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Elton John, juste pour la musique

L’acteur britannique Taron Egerton interprète la rockstar Elton John. DAVID APPLEBY Thomas Sotinel

Le biopic sans génie donne surtout envie de réécouter les chansons

ROCKETMAN

Mis à part le duel des westerns de la grande époque, il n’y a pas de moment plus inévitable au cinéma que celui qui voit, aux deux tiers d’une biographie filmée, une rockstar simultanément au sommet de sa gloire et au comble de la déchéance physique et morale. Johnny Cash, Ray Charles, Freddie Mercury y sont passés. Elton John ne pouvait y couper, et Rocketman, malgré ses embardées imaginaires, observe rigoureusement les commandements du biopic : tu susciteras l’envie en peignant le succès, la gloire et l’argent ; tu consoleras les envieux en fixant le prix astronomique de la réussite – toxicomanie, solitude…

Best of du catalogue musical

Pour briser cette monotonie, le scénario de Lee Hall (Billy Elliot) fractionne la carrière d’Elton John, commençant par son entrée fracassante dans un établissement de désintoxication. Elle servira de point fixe à un récit saucissonnant les épisodes de l’ascension du musicien, de son enfance malheureuse (papa indifférent, maman volage) à son accession au statut de superstar planétaire.

Ce chemin est jalonné de numéros musicaux parfois charmants, qui recourent au best of du catalogue d’Elton John et Bernie Taupin (son parolier). Ses débuts de pianiste de pub, à l’orée des années 1960, se font aux accents de Saturday Night’s Alright for Fighting sur une chorégraphie empruntant allègrement à Bollywood. Si seulement cette liberté créative s’était communiquée au dessin des personnages, à la mise en scène de leurs relations… Certes, Rocketman restera comme le premier long-métrage financé et distribué par une major américaine (Paramount) dans lequel on peut voir deux hommes faisant l’amour – en l’occurrence Elton John (Taron Egerton) et John Reid (Richard Madden), le manageur du musicien. Taron Egerton déploie une admirable énergie pour essayer de prêter un peu de son charme à la moins sensuelle des stars de l’histoire du rock’n’roll.

Mais le mystère d’Elton John réside ailleurs que dans sa sexualité (il fut l’une des premières célébrités à affirmer son homosexualité, en 1976) ou dans sa propension aux addictions. Il se trouve dans l’œuvre extraordinaire qu’il a bâtie en une décennie (les années 1970) avec Bernie Taupin (Jamie Bell). Rocketman doit sa force à ces chansons, qui font oublier la banalité de ce qui les amène.

Quand le film aborde la collaboration qui a permis à Bernie Taupin de mettre des mots sur l’autoportrait en musique dessiné par les albums d’Elton John (jusqu’à Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy, en 1975), il ne montre que des scènes célébrant l’incroyable facilité de l’artiste. On se reportera à l’abondante littérature sur la carrière de l’auteur de Goodbye Yellow Brick Road (1973) pour corriger les approximations du scénario, aux enregistrements pour remettre de l’ordre dans la chronologie des chansons. Parce que Rocketman aura donné envie de se replonger dans la musique d’Elton John, ce qui lui vaut, sinon l’absolution, du moins l’indulgence.

Film américain et britannique de Dexter Fletcher. Avec Taron Egerton, Jamie Bell (2 h 01).

20190529-p23-elton.txt · 最后更改: 2019/05/30 18:22 由 80.15.59.65