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Ieoh Ming Pei

En 1985. PASCAL GEORGE/AFP Frédéric Edelmann

Architecte sino-américain, créateur de la Pyramide du Louvre

Ieoh Ming Pei est mort dans la nuit du mercredi 15 mai au jeudi 16 mai à New York, à l’âge de 102 ans, a annoncé son fils Li Chung Pei au New York Times. Enigmatique derrière un perpétuel et aimable sourire, l’architecte de renommée internationale s’était hissé à un niveau de notoriété sans doute supérieur à ce que représente réellement son œuvre, dominée par le Louvre, à Paris, et par la National Gallery of Art, à Washington.

Comme Oscar Niemeyer, disparu fin 2012, Ieoh Ming Pei avait reçu le Pritzker, en 1983, cinquième lauréat d’un prix maintenant considéré comme le Nobel de l’architecture, mais alors fortement américanisé. Pei représentait bien alors l’intelligentsia constructive des Etats-Unis, et la Chine était loin.

Né à Canton le 26 avril 1917, Ieoh Ming Pei était issu d’une famille fortunée, ancrée dans la Chine traditionnelle, très formaliste, établie à Suzhou (province de Jiangsu), près de Shanghaï. Une ancienne ville impériale, surnommée en Occident la « Venise de Chine » en raison de ce qu’étaient alors ses innombrables canaux et son paysage urbain homogène, connue aussi pour ses jardins et ses particularités architecturales, comme les ouvertures qui ornent les cours intérieures.

Ce n’est que plusieurs décennies après son départ, alors que la ville avait déjà été sévèrement modernisée, que Pei eut l’occasion de retrouver le paysage de son enfance. Son père, banquier, acceptait cependant l’influence occidentale. Sa mère bouddhiste, musicienne, mourut alors que le jeune Ieoh Ming avait 13 ans. Très affecté par cette disparition, il part en 1935 aux Etats-Unis pour y commencer des études au Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Cambridge, école réputée où il recevra son diplôme d’architecte en 1940. Il éprouvera vite le besoin de renforcer ses connaissances par une maîtrise à Harvard sous la direction de Walter Gropius, un des fondateurs du Bauhaus, et de Marcel Breuer, autre grand maître du Mouvement moderne, dont il restera très proche jusqu’à partager plusieurs voyages en Europe.

Après avoir travaillé pour William Zeckendorf, fameux promoteur de l’époque, Ieoh Ming Pei est naturalisé américain en 1954, et ouvre sa propre agence à New York l’année suivante, à l’enseigne I.M. Pei and Associates, qui deviendra I.M. Pei and Partners, enfin Pei Cobb Freed & Partners en 1989, l’une des plus importantes des Etats-Unis.

Batailles homériques

En 1964, Jackie Kennedy, après l’assassinat du président, avait obtenu qu’il soit choisi comme architecte pour construire le mémorial et la bibliothèque dédiés à son mari. Ce choix, alors qu’il est encore presque inconnu, propulse Pei sous les projecteurs, mais la marque de confiance de l’ancienne First Lady sera une première occasion d’éprouver sa patience. Car la bibliothèque John-F.-Kennedy, à Boston, ne sera pas achevée avant 1979, après de longues années de controverses mêlant opposition locale, problèmes de pollution et difficultés budgétaires.

Boston, où Pei avait fait une partie de ses études, ne réussit d’ailleurs pas vraiment à l’architecte et à sa firme : la John Hancock Tower (241 mètres), dessinée en 1971, ne sera achevée qu’en 1976, après être restée longtemps une simple enveloppe de verre.

Mais c’est déjà l’époque où les signatures des différents partenaires de l’agence deviennent interchangeables : la plus haute tour de Boston est ainsi principalement due à Henry Cobb. Ce sera aussi le cas en 1992 pour la tour de la Bank of China à Hongkong (305 m), qu’un des deux fils de Pei – Chien Chung et Li Chung, l’un et l’autre étant partenaires de l’agence – a édifié à la demande de son père : « Les pères sèment, les fils récoltent », résumera Ieoh Ming, interrogé par Le Monde en 2002…

La grande affaire et le tournant de la carrière sera la transformation du Louvre en Grand Louvre, aventure souvent et abusivement réduite à la seule pyramide de la cour Napoléon.

