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En Chine, les éleveurs impuissants face à la fièvre porcine

Simon Leplâtre

Au sud de Pékin, 20 000 bêtes sont mortes dans la « ferme » de Dawu Group. Une illustration de la sévérité de l’épidémie

REPORTAGE

SHANGHAÏ - correspondance

Li Qingpeng se souvient de la scène avec horreur : 5 000 porcs à abattre dans l’urgence. Il raconte cette fosse de six mètres de profondeur creusée au milieu de la ferme, où sont déjà entassés, sur une épaisse couche de chaux vive, les cadavres d’autres bêtes infectées par la grippe porcine africaine. Puis il a fallu y jeter les 5 000 porcs de l’élevage qui avaient survécu à l’épidémie meurtrière qui a touché 15 000 porcs dans cette exploitation. Sur une vidéo prise par l’employé, on voit une pelleteuse pousser les animaux dans la fosse. « Je me souviens des cris, c’était atroce », raconte ce cadre de Dawu Group, une entreprise agroalimentaire installée au sud de Pékin, dans le Hebei. Pour les autorités sanitaires chinoises, hors de question de transporter des bêtes probablement infectées vers des abattoirs : les fermes touchées par le virus doivent gérer le problème sur place. « L’enterrement profond est la solution recommandée », précise M. Li.

  • chaux vive: 生石灰
  • la grippe porcine africaine: 非洲猪瘟
  • une pelleteuse
  • les autorités sanitaires chinoises: 中国卫生部门
  • hors de question: out of question

Apparue dans le nord-est de la Chine en août 2018, la grippe porcine africaine s’est diffusée comme une traînée de poudre à toutes les provinces du pays. Officiellement, plus d’un million de porcs sont morts ou ont été abattus depuis le début de l’épidémie. Mais ce chiffre serait largement sous-évalué : d’après une estimation de la banque agricole hollandaise Rabobank, les pertes pourraient s’élever à 200 millions de bêtes sur l’année 2019. Soit le tiers de la production annuelle du premier pays producteur et consommateur de porc au monde, avec environ 55 millions de tonnes consommées en 2017. Dans le Shandong, province la plus affectée de Chine, le cheptel a chuté de 41 % par rapport à 2018.

  • se diffuser comme une traînée de poudre 像一串火药样的迅速传播

La province du Hebei a déclaré les premiers cas en décembre, à Fangshan, à l’ouest de Pékin. Chez Dawu Group, qui a compté jusqu’à 30 000 porcs sur trois sites différents, les soupçons apparaissent début janvier. « Nous sommes habitués à des pertes d’environ 100 cochons par jour, surtout parmi les nouveau-nés. C’est normal pour