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Song Kang-ho : « Je n’ai pas vraiment de modèle »

Laurent Carpentier

On y va chapeau bas : rencontrer Song Kang-ho, c’est rencontrer Jean-Pierre Léaud. Ou Depardieu ou Dewaere, choisissez… L’un des acteurs fétiches de la Nouvelle Vague – coréenne celle-là – qui, depuis vingt-cinq ans, déferle de Séoul. Celle des Hong Sang-soo, des Park Chan-wook, Kim Jee-woon… C’est rencontrer aussi l’un des comédiens récurrents des films de Bong Joon-ho dont le dernier opus, Parasite, est présenté en compétition officielle. C’est le quatrième long-métrage que les deux hommes ont tourné ensemble après Memories of Murder (2003), The Host (2006) et Snowpiercer, le Transperceneige (2013).

  • acteur fétiche
  • la Nouvelle Vague: 新浪潮
  • déferler de Seoul: 从汉城涌现

Derrière tous ces films se diffuse la petite musique politique d’une société encore empêtrée dans l’héritage de la dictature militaire. Là-bas, on appelle cette génération les « Sam ppal youk », les « 3-8-6 ». Le 3, parce qu’ils avaient 30 ans lors du grand essor économique des années 1990 ; 8, parce qu’ils ont été le ferment de la « révolution de velours » des années 1980 ; 6, parce qu’ils sont nés dans les années 1960.

  • se diffuser
  • empêtrée
  • la revolution de velours

Grand, solide, veste beige, pantalon blanc, pieds nus dans ses mocassins, Song Kang-ho, 52 ans, reçoit sur le rooftop de l’hôtel Five Seas au milieu d’un aréopage de communicantes empressées et tout ouïe. Un soupçon de moustache mal rasée affleure sous le fond de teint, shooting photo et télés obligent. Lui part d’un rire bizarrement cristallin : « Ce n’était pas mon intention de devenir un symbole mais c’est la société coréenne qui aime ça. » Les « Sam ppal youk » ? Il hoche de la tête. « Je n’ai jamais été impliqué dans les mouvements politiques quand j’étais jeune. Mais j’ai toujours travaillé pour des films ou dans des pièces de théâtre qui cherchaient à porter du sens, c’est pour ça qu’ils ont eu un tel retentissement. »

  • au milieu d’un aréopage de communicantes empressées et tout ouïe
  • un soupçon de moustache mal rasée
  • le fond de teint
  • un rire bizarrement cristallin

Un acteur de théâtre

La première fois qu’il apparaît à l’écran, c’est en 1996 dans un petit rôle chez Hong Sang-soo : Le jour où le cochon est tombé dans le puits (1996). Kim Eui-sung, l’acteur principal, l’a présenté au réalisateur qui est venu le découvrir sur scène avant de lui proposer de passer derrière la caméra. C’est que Song est avant tout un acteur de théâtre. Dès l’école, il a souhaité devenir un comédien. Son père est peintre, selon les canons traditionnels coréens. La famille n’est pas pauvre comme celle dans Parasite, mais elle a connu « des moments difficiles… Enfin, ces événements qu’il a fallu surmonter, à peu près tout le monde en Corée a dû les traverser à une certaine époque ». Son art, il l’a appris sur scène. On lui imagine des modèles. Il rit et murmure : Steve McQueen. Le héros de Papillon, un film qu’il a vu plus d’une douzaine de fois lorsqu’il était petit. Il retrouve son sérieux : « Je n’ai pas vraiment de modèle. On n’apprend pas en imitant les autres mais plutôt en intériorisant le personnage et c’est un processus très solitaire. »

Pourquoi est-ce qu’on la sent, là, si fort, cette solitude ? Pourquoi espère-t-on qu’il va enlever le fond de teint pour redevenir le chef de cette famille affreuse, sale et maudite qui nous ravit dans Parasite et dont il confiait « se sentir si proche » ?

20190523-p23-coreen.txt · 最后更改: 2019/05/24 16:32 由 80.15.59.65