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Pour Pékin, l’arme de la dette des Etats-Unis reste difficile à activer

Marie De Vergès

Dans l’affrontement qui l’oppose à Washington, le premier créancier du pays ne peut aisément liquider ses bons du Trésor américain

ANALYSE

Une arme à plus de mille milliards de dollars… Et si, dans la bataille commerciale qui l’oppose à Washington, la Chine décidait d’appuyer sur le bouton nucléaire en liquidant ses montagnes de bons du Trésor américain ? Entre les deux puissances, les négociations sont à l’arrêt depuis le 10 mai, et le ton continue de se durcir. Les surtaxes imposées par les Etats-Unis sur les biens en provenance de Chine ont déjà été augmentées et pourraient l’être encore « vraiment énormément et très facilement », a mis en garde Donald Trump, lundi 27 mai. Face aux assauts du président américain, Pékin promet de riposter.

  • appuyer sur le bouton nucléaire: 按下核按钮
  • ses montagnes de bons de Trésor américain: 大量的美国国债
  • être a l'arrêt: 中止

Parmi les options, notent des analystes, la Chine pourrait menacer de se délester de ses titres de dette américains, un butin de 1 120 milliards de dollars (1 000 milliards d’euros). Sur le marché mondial des emprunts américains, sa part ne s’élève qu’à 7 %. Le pays n’en est pas moins, après la Réserve fédérale américaine, le premier créancier des Etats-Unis, devant le Japon. La Chine représente 17 % de la dette souveraine américaine détenue par les investisseurs étrangers.

  • se délester 卸载
  • un butin: 战利品

De quoi laisser craindre, s’il passait à l’acte, un choc sur les taux d’intérêt qui forcerait une Amérique en plein dérapage budgétaire à payer plus cher pour emprunter. « De nombreux spécialistes débattent de la possibilité de se débarrasser des bons du Trésor américains et de comment procéder précisément », a prévenu dans un tweet, mi-mai, Hu Xijin, le rédacteur en chef du quotidien étatiste nationaliste Global Times. Déjà en janvier 2018, de telles rumeurs avaient fait frémir les marchés.

  • dérapage 失控
  • faire frémir: 使不寒而栗

Loi de l’engrenage

  • 纠缠法则

« On ne peut exclure que les Chinois aient envie de le faire, ne serait-ce que pour des raisons symboliques, un peu comme ils ont décidé de rapatrier leurs pandas du zoo de San Diego, commente, un brin ironique, un haut responsable financier européen. Même si, évidemment, les externalités sont nettement plus compliquées… »

  • un brin ironique: 带着一丝讽刺意味

Les monceaux d’emprunts d’Etat américains stockés dans les coffres chinois témoignent de la relation complexe et étroite qui lie les deux pays. Exportant massivement aux Etats-Unis, la Chine a, jusqu’au milieu de la décennie, recyclé les recettes générées par ses excédents commerciaux en obligations américaines. Mais elle a désormais pratiquement arrêté d’en acheter. En mars, selon des données du Trésor américain publiées mi-mai, Pékin a même procédé à des ventes nettes pour plus de 10 milliards de dollars. Un premier signal de rétorsion ?

  • monceaux: 堆
  • excédents commerciaux: 贸易盈余

« Non, il s’agit plus vraisemblablement d’interventions destinées à stabiliser le cours du renminbi [la devise chinoise] », estime Victor Lequillerier, du think tank indépendant BSI Economics. Ces dernières années, c’est d’ailleurs le niveau général des réserves de change chinoises qui a baissé (– 20 % depuis 2014). Les autorités ont régulièrement puisé dans ce trésor de guerre, estimé à près de 3 200 milliards de dollars, pour soutenir le taux de change de leur monnaie, soumise à de fortes pressions.

  • vraisemblablement: 可信的

En réalité, l’arme fatale semble peu crédible tant elle est difficile à activer. La Chine ne pourrait facilement se délester de tous ses treasuries faute d’alternative crédible pour réinvestir ses avoirs. Si Pékin jette depuis tant d’années son dévolu sur les obligations américaines, c’est parce que ce marché est le seul suffisamment profond pour absorber les réserves chinoises. Les bons du Trésor américains offrent aussi un bien meilleur rendement que d’autres actifs « liquides » et sûrs comme les Bunds allemands ou les emprunts d’Etat japonais.

« Une telle mesure de représailles risquerait de punir la Chine en premier », souligne aussi Gregori Volokhine, président de Meeschaert Capital Markets, à New York. La loi de l’engrenage joue ici : en bradant ses bons du Trésor, Pékin provoquerait, en théorie, une chute du billet vert. Au risque de faire fondre la valeur de ses propres réserves libellées en dollars.

« Tout cela générerait de la volatilité et irait à l’encontre de son objectif de stabilité financière », note M. Lequillerier. Depuis deux ans, la banque centrale de Chine a déjà eu fort à faire pour équilibrer le taux de change du yuan. Une glissade de la devise ouvrirait la voie à de nouvelles fuites de capitaux, tandis qu’une forte appréciation compromettrait la compétitivité des exportations chinoises.

Et d’autres pays risqueraient de faire les frais d’une remontée des taux d’intérêt américains, telles les économies émergentes les plus endettées en dollars. « Elles ne pardonneraient jamais à la Chine si elles devaient subir, par sa faute, une crise de change », insiste Patrick Artus, chef économiste de Natixis.

In fine, cette entreprise de déstabilisation des marchés viendrait contredire l’image vertueuse que souhaite se donner la Chine depuis le début de l’épreuve de force engagée par les Etats-Unis : celle d’une puissance positive pour l’économie mondiale, face à l’imprévisible Amérique de Trump.

La question même de la véritable capacité de nuisance chinoise est posée, tant la dette souveraine américaine demeure la valeur refuge par excellence. Avec la recrudescence des tensions commerciales, le taux américain est tombé sous la barre des 2,3 %, contre 2,5 % au début du mois de mai. Le même scénario de détente s’était produit en mars, quand la Chine vendait ses titres. Selon M. Volokhine, « cela prouve qu’il y a des acheteurs pour les treasuries et qu’il y en aura toujours ».

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