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John Bolton joue les boutefeux dans le Golfe

  • jouer les boutefeux: 煽风点火

Le pétrolier « Andrea Victory », l’un des quatre bateaux objets de « sabotage » selon Riyad, dans le port de Foujeyrah, aux Emirats arabes unis, le 13 mai. SATISH KUMAR/REUTERS Benjamin Barthe, Gilles Paris Et Louis Imbert (À Paris)

Les attaques des houthistes, alliés de l’Iran, contre l’Arabie saoudite encouragent les « faucons » de Washington

BEYROUTH, WASHINGTON - correspondants

Les « actes de sabotage » contre quatre navires de commerce, dont deux tankers saoudiens, au large des Emirats arabes unis, dimanche 12 mai, ainsi que des attaques de drones contre un oléoduc en Arabie saoudite, mardi 14, revendiquées par les rebelles houthistes au Yémen, nourrissent les craintes d’une escalade entre les Etats-Unis et l’Iran, voulue ou non. Dans ces conditions, la « pression maximale » imposée par Donald Trump contre Téhéran se traduit surtout pour l’instant par une « tension maximale », selon Colin Kahl, ancien conseiller à la sécurité nationale du démocrate Joe Biden lorsque ce dernier occupait la fonction de vice-président.

Cette tension est alimentée par les contradictions du président américain. S’exprimant devant ses fidèles après son élection, le 6 décembre 2016, ce dernier avait promis de mettre un terme aux « renversements de régimes étrangers dont nous ne savons rien et avec lesquels nous ne devrions pas être impliqués » et d’en finir avec « un cycle destructeur d’interventions et de chaos ».

La stratégie adoptée depuis un an contre l’Iran, avec la sortie des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien, va pourtant dans la direction opposée. Washington a beau assurer qu’il n’a pour but que de contraindre Téhéran à négocier, dans les faits il exige de l’Iran qu’il s’engage dans les discussions en position de faiblesse et pour multiplier les concessions, ce qui laisse sceptiques les experts de la région.

« John est très bon »

Donald Trump a donné une illustration de cette ambiguïté en démentant mardi un article du New York Times faisant état de plans à l’étude pour envoyer 120 000 militaires américains dans la région afin de répondre, le cas échéant, aux « menaces » imputées à l’Iran évoquées depuis plus d’une semaine par la Maison Blanche. « Est-ce que je ferais ça ? Absolument. Mais nous ne l’avons pas prévu. Espérons que nous n’aurons pas à planifier cela. Et si nous le faisions, nous enverrions beaucoup plus de troupes », a assuré le président des Etats-Unis.

Quelques jours plus tôt, le 9 mai, interrogé sur les risques de guerre, Donald Trump avait assuré que les dirigeants iraniens « devraient [l’]appeler ». « Ils devraient appeler, et s’ils le font, nous sommes prêts à leur parler. Nous n’avons pas de secrets. Et ils peuvent être très, très forts, financièrement. Ils ont un grand potentiel [de développement]. Très semblable à la Corée du Nord », avait ajouté le locataire de la Maison Blanche.

Le manque de cohérence du président des Etats-Unis profite pour l’instant au camp qui, au sein de son administration, fait preuve de la plus grande constance. Il est incarné par le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, qui profite du vide créé au Pentagone par le départ de l’ancien secrétaire à la défense James Mattis, remplacé par un adjoint venu du secteur privé, Patrick Shanahan, qui n’a pas encore été confirmé par le Sénat.

John Bolton milite de longue date pour une intervention militaire contre le régime iranien et pour son renversement. Ancien de l’administration de George W. Bush, il n’a jamais exprimé publiquement de regrets à propos de l’invasion de l’Irak en 2003, stigmatisée par Donald Trump pendant la présidentielle de 2016. Sur le dossier iranien, il bénéficie du soutien d’un autre faucon, le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo. Reçu le 1er mai par un ancien de la CIA, Michael Morell, qui anime le podcast « Intelligence Matters », ce dernier a douté que le régime iranien puisse évoluer, estimant que « ce qui peut changer, c’est que les gens peuvent changer le gouvernement » et que les Etats-Unis essaient de « créer un espace pour le peuple iranien » afin d’y parvenir.

Cette ligne dure se vérifie sur d’autres dossiers, comme la Corée du Nord ou le Venezuela. Donald Trump a d’ailleurs spectaculairement recadré John Bolton après l’échec d’une tentative d’éviction de Nicolas Maduro à Caracas, en avril, activement soutenue par le conseiller à la sécurité nationale.

