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La Chine défend une réaction « correcte », facteur de stabilité et de croissance

Frédéric Lemaître (Pékin, Correspondant)

La place Tiananmen à Pékin présentait, mardi 4 juin en début de matinée, son visage de place la plus surveillée au monde, avec ses policiers en civil et ses portiques de sécurité équipés de rayons X. Des centaines de caméras enregistrent le moindre mouvement.

Les événements du 4 juin 1989 restent un tabou absolu en Chine, mais dimanche 2 juin, à Singapour, le ministre de la défense, Wei Fenghe, a pris soin d’affirmer à son auditoire, lors d’une conférence sur la sécurité, que la réaction des autorités de l’époque était « correcte ».

Fin mai 1989, la loi martiale avait donné les pleins pouvoirs à l’armée et permis l’envoi de militaires équipés d’armes tirant à balles réelles. Cette décision, a-t-il affirmé, a permis au pays de bénéficier de trente années de stabilité et de prospérité. Les critiques du régime voient dans la répression – 2 600 morts selon la Croix-Rouge – non une bavure de l’armée, mais au contraire une stratégie délibérée de Deng Xiaoping pour dissuader quiconque d’écarter le Parti communiste du pouvoir. La déclaration du chef de l’Armée populaire de libération (APL) – celle-là même qui a été utilisée contre le peuple – confirme bien que le régime, sous Xi Jinping, assume pleinement la politique de l’époque.

  • une bavure de l'armée: 军队的走火事件

« Vaccination pour la société chinoise »

Le Global Times, un quotidien nationaliste dont le rédacteur en chef Hu Xijin, a manifesté à l’époque, va même encore plus loin : « Telle une vaccination pour la société chinoise, l’incident de Tiananmen va considérablement accroître l’immunité de la Chine à tout type de trouble politique majeur à l’avenir », expliquait-il lundi.

Un certain nombre de Chinois ont intériorisé une partie de ce discours : les étudiants auraient eu tort, en 1989, de défier le pouvoir. « C’est à cause d’eux qu’on a cet Etat Big Brother », entend-on parfois. L’avocat Teng Biao, figure du mouvement des droits de l’homme en exil, est tout aussi amer. « 1989 a débouché sur “1984” », l’Etat orwellien, expliquait-il en mai à Taïwan.

Pourtant, officiellement, tout est pour le mieux en Chine. Vendredi 31 mai, l’agence de presse officielle Chine nouvelle expliquait que « s’il existe un parti qui peut être confiant dans le monde aujourd’hui, c’est le Parti communiste chinois », cette formation aux « 89 millions de membres ». Certes, l’augmentation des inégalités – « un développement déséquilibré » dans le jargon officiel – est un défi, mais « le parti devrait pouvoir répondre aux aspirations du peuple : un emploi pour faire vivre une famille, un cadre de vie sûr, la possibilité de progresser, un plus bel environnement, et un meilleur avenir à ses enfants ». Une définition du bonheur sans référence à la justice ni à la liberté.

Au-delà de cet exercice d’autosatisfaction, le président Xi Jinping est sans doute plus inquiet qu’il y paraît. Le même jour, il lançait une nouvelle campagne pour que les membres du PCC « restent fidèles à la mission fondatrice du parti : être à la recherche du bonheur pour les Chinois et du rajeunissement de la nation chinoise ».

Il y a trente ans, la répression du mouvement étudiant avait opposé le secrétaire général du parti, le réformateur Zhao Ziyang à Deng Xiaoping, alors président de la Commission militaire centrale, ce qui lui permit de faire intervenir l’armée. Aujourd’hui, Xi Jinping cumule les deux fonctions ainsi que celle de président de la République. Une centralisation à l’extrême du pouvoir, qui pourrait indiquer que Tiananmen continue bel et bien de le hanter.

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