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A Londres, le football entre histoire et gros profits

Le nouveau stade du club de Tottenham, à Londres. AP/ROBIN PARKER Clément Guillou

En finale des deux Coupes d’Europe, Chelsea, Tottenham et Arsenal sont restés fidèles à leurs quartiers

LONDRES - envoyé spécial

Le football est né deux fois à Londres. En 1863, lorsque les lois du jeu furent rédigées dans un pub de Covent Garden. Et en 1992, lorsque les plus grands clubs anglais, dévoilant la Premier League dans un hôtel face à Hyde Park, assumèrent la rupture avec leur public populaire et la priorité donnée à la croissance des revenus. Mais la capitale où ce sport a défini ses règles, puis son modèle économique, est comme absente des palmarès. Londres est une ville de football, pas de trophées.

Le stade est le lieu de la revanche des villes ouvrières du Nord et des Midlands – Manchester, Liverpool, Nottingham et Birmingham. Dans les années 1980, alors que les usines fermaient et que Margaret Thatcher tonnait, on y ramena la Ligue des champions sept fois en huit ans. Les clubs londoniens se contentaient des coupes d’Europe mineures et la disette dura plus d’un demi-siècle, jusqu’à l’improbable triomphe de Chelsea en 2012, porté par un entraîneur intérimaire, Roberto Di Matteo.

  • la disette: la pénurie
  • un entraîneur intérimaire: 代理教练

Fans écartés des stades

Cette semaine, au-delà de l’inédit carton plein anglais en finales de Coupe d’Europe – Chelsea et Arsenal se disputeront la Ligue Europa à Bakou (Azerbaïdjan) mercredi, tandis que Tottenham briguera une première Ligue des champions face à Liverpool, samedi à Madrid –, le « trois sur quatre » londonien ressemble à un hommage aux origines du jeu. Les trois puissances du football de la capitale étaient les mêmes il y a un siècle. C’est aussi un signe des temps : le ballon rond est désormais tourné vers l’argent et pense global plutôt que local. Or, mieux vaut être à Londres qu’à Leeds pour trouver des supporteurs prêts à dépenser des milliers de livres et des actionnaires décidés à investir des millions.

  • se disputer la Ligue Europa: 争夺欧联杯
  • briguer: 谋求

Chelsea, Arsenal et Tottenham, contrairement à beaucoup d’autres clubs, n’ont jamais quitté leur quartier en cent ans. Les supporteurs de Tottenham y ont échappé lorsque leur équipe a perdu le contrat de location du stade olympique au profit de West Ham. A la place, les Spurs ont reconstruit leur enceinte de White Hart Lane, érigée là en 1899. A l’époque, ils avaient convaincu les brasseries Charrington, propriétaires du terrain, que la bière s’écoulerait plus facilement au pub à l’angle. Le tenancier avait topé après une journée de réflexion, contre la garantie d’un millier de spectateurs par match. Il y a toujours un pub dans une bonne histoire de football anglais.

Aucune plaque ne commémore la création de l’enceinte, sans doute parce qu’il demeure une incertitude sur l’emplacement exact du lampadaire sous lequel les trois fondateurs se sont donné rendez-vous. Le nouveau stade est bien là en revanche, un brin prétentieux avec ses panneaux en nuances de gris et ses tribunes verticales, un écrin de 62 000 places inauguré en avril et censé installer les « Lillywhites » dans l’élite européenne.

Tottenham est un « district » à l’ancienne, avec ses enfants en uniforme, ses comptoirs William Hill prêts à plumer les parieurs et ses ouvriers avec leur casse-croûte. L’ancien White Hart Lane faisait davantage corps avec ce quartier pauvre de Londres, d’où sont parties les émeutes en 2011. Son successeur semble plus loin que jamais de son environnement. Peu d’habitants de Tottenham peuvent d’ailleurs s’autoriser l’abonnement le plus abordable, à 795 livres annuelles (900 euros). A quelques jours d’une finale de Ligue des champions, les rues sont vierges de toute marque de soutien aux Spurs.

  • casse-croûte: 快餐

« Il y a des fans dans le coin, mais ils ont été écartés des stades par l’augmentation des prix, explique Pete Haine, secrétaire du Tottenham Hotspur Supporters Trust (THST). Ceux qui peuvent se permettre de venir, comme moi, ont quitté Tottenham vers la banlieue nord, quand le quartier est devenu moins désirable. »

Les Spurs sont les acteurs majeurs de la gentrification ; outre le nouveau stade, ils ont racheté quantité d’immeubles et de commerces. La municipalité travailliste, qui avait fait beaucoup de concessions pour que White Hart Lane demeure une locomotive du district, a désormais pris le parti de ses électeurs menacés. Autre sujet de tension : aux yeux des joueurs de Tottenham, les trottoirs sont trop sales et les rues mal entretenues.

