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Acculée, Theresa May annonce son départ

La Chambre des communes, le 8 mai, avec Theresa May (de profil, au premier rang). REUTERS Philippe Bernard

Les élections européennes risquent d’être désastreuses pour les tories, qui obtiendraient de 10 % à 14 % des voix

LONDRES - correspondant

Ce sera la dernière salve de Theresa May. Pour la quatrième fois, la première ministre britannique sollicitera des députés, début juin, un vote favorable à l’accord sur le Brexit qu’elle a signé en novembre 2018 avec les vingt-sept pays de l’Union européenne (UE). Il aura probablement lieu le 7 juin, au lendemain des cérémonies marquant l’anniversaire du débarquement allié en Normandie.

Puis, quelle que soit l’issue du scrutin – probablement négative –, elle tirera sa révérence ou, plus précisément, elle fera connaître « un calendrier pour l’élection d’un nouveau leader du Parti conservateur », autrement dit un nouveau premier ministre. Au Royaume-Uni, le chef du parti qui commande une majorité aux Communes devient chef du gouvernement.

L’arrangement, qui conduit Theresa May à se sacrifier sur l’autel du Brexit, a été conclu jeudi 16 mai au cours d’une rencontre entre l’intéressée et les ténors de son parti. Ces derniers la poussent vers la sortie, sentant bien les dégâts que causent, dans le pays, le vide sidéral de l’action politique et les vaines tentatives de la première ministre pour gagner du temps.

Boris Johnson candidat

De nombreux postulants sont déjà dans les starting-blocks. Quelques minutes auparavant, Boris Johnson, qui avait conduit la campagne pro-Brexit au référendum de 2016, confirmait son intention d’être candidat à la succession de Theresa May. « Bien sûr, je vais y aller », a-t-il lancé alors qu’il était interrogé sur ses intentions, à Manchester, au congrès de l’association des courtiers d’assurance.

Ce lancement, attendu depuis des mois, de la campagne interne aux tories pour remplacer une première ministre incapable de faire aboutir le Brexit, intervient dans un climat non seulement de fin de règne, maisde délitement inquiétant du système politique. Jamais l’impuissance des élus, en porte-à-faux avec la décision des électeurs de sortir de l’UE, n’était apparue aussi dramatiquement. Tout se passe comme si l’impasse du Brexit, manifestation du nationalisme anglais et facteur de division au sein des deux grands partis, paralysait durablement l’exécutif et nourrissait la montée de l’extrême droite.

  • délitement inquiétant

Les élections européennes, « ce scrutin dont personne ne voulait » selon l’expression d’une candidate conservatrice, en ouvrant un boulevard au tribun europhobe Nigel Farage, ex-dirigeant du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et fondateur du nouveau Parti du Brexit, révèlent crûment le délitement de la situation. Après la victoire en 2016 du Brexit, cause à laquelle il s’identifie, M. Farage était donné pour politiquement mort. Mais profitant de la difficulté de Theresa May à mettre en œuvre le Brexit, qui aurait dû intervenir le 29 mars, le bouillant démagogue effectue un retour en force, attirant à lui les masses d’électeurs pro-Brexit qui partagent sa colère contre la « trahison de l’establishment ».

Peu importe qu’il soit en réalité un fils de bonne famille et un ancien financier de la City, il dérobe des électeurs au Labour, et surtout aux tories. Avec 28 % d’intention de vote, selon une moyenne de récents sondages (contre 26,6 % au UKIP aux européennes de 2014), le Parti du Brexit dépasse le Labour (26 %) et écrase les conservateurs (14 %), dont un électeur sur deux prévoit de voter pour la formation de M. Farage. S’y ajoutent les 5 % de voix promis au UKIP, devenu un parti islamophobe, soit un total de 33 % pour l’extrême droite.

Nigel Farage n’a jamais caché son objectif : détruire le Parti conservateur. Le Brexit lui en donne l’occasion. Terrible revers de l’histoire, lorsqu’on se rappelle que David Cameron avait organisé le référendum de 2016 à la fois pour vider la querelle sur l’Europe chez les conservateurs et pour en finir avec M. Farage. Pour Theresa May et les tories, la tenue même des élections européennes, programmées jeudi 23 mai, représente une humiliation.

Mais la claque électorale qui l’attend (certains sondages ne créditent les tories que de 10 % des voix) s’annonce plus cinglante encore. Son parti n’a pas lancé la moindre campagne, ni publié de programme. Longtemps, Mme May a agi comme si elle pouvait empêcher le scrutin en parvenant à un compromis avec le Labour sur l’accord Brexit. Mais, après six semaines de pourparlers, l’évidence s’est imposée : Jeremy Corbyn n’a pas l’intention de lui faire de cadeau, d’autant que son parti est lui aussi en capilotade. Une partie de ses électeurs (13 %), pro-Brexit, a l’intention de voter pour le parti de M. Farage tandis qu’à l’inverse, 28 %, proeuropéens, se tournent vers les partis ouvertement anti-Brexit comme les lib-dem (7 % d’intentions de vote), les Verts (7 %) et, en Ecosse, le Parti national écossais (indépendantiste).