« John est très bon. John a une vision très dure des choses mais ça va », a-t-il assuré le 9 mai en marge d’une cérémonie officielle. « En fait, c’est moi qui modère John, ce qui est assez incroyable, n’est-ce pas ? J’ai John, et j’ai d’autres gens qui sont davantage des colombes que lui. Et, in fine, je prends les décisions », a poursuivi Donald Trump.

  • colombe: 鸽派,温和派

Moins cher et plus discret

Le souci d’équilibre évoqué ce jour-là par le président des Etats-Unis risque d’être durablement mis à l’épreuve au Proche-Orient. Les frappes de drones armés qui ont touché deux installations pétrolières, mardi à l’aube dans la région de Riyad, ont été présentées par les rebelles houthistes, alliés de Téhéran, comme une « réponse aux crimes » du régime saoudien, qui leur mène la guerre sur leur sol depuis mars 2015 avec le soutien de Washington.

Les dégâts réels causés par ces frappes demeurent inconnus, mais elles ont entraîné la fermeture temporaire d’un important oléoduc reliant la province pétrolière de l’est au port de Yanbu, sur la mer Rouge. C’est la première fois que les houthistes utilisent avec succès cette arme, dont ils disposent depuis au moins septembre 2018, capable de porter 18 kg d’explosifs à 1 200 km de distance.

Ce modèle de drones, jamais nommé ni photographié par les houthistes, est moins cher à fabriquer que des missiles de longue portée et plus discret au décollage. Il inclut des composants d’origine étrangère, notamment des moteurs allemands ou chinois, probablement assemblés au Yémen, selon un récent rapport d’experts mandatés par les Nations unies. Mais il est très plausible, note un bon connaisseur du dossier, que les rebelles aient bénéficié d’une aide extérieure pour les développer.

Même si les autorités saoudiennes comme Washington se sont gardées d’incriminer Téhéran, il est difficile d’imaginer que les houthistes aient pu se doter d’un arsenal significatif de drones en à peine trois ans, en partant de zéro, sans l’aide de l’Iran ou de leur allié commun et opérationnel, le Hezbollah libanais. La conception de cet engin s’apparente par ailleurs à celui d’un modèle iranien de longue portée, le Shahed 129, et de ses déclinaisons.

Selon de fortes probabilités, l’Iran a par ailleurs déjà fourni aux rebelles yéménites les composants-clés d’une dizaine de missiles de longue portée, dont certains ont frappé Riyad et ses alentours en 2017 et 2018. Cependant, les houthistes demeurent politiquement indépendants de leur parrain iranien, qui aurait peine à leur imposer de mener une telle attaque, comme du reste à les en dissuader.

Les « actes de sabotage » visant les navires au large des Emirats arabes unis (EAU) restent plus mystérieux. Des images satellites, obtenues par l’agence Associated Press (AP), des bateaux au mouillage, en face du port de Foujeyrah, l’un des sept émirats composant les EAU, ne font apparaître aucun dégât particulier. A ce jour, le seul indice allant dans le sens de l’attaque, dénoncée par les Emirats et l’Arabie saoudite, est une image de la poupe du pétrolier norvégien Andrea-Victory, endommagée au niveau de la ligne de flottaison.

« Pertinence stratégique »

Selon un responsable américain, cité par AP, les quatre navires auraient été touchés par des explosions de faible puissance, qui auraient causé des trous de petite taille dans leurs coques. L’opération, selon, cette source, aurait été menée par des agents iraniens ou pro-iraniens. Mais le caractère anonyme de ce témoignage invite à la prudence. Comme pour les attaques de drones, Riyad et Abou Dhabi, en dépit de leur hostilité commune pour Téhéran, s’abstiennent d’ailleurs de désigner leur voisin, du moins pour l’instant.

« Ce qui est intéressant dans le choix des cibles, c’est leur pertinence stratégique, fait remarquer Emile Hokayem, expert à l’International Institute for Strategic Studies. Aussi bien le pipeline vers Yanbu que le terminal de Foujeyrah ont été développés pour servir d’alternative au passage par le détroit d’Ormuz », la principale voie d’exportation du pétrole des pays du Golfe, régulièrement menacée par Téhéran. C’est d’ailleurs John Bolton qui avait annoncé, le 6 mai, l’envoi d’un porte-avions dans la région pour adresser un « message clair » à l’Iran.

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