Ieoh Ming Pei a été choisi en 1983 par François Mitterrand, conseillé notamment par Emile Biasini, président de l’Etablissement public du Grand Louvre. Pas de mise au concours, pas même une de ces mises en concurrence à l’américaine, qui amènent la maîtrise d’ouvrage à comparer ad libitum les mérites de plusieurs maîtres d’œuvre. Le Louvre, palais royal, restera le fait du prince. L’architecte s’est adapté : il reçoit la presse à l’Hôtel Crillon, toujours sobrement mais impeccablement habillé, d’une politesse et d’une patience inépuisables.

  • ad libitum

Le vaste ensemble souterrain, éclairé par la fameuse pyramide, et les nouveaux espaces réorganisés dans les espaces du palais autour de la cour Napoléon et de la Cour carrée seront inaugurés en 1989, après avoir connu des batailles homériques.

  • des batailles homériques: 荷马史诗般的战斗。

Simplicité et équilibre

Après des années de méfiance, le nouveau musée (qui sera agrandi encore à plusieurs reprises par l’équipe de Pei ou d’autres) est reçu de façon globalement favorable : la France est fière de son « plus grand musée du monde » et Pei, qui a puisé dans toutes les réserves de son flegme sino-américain pour ne pas se laisser atteindre par des querelles de spécialistes souvent politisés, peut être enfin rassuré : il est bien (avec son associé français Michel Macary) l’architecte de cet immense ensemble.

  • flegme: 处乱不惊

De fait, le long chapitre du Louvre modifie en partie la carrière du constructeur. D’un côté, à New York et dans ses nombreuses succursales, une puissante agence dont le nom Pei est la principale enseigne, qui multiplie les chantiers aux Etats-Unis et dans le monde entier. Le tout sans qu’il soit possible de reconnaître une « signature » ni un style cohérents, ni même une qualité constructive très éloignée des grandes firmes « corporate », efficace spécialité américaine. En témoigne le colossal centre de conférences Jacob K. Javits (signé par son partenaire Freed), inauguré en 1986 sur la rive ouest de Manhattan.

Et, d’un autre côté, un architecte qui, tandis que ses associés et ses proches font tourner l’impressionnante machine à projets, cherche à se concentrer sur des chantiers plus personnels, plus symboliques. En 1997, il signe ainsi au Japon le Miho Museum, à Shiga, dans les montagnes de Shigaraki (région du Kansai), musée quasi secret où Pei s’essaye à une architecture paysagère qui lui tient vraisemblablement à cœur depuis sa jeunesse.

A la même époque, il travaille sur le Rock and Roll Hall of Fame, fameux « Panthéon » de la musique rock, à Cleveland (Ohio), une sorte de collage architectural où, en 1995, l’agence continue d’expérimenter, entre autres, le principe de la pyramide de verre.

En 2003 surgit à Berlin, près de l’avenue Unter den Linden, le Musée historique allemand signé par l’architecte sino-américain, extension pittoresque d’un édifice classique, remarquable par ses références hétérogènes, notamment une sorte de tour de Babel, dont il propose une transcription abrégée, en verre.

  • tour de Babel

En 2008, ce sera le Musée d’art islamique de Doha (Qatar), édifice simple, équilibré, qui frappe plutôt par sa fidélité aux références historiques locales, assez éloigné en tout cas des montages techniques de verre et d’acier que propose l’agence ailleurs. Un schéma presque « postmoderne » à l’instar de celui mis en œuvre en 2006 au Musée d’art de Suzhou, la ville de son enfance. Comme à Doha, le principe formel est fondé sur la simplicité et l’équilibre, sur l’association de motifs de l’architecture de la région du Jiangsu et d’un vocabulaire « moderne » très réservé, la disposition des édifices et des cours relevant, par ailleurs, d’un élégant classicisme chinois.

Le lien se fait alors avec l’Hôtel des Collines parfumées, un édifice apparu en 1982 tout à fait dans le nord de Pékin, près d’un ensemble de temples majeur, où Ieoh Ming Pei avait été appelé pour construire un lieu qui allait se révéler, faute d’accès, comme une forme de piège à congressistes, très éloigné du centre de la capitale.

  • l’Hotel des Collines parfumées: 香山饭店

L’architecte s’était vivement insurgé sur les altérations apportées au projet qu’il avait pourtant dessiné à la demande des autorités et dans lequel il voyait l’amorce d’une possible réconciliation. Car de Suzhou à… Suzhou via New York, il n’aura jamais cessé de penser au raffinement subtil de son pays natal. De la Venise de Chine, il avait toujours conservé un remarquable souci d’élégance, de luxe, de politesse, d’humour léger mais sans frivolité.

  • frivolité: 轻浮
20190518-p15-impei.txt · 最后更改: 2019/05/17 19:03 由 80.15.59.65