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Pékin dénonce les « forces étrangères » derrière la manifestation

Frédéric Lemaître (Pékin, Correspondant)

Rien n’illustre mieux l’abîme qui sépare Hongkong de la Chine continentale que la réaction de Pékin à la manifestation historique organisée dimanche 9 juin dans cette région administrative spéciale contre un projet de loi favorisant les extraditions vers le continent. Les médias audiovisuels chinois n’évoquent pas le sujet et les réseaux sociaux qui le font sont censurés. L’immense majorité des Chinois ignore donc tout de la situation.

Lundi, le quotidien officiel en langue anglaise, le China Daily, a néanmoins publié un éditorial sur le sujet. On y apprend que « des gens » sont descendus dans la rue dimanche, « trompés par le camp de l’opposition et leurs alliés étrangers ». Pour le journal, « des forces étrangères saisissent l’opportunité d’avancer leur stratégie pour blesser la Chine en provoquant le chaos à Hongkong ». Une référence à la rencontre à Washington le 16 mai entre le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, et Martin Lee, un des chefs du mouvement démocratique de Hongkong.

Lundi 10 juin, une porte-parole du département d’Etat américain, Morgan Ortagus, a rappelé la « grande préoccupation » de Washington face à ce projet de loi. Pour le China Daily, Hongkong abrite des « centaines de réfugiés ou de criminels » qui profitent de ne pouvoir être extradés, ce qui contrevient à l’image de Hongkong et de sa « Rule of Law » (Etat de droit). Pour les opposants à la loi, c’est précisément parce que la Chine continentale n’est pas un Etat de droit que ce projet de loi est liberticide.

  • liberticide: 杀死自由

« Un pays, un système et demi »

L’éditorial du China Daily est révélateur de l’embarras de Pékin. En Chine, toute manifestation non encadrée par le parti est interdite. Qu’on puisse défiler pacifiquement dans les rues dans une partie de la Chine contre Pékin constitue un crime de lèse-majesté. Surtout, depuis quelques années, le pouvoir interprète systématiquement de manière restrictive les textes régissant l’autonomie de Hongkong. Au point que certains à Hongkong estiment que la formule officielle en vigueur depuis la rétrocession d’« un pays, deux systèmes » est devenue « un pays, un système et demi ».

L’inauguration au cœur de Hongkong, en septembre 2018, d’une immense gare régie en grande partie par le droit chinois et dans laquelle opèrent des centaines de douaniers chinois – afin d’éviter les contrôles à la frontière – avait déjà suscité de nombreuses protestations. L’inauguration, quelques semaines plus tard, de la Great Bay Area, un immense pont reliant Hongkong, Macao et la Chine continentale confirmait spectaculairement cette volonté de Pékin d’unifier ces trois territoires, régis jusqu’à présent par des droits différents.

Pour Pékin, il n’y a qu’une Chine dont Hongkong, Macao mais aussi Taïwan font partie. L’intégration de Hongkong doit d’ailleurs servir de modèle pour celle à venir de Taïwan, cette île dont Pékin ne reconnaît pas l’indépendance. En fait, elle sert de repoussoir. La présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, bête noire de Pékin, a félicité lundi les « amoureux de la liberté de Hongkong ». Un affront de plus pour Pékin.

20190612-p2-pekin.txt · 最后更改: 2019/06/12 11:50 由 80.15.59.65