Au fond, Tottenham rêverait d’être Arsenal, dont le fief d’Islington est devenu le repaire tendance du nord de Londres. Les deux voisins – à l’échelle londonienne – entretiennent une rivalité séculaire, reposant essentiellement sur le fait que le second, en 1913, a traversé la Tamise pour venir taper le ballon sur les terres du premier.

  • une rivalité séculaire: 由来已久的对抗

Bouger pour évoluer

La préoccupation du lien entre le club et son territoire a toujours été là. Highbury, le stade d’Arsenal, portait le nom de son quartier, et l’entraîneur du club avant-guerre, Herbert Chapman, avait fait changer le nom de la station de métro attenante pour lui donner celui de son équipe. En 2006, en quête de nouveaux revenus, Arsenal a quitté Highbury. L’Emirates Stadium, que les plus réfractaires au naming appellent Ashburton Grove, du nom du terrain sur lequel il a été élevé en 2006, est à trois rues seulement. On peut toujours descendre à la station Arsenal.

Partout autour de l’Emirates, peut-être pour se consoler du déménagement, on raconte l’histoire des Gunners. Comme si Arsenal implorait le pardon pour avoir quitté Highbury, ses façades art déco et ses tribunes chatouillant la ligne de touche. Les premières années, les supporteurs se plaignaient d’habiter un stade qui ne leur évoquait rien. Le club a entrepris « l’arsenalisation » de l’Emirates : les tribunes ont repris le nom de celles de Highbury, une réplique de l’horloge jadis suspendue à la mythique tribune Clock End a fait son apparition et les statues de Herbert Chapman, Tony Adams (joueur le plus capé d’Arsenal) et Thierry Henry (meilleur buteur de l’histoire du club) ont poussé autour du stade. La buvette officielle s’appelle Chapman’s, et la boutique Highbury House. Rien n’est oublié mais rien ne semble digéré non plus. Holloway Road, la grande artère par laquelle on accède à l’Emirates, n’a pas encore adopté Arsenal. C’est toujours du côté de Highbury, plus à l’est, que l’on trouve les pubs, les épiceries ou les coiffeurs à l’enseigne des Gunners, héritage de quatre-vingt-treize ans de présence.

  • la mythique tribune: 有历史意义的看台
  • la buvette officielle: 官方的喝酒的区域

Là-bas, les tribunes est et ouest de l’ancien stade sont toujours debout, façade blanche et rouge inchangée car inscrite au patrimoine national. Elles abritent une résidence de luxe, isolée du reste du quartier. Le terrain, qui était le plus petit de Premier League, est devenu un espace vert. Nulle écharpe de supporteur aux balcons. Les seuls cris sont ceux des enfants gardés à la nursery.

David Dein, l’ex-vice-président d’Arsenal qui trouvait les urinoirs des stades anglais trop sales, savait qu’il fallait bouger pour évoluer. L’exemple de Fulham, dans l’ouest chic de Londres, est une inspiration parmi d’autres. En 1904, le club dédaigna l’invitation des propriétaires du stade de Stamford Bridge ; à sa place s’installa un nouveau club, le Chelsea FC, un nom qui faisait chic et séduisit rapidement les amateurs du quartier. Chelsea grandit et Fulham stagna, contraint par sa petite enceinte de Craven Cottage.

  • dédaigner l’invitation: 无视。。。的邀请

Le club, désormais en finale de la Ligue Europa, n’a jamais quitté les lieux. Il s’est débarrassé de la vieille piste de lévriers qui séparait les tribunes du terrain et des militants du National Front qui tractaient devant l’enceinte. L’étranger est désormais bien accueilli. « Bienvenue » est écrit en onze langues, deux hôtels et un grand magasin jouxtent le stade. Roman Abramovitch, le propriétaire du club, n’y pointe plus les soirs de match : privé de visa par le gouvernement britannique, il a renoncé à agrandir Stamford Bridge, offrant un peu de répit aux cendres du gardien Peter Osgood, enterrées sous le point de penalty, face à l’ancienne tribune debout.

20190530-p14-football.txt · 最后更改: 2019/05/31 21:13 由 80.15.59.65