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Hongkong défie la mainmise chinoise

  • la mainmise: 控制

Un manifestant brandit une affiche dénonçant la chef de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, le 9 juin. DALE DE LA REY/AFP Florence De Changy

Le gouvernement pro-Pékin maintient le projet d’extraditions vers la Chine, dénoncé par une large opposition

HONGKONG - correspondance

Malgré l’immense manifestation dans les rues de Hongkong du dimanche 9 juin, le gouvernement présentera comme prévu son projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine, mercredi 12 juin, en session plénière du Legco, le Parlement local. Un million de personnes auraient défilé selon les organisateurs, appelant à la démission de la chef de l’exécutif, Carrie Lam, et arborant des pancartes « Non à l’extradition ».

  • arborer des pancartes: 挥舞标语牌

Le texte au cœur de la polémique a vocation à faciliter la demande d’extradition de personnes se trouvant sur le sol hongkongais vers des juridictions avec lesquelles Hongkong n’a pour le moment pas d’accord, dont la Chine, à laquelle il appartient en tant que région administrative spéciale, mais aussi Taïwan et Macao, dans le but de compléter des textes incomplets.

  • au coeur de la polémique: 争议的核心
  • région administrative special: 特区

Cependant, les opposants à ces changements affirment au contraire que la loi à ce jour en vigueur permet en réalité de sauvegarder la sacro-sainte autonomie juridique entre la région administrative spéciale de Hongkong vis-à-vis de la Chine continentale. L’adoption de ce texte ouvrirait une boîte de Pandore qui permettrait à Pékin de concocter des dossiers d’accusation se fondant sur ses propres lois et ainsi de mettre en péril la protection de l’Etat de droit dont jouissent pour le moment les citoyens et les résidents de la région administrative spéciale, au même titre que tous les touristes ou voyageurs qui y sont de passage.

  • sauvegarder: safeguard
  • sacro-sainte 神圣不可侵犯
  • ouvrir une boîte de Pandore: 打开潘多拉魔盒
  • l’Etat de droit: 法治

Répondant à ceux qui l’accusent de « ne pas écouter », la chef de l’exécutif, Carrie Lam, a rappelé avoir procédé à plusieurs aménagements, à la suite de remarques formulées par les uns et les autres. Paradoxalement, les premières critiques de ce texte furent formulées par le camp habituellement pro-Pékin, qui défend les intérêts de l’establishment : les milieux d’affaires sont en réalité les plus nerveux face à une loi qui les rend vulnérables en cas de poursuites en Chine, en particulier pour corruption.

  • Les milieux d’affaires: 商界

Respect des droits élémentaires

Les deux plus grandes chambres de commerce de la ville, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, et la représentation de l’Union européenne à Hongkong ont également exprimé inquiétudes ou réserves. Des centaines de pétitions ont vu le jour en ligne et des manifestations de solidarité ont également eu lieu dans une trentaine de villes à travers la planète.

Carrie Lam a toutefois accordé une nouvelle concession lundi : en cas d’extradition, la juridiction qui réclame un suspect s’engagera à respecter ses droits élémentaires, selon une clause de « garantie du respect des droits humains » désormais formulée de manière contraignante. Une vaine illusion dans le cas de la Chine, arguent les opposants. « Et que va-t-il se passer dans le cas où un pays, prenons la Chine, refuse de respecter cette obligation ? Que peut faire le gouvernement de Hongkong ? Rien ! », réagit le jeune député et avocat Alvin Yeung, chef de file du Civic Party, parti prodémocratie.

La chef de l’exécutif a affirmé qu’elle n’avait « reçu aucune instruction de Pékin pour mettre au point ce texte ». Or, celui-ci en est venu à symboliser aux yeux des Hongkongais la mainmise croissante de la Chine sur leur territoire.

Le succès de la marche de dimanche, ralliée par des Hongkongais de tous âges et de toutes classes sociales et dont personne n’avait anticipé l’ampleur, a bien montré que permettre l’extradition de personnes se trouvant à Hongkong vers la Chine révulsait l’ensemble de la population hongkongaise. Et ce bien au-delà des populations « à risque », c’est-à-dire les plus susceptibles d’extradition vers la Chine comme les hommes d’affaires les plus influents, les activistes, les journalistes, les opposants politiques, les dissidents de passage, etc.

Si la polémique autour de ce projet de loi, proposé dès le mois de février, est longtemps restée limitée aux cercles les plus éduqués, plus le gouvernement a tenté de l’expliquer, plus le reste de la population a commencé à en comprendre les conséquences et donc à s’en inquiéter. Le sujet a fini par toucher une corde sensible chez la plupart des Hongkongais qui tiennent dur comme fer à « leurs libertés » et au principe « un pays, deux systèmes », censé régir le statut de Hongkong jusqu’en 2047.

  • toucher une corde sensible
  • tenir dur comme fer à qch.

Cheveux courts un peu hirsutes et haut bariolé, la dynamique retraitée Pansy Tsoi est venue des nouveaux territoires, la partie continentale de Hongkong, où, affirme-t-elle, tout le monde, dans son entourage de « gens de base », a compris que Hongkong était « en danger de mort » avec cette loi. « Moi, je ne risque rien, je suis vieille et pauvre et je n’ai jamais rien eu à faire avec la Chine continentale. Mais c’est pour Hongkong que je viens, c’est parce que je veux que Hongkong reste Hongkong. »« La liberté vaut plus qu’un ticket de loto gagnant », ajoute, très sérieusement, un vieil homme en fauteuil roulant dans le cortège de la marche.

« Les temps ont changé »

Rares étaient les manifestants qui imaginaient que leur démarche puisse faire bouger le gouvernement comme ce fut le cas par le passé. En 2003, lorsque le cap légendaire du « demi-million » de manifestants avait été atteint, l’adoption de « l’article 23 » (une loi antisécession et antisubversion vis-à-vis de la Chine) avait été abandonnée. Et, en 2012, plusieurs manifestations avaient obtenu que le gouvernement renonce à imposer un enseignement patriotique chinois dans les écoles. En 2014, en revanche, malgré 79 jours de manifestation continue, le gouvernement n’avait rien cédé aux manifestants sur les réformes politiques.

« Les temps ont changé depuis 2003, on sait que ce n’est plus pareil. Mais il faut quand même que le monde sache que nous ne sommes pas d’accord avec ce qui se passe ici », affirme un marcheur venu avec enfants et petits-enfants. « Les Hongkongais ne vont pas accepter qu’une telle mobilisation ne change rien », estimait Lee Wing-tat, ancien président et cofondateur du Parti démocratique. Il craint de « gros problèmes » dans les semaines qui viennent.

Face à la défiance du gouvernement, le jeune parti Demosisto, fondé par plusieurs des jeunes chefs de file prodémocratie du « mouvement des parapluies » de 2014, a lancé une nouvelle opération de désobéissance civile, un sit-in pour bloquer le Parlement avant la session de mercredi. Demosisto estime qu’une fois le débat engagé il ne sera plus possible d’interrompre la procédure qui suivra son cours jusqu’au vote. Lequel est quasiment assuré, puisque le camp pro-Pékin dispose de la majorité des sièges.

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