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Huawei perd son fournisseur-clé, ARM Holding

Éric Albert Et Simon Leplâtre

La bataille lancée par Donald Trump contre le groupe chinois contraint le britannique à suspendre sa collaboration

LONDRES, SHANGHAÏ - correspondances

Donald Trump s’est voulu magnanime. En visite d’Etat au Royaume-Uni, mardi 4 juin, le président américain a promis que les Etats-Unis continueraient à partager les renseignements de leurs services secrets avec leur allié historique, malgré leur désaccord sur le traitement à réserver à Huawei. « Nous trouverons une solution à nos différences. Je ne vois absolument aucune limite [au partage de renseignements]. »

Tandis que M. Trump a mis la firme chinoise sur liste noire, interdisant aux entreprises américaines de travailler avec elle à partir de la mi-août, le Royaume-Uni hésite. En dépit des pressions américaines, le gouvernement britannique a décidé d’autoriser l’équipementier télécoms à poursuivre sa collaboration au cas par cas sur son futur réseau 5G, au moins pour sa partie jugée « non centrale ». Le groupe chinois travaille depuis douze ans pour les réseaux d’EE et de Vodafone, deux des principaux opérateurs téléphoniques outre-Manche, et s’en séparer ne sera pas aisé.

Ce demi-geste d’apaisement de la part du locataire de la Maison Blanche ne change pas grand-chose à l’onde de choc qu’il a provoquée en signant son décret d’interdiction, le 15 mai. Sa décision vise les entreprises américaines, mais implique de nombreuses sociétés internationales. Selon la loi américaine, toutes celles qui ont plus de 25 % de leur propriété intellectuelle émanant des Etats-Unis sont également interdites de coopération avec Huawei.

L’une d’entre elles, ARM Holding, sise à Cambridge, représente une clé de voûte pour l’entreprise chinoise. La fin de cette collaboration, si elle se confirmait, pourrait lui infliger un coup fatal, plus encore que l’interdiction d’utiliser Google. « ARM fournit l’architecture des microprocesseurs des téléphones de Huawei. C’est absolument capital », explique Geoff Blaber, de la société de consultants CCS Insight.

« [La rupture de la collaboration d’ARM] va avoir un impact significatif sur la fabrication de ses téléphones », confirme Franck Thomas, spécialiste des télécoms à Global Counsel. Ne prenant aucun risque, ARM a fait circuler un mémo interne, quelques jours après le décret américain. Révélé par la BBC, il ordonne aux ingénieurs de cesser « tous les contrats actifs, l’assistance ou les échanges » avec Huawei.

L’affaire souligne le poids d’ARM dans l’industrie des smartphones. Mal connue du grand public, cette société acquise en 2016 par le fonds japonais SoftBank dessine l’architecture de microprocesseurs qui se retrouvent partout, des ordinateurs aux passeports électroniques, en passant par les cartes de crédit.

« L’industrie doit rester ouverte »

Elle est surtout dominante dans les téléphones portables, où tous les grands constructeurs l’utilisent : Apple, Samsung, Huawei… La force de cette entreprise est de ne pas construire la moindre puce elle-même, mais simplement d’en réaliser le design. Chaque fabricant peut ensuite y apporter ses spécificités.

Dans les smartphones, la propriété intellectuelle d’ARM est devenue une matière première indispensable. « C’est comme dire à Coca-Cola qu’il ne peut plus utiliser d’eau pétillante », expliquait un récent article du magazine Wired. D’autant que la collaboration est ancienne. Huawei travaille avec ARM depuis 2004. Début janvier, l’entreprise chinoise présentait encore une nouvelle puce électronique, en plein cœur de son campus de Shenzhen. Kunpeng 920, qui utilise l’architecture ARM, serait 25 % plus rapide que la concurrence, tout en consommant 30 % moins d’énergie, se targuait le directeur du marketing de Huawei, William Xu.

L’entreprise faisait alors de sa collaboration avec ARM une belle histoire qui durait depuis quinze ans, avant de présenter la longue liste de ses partenaires internationaux. A l’époque, seulement un mois après l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou, la fille du fondateur de Huawei, accusée de complicité de fraude, la société se mettait en scène comme l’acteur d’une chaîne internationale inséparable. « L’industrie doit rester ouverte. N’importe quelle industrie high-tech est fondée sur l’ouverture et la collaboration », soulignait William Xu.

Dans l’immédiat, le retrait d’ARM n’empêche pas Huawei de construire ses téléphones portables. La firme chinoise a réalisé des stocks de composants américains depuis près d’un an. De plus, elle peut toujours utiliser toute la technologie qu’ARM lui a vendue avant le décret de M. Trump.

La question est de savoir comment Huawei va pouvoir continuer à améliorer ses appareils. La firme travaille à développer sa propre filière de microprocesseurs, y compris leur design. Mais les experts sont sceptiques quant à sa capacité à se couper complètement de la chaîne de fournisseurs mondiale du secteur.

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