  • cinglante
  • lui faire de cadeau
  • en capilotade

A force de cultiver l’ambiguïté sur le Brexit, Jeremy Corbyn perd sur les deux fronts. Son tract de campagne promet de façon sibylline de « rassembler le pays » et d’obtenir « un meilleur accord avec l’Europe ». « La vraie fracture de notre pays ne dépend pas de la façon dont les gens ont voté sur le Brexit. La vraie fracture est entre le grand nombre [des citoyens] et une minorité [de riches] », estime le chef du Labour.

  • sibylline: 神秘不解的

Les responsables du parti sont eux-mêmes divisés entre les amis de M. Corbyn qui souhaitent le Brexit mais ne veulent pas s’y salir les mains, et les proeuropéens qui exigent la tenue d’un second référendum. Mais à force de miser sur les bénéfices de l’agonie prolongée de Theresa May, ils ont pris le risque d’une implosion de leur propre électorat.

Le désarroi des Britanniques est accentué par le somnambulisme de Theresa May, qui continue de gesticuler vainement en feignant d’ignorer que tout s’écroule autour d’elle et qu’elle a perdu toute autorité. Ses ministres polémiquent entre eux et le Parlement tourne à vide. Aucune loi n’a été votée depuis six semaines.

  • somnambulisme; 夜游
  • gesticuler vainement: 白白地做动作
  • en feignant d’ignorer que: 假装不知道。。。

Le débat récent le plus important portait sur un projet de loi sur les animaux sauvages des cirques. « Theresa May fonctionne sur batteries de secours. Si elle reste à Downing Street, tout le pays va être sous Valium », résume John Crace, chroniqueur politique au Guardian. « Il ne se passe rien sur le Brexit, ils n’ont rien à dire sur le Brexit, et en même temps il n’y a que le Brexit », renchérit son homologue du Times Matt Chorley.

  • fonctionne sur batteries de secours: 靠备用电池行事
  • sous Valium: 在安眠药作用下

Mais cette ironie masque une profonde inquiétude. « Les paysages politiques de la Grande-Bretagne du Brexit et de l’Allemagne de Weimar sont terriblement similaires », écrit l’éditorialiste Martin Kettle dans le Guardian, oubliant que le taux de chômage britannique – soit 3,8 % de la population active, contre 8,7 % en France – est au plus bas.

La manœuvre de Theresa May – qui consiste à soumettre aux députés, début juin, non pas le texte de l’accord sur le Brexit, qu’ils ont repoussé trois fois, mais le projet de loi destiné à le mettre en œuvre – s’inscrit bien dans ce paysage surréaliste. Ce texte touffu, mais pas encore publié dans son ultime version, devrait contenir tous les éléments que les élus ont déjà rejetés, et on voit mal par quel miracle il serait adopté.

  • touffu

Compte à rebours

  • 倒计时

La détresse ambiante est telle que Downing Street compte sur le choc du score de Nigel Farage pour provoquer un sursaut des députés en faveur du texte. Pour amortir la catastrophe annoncée aux européennes, Theresa May a donné dix jours de vacances aux députés après le vote. Mais son départ, désormais annoncé, affaiblit encore son autorité et lance le compte à rebours pour sa succession. Un nouveau leader devrait être désigné d’ici au 29 septembre, premier jour du congrès des tories.

  • la détresse ambiante: the prevailing distress
  • provoquer un sursaut: 引发(某人)跳起来
  • amortir: 缓和

La procédure prévoit que les députés sélectionnent deux candidats et que les adhérents du parti désignent ensuite le vainqueur. Boris Johnson n’a pas la cote chez les députés, mais s’il est présélectionné, il a de grandes chances d’être élu, car il est le favori des adhérents.

  • les députés: 议员们
  • les adhérents: 党员们
  • n’a pas la cote chez les députés: 没有议员的支持

Si Bruxelles refuse la renégociation du Brexit que M. Johnson promet, ce dernier sera dans l’impasse, et des élections législatives devront être organisées. Le système électoral uninominal à un tour donnant peu de chance au parti de Nigel Farage, les têtes d’affiche possibles en seraient Boris Johnson et Jeremy Corbyn. Le chaos du Brexit pourrait alors déboucher sur le duel le plus imprévisible qui soit, sous la pression d’une extrême droite revigorée.

  • dans l’impasse:陷入死局
20190518-p2-may.txt · 最后更改: 2019/05/17 18:48 由 80.15.59.65