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Les tensions commerciales, casse-tête de la BCE

Marie Charrel

La faiblesse de l’inflation et l’affrontement entre Pékin et Washington préoccupent la Banque centrale européenne

Un démarrage sur les chapeaux de roues. Entré en fonctions samedi 1er juin, Philip Lane, le nouveau chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), commence son mandat avec la réunion du conseil des gouverneurs, organisée jeudi 6 juin à Vilnius, la capitale lituanienne. Il devrait présenter les nouvelles prévisions économiques de l’institution, très attendues par les marchés. Jusqu’ici, celle-ci tablait sur 1,1 % de croissance en zone euro cette année, et 1,6 % l’an prochain. Va-t-elle les maintenir, ou se montrer plus pessimiste ?

« Dans tous les cas, une chose est sûre : l’institut de Francfort est aujourd’hui prisonnier d’une situation complexe », résume Eric Bourguignon, chez Swiss Life AM. Pour ne pas dire paradoxale. De fait, l’économie de la zone euro fait plutôt preuve de résistance. Certes, le secteur manufacturier montre des signes de faiblesse partout. Mais, au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,4 %, tranchant avec le coup de mou observé fin 2018 (0,2 %).

Mieux : le marché de l’emploi continue de se redresser avec vigueur. En avril, le taux de chômage est ainsi tombé à 7,6 %, au plus bas depuis août 2008, soutenant la consommation des ménages. Dans nombre de pays membres (Allemagne, Autriche, Pays-Bas), les entreprises sont confrontées à des pénuries de main-d’œuvre croissantes.

En dépit de ces bonnes nouvelles, l’inflation, à 1,2 % en mai, est toujours inférieure à la cible de 2 %, inscrite dans le mandat de la BCE, et peine à se dresser, malgré les mesures de soutien déployées par la banque centrale. Pis, les anticipations des marchés sur le niveau à venir de l’indice des prix sont à leur nadir, signe que les investisseurs doutent que l’institution parvienne un jour à atteindre son objectif.

Surtout, les incertitudes s’accumulent sur l’environnement extérieur, alors que la bataille commerciale entre Pékin et Washington s’envenime, pesant sur les échanges et la confiance des exportateurs. « Toute la question est de savoir quand, et dans quelles proportions, ces tensions affecteront le moteur interne de la zone euro et la bonne tenue de l’emploi », souligne Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier.

Or, la BCE est particulièrement démunie face à ce genre de menaces. « Ses outils lui permettent de faciliter les conditions de financement de l’économie et des entreprises, mais pas de contrer la baisse des échanges commerciaux », ajoute M. Chaar. Face à la fièvre protectionniste de Donald Trump, seule l’arme politique, éventuellement doublée d’un soutien budgétaire ou fiscal aux secteurs fragilisés, est susceptible d’avoir de l’effet.

Avertissement à l’Italie

Dans ces conditions, Mario Draghi, le président de l’institution, devrait prolonger le statu quo et appeler de nouveau à la prudence lors de sa conférence de presse. Il devrait aussi livrer le détail des TLTRO, les mégaprêts aux banques que l’institution lancera en septembre. Il sera probablement interrogé, en outre, sur la situation italienne, alors que les tensions entre la Commission européenne et Rome sont de nouveaux vives à propos de la dérive de la dette publique transalpine.

Le 29 mai, la BCE a déjà lancé un avertissement à la Péninsule. « Si les risques à la baisse sur la croissance se matérialisent, les coûts de financement pour les emprunts souverains vulnérables pourraient augmenter et réveiller les inquiétudes sur la soutenabilité de la dette », a-t-elle prévenu dans son rapport sur la stabilité financière.

Reste que, pour le moment, un emballement des taux d’emprunt italiens de la même ampleur que celui observé lors de la crise de 2012 semble peu probable, notamment car la zone euro est plus solide. « Or, tant que la stabilité de celle-ci n’est pas menacée – et personne ne veut croire qu’on en arrivera là –, la BCE n’a aucune raison d’agir pour soutenir un gouvernement rejetant ouvertement les règles du jeu communautaire », ajoute un diplomate européen.

D’autant que l’institut de Francfort entre dans une phase de transition pour le moins délicate. Dans la foulée des élections européennes du 26 mai et de la nomination du prochain président de la Commission de Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement devront désigner le successeur de Mario Draghi, dont le mandat s’achève en octobre.

Depuis plusieurs mois, cette nomination alimente inquiétudes et spéculations dans les milieux économiques. Elle fait l’objet d’âpres négociations politiques, chaque capitale cherchant à obtenir les postes-clés.

Marges de manœuvre restreintes

Si l’Allemagne décroche la tête de la Commission avec le conservateur Manfred Weber, la France pourra ainsi prétendre à celle de la BCE. Si, en revanche, le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans ou la Danoise Margrethe Vestager, actuelle commissaire à la concurrence, l’emporte, Paris et Berlin pourraient batailler pour arracher la présidence de l’institut monétaire. A moins que le choix se porte sur l’un des candidats finlandais au poste, comme Erkki Liikanen, gouverneur de la banque de Finlande jusqu’en 2018.

« Quelle que soit sa nationalité, le prochain président devra se montrer audacieux », résume Anatoli Annenkov, économiste à la Société générale CIB. Mario Draghi a su sauver l’euro en faisant preuve de souplesse, et en élargissant la gamme d’outils à disposition de la BCE.

Son successeur héritera d’une institution dont le taux directeur sera toujours à 0 %, et disposant de marges de manœuvre restreintes. Ce qui posera problème si celles-ci ne sont pas reconstituées lorsque la prochaine récession frappera. « Il devra également résister aux menaces pesant sur l’indépendance de l’institution et aux tentations populistes d’en faire une banque finançant directement le secteur public », prévient M. Annenkov.

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