuelle de 37 %, soit l’une des pires années que l’économie iranienne ait connue depuis la révolution de 1979.

Le 8 mai, à l’occasion du premier anniversaire du retrait américain, les autorités iraniennes ont annoncé leur décision de suspendre « certains » de leurs « engagements » pris dans le cadre de l’accord sur le nucléaire. Ainsi, Téhéran arrête de limiter ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi et a donné « soixante jours » aux pays parties prenantes pour « rendre effectifs leurs engagements, en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire » sous peine de ne plus respecter d’autres clauses dudit accord. Cette décision concerne notamment les Européens, qui, jusqu’à présent, se sont montrés incapables de permettre à l’Iran de bénéficier des avantages économiques qui lui ont été promis.

D’autant que l’extraterritorialité des sanctions américaines a incité nombre de sociétés, notamment européennes, à quitter le pays, à l’instar des constructeurs automobiles français Peugeot et Renault. Quant aux rares entreprises encore présentes, comme Samsung, elles ont réduit leurs activités de manière draconienne. « Nous avons annulé toutes nos campagnes publicitaires et tiré un trait sur la rénovation de nos boutiques. Nous n’allons pas non plus en ouvrir d’autres, explique un employé du groupe coréen. Nous ne pouvons plus importer de téléphones, car les transactions bancaires sont impossibles avec l’Iran. Nous assurons une présence minimale, en espérant que, dans un avenir pas très lointain, la situation revienne à la normale. »

Pour faire face à ce contexte économique difficile, beaucoup d’entreprises iraniennes ont dû prendre des mesures pour diminuer leurs coûts. Ali, gérant d’une société privée de télécommunications à Téhéran, a choisi de ne pas renouveler le contrat de 60 de ses employés (sur 150). Comme beaucoup, il espérait que l’accord de 2015 et la levée partielle des sanctions internationales, à partir de 2016, permettraient au pays d’attirer des investissements étrangers, en particulier européens.

Cependant, depuis le retrait américain, Ali ne se fait plus d’illusions. « Nous nous serrons la ceinture un peu plus tous les jours, souligne le trentenaire. Ce qui se passe aujourd’hui est pire que la dernière période des sanctions internationales [entre 2011 et 2013]. » Autour de lui, ses amis, actifs dans le domaine de la pétrochimie, voient leurs comptes bancaires bloqués, même en Turquie. Sa demande d’ouvrir un compte au Kenya a été rejetée. « Presque toutes les banques, un peu partout dans le monde, ont peur d’avoir des liens avec des Iraniens, de crainte d’être épinglées par les Etats-Unis », observe-t-il.

« Même Pékin recule »

Confronté aux sanctions, l’Etat iranien a, de son côté, supprimé ses subventions pour l’achat de certains produits importés de l’étranger, dont la viande et le papier, et suspendu certains projets d’infrastructure. L’envoi des étudiants boursiers à l’étranger a aussi été stoppé, faute de moyens.

« L’Iran va devoir sceller davantage de partenariats régionaux, relève l’analyste économique Esfandyar Batmanghelidj. Lors de l’embargo précédent, le pays s’était lié à la Chine, qui avait largement ignoré la campagne internationale de sanctions. Mais maintenant, même Pékin recule. Une plus grande stabilité en Irak et en Afghanistan et des relations plus étroites avec la Turquie doivent donner à Téhéran de nouvelles occasions de nouer des contacts avec les marchés frontaliers. »

En attendant que cette stratégie porte ses fruits, les rumeurs vont bon train sur de prochaines hausses de prix – sur les pâtes, le thon en conserve, etc. –, provoquant une ruée sur ces marchandises. Début mai, à la suite de la publication d’une information concernant l’augmentation des tarifs de l’essence, démentie par la suite, des queues interminables se sont formées devant les stations-service dans tout le pays.

  • les rumeurs vont bon train: 谣言四起

Dans la société d’Ali, deux de ses partenaires ont d’ores et déjà vendu leurs parts pour aller vivre à l’étranger. Lui n’envisage pas de jeter l’éponge. « Les prochaines années s’annoncent très difficiles, mais je préfère rester. Vivre ces années en Iran, c’est comme lorsque vous attendez dans une queue pour acheter du lait alors qu’il n’y en a plus. Vous préférez partir, ou attendre un nouvel approvisionnement ? Moi, j’attends. »

  • jeter l'éponge: 认输
20190514-p15-iran.txt · 最后更改: 2019/05/13 17:49 由 82.251.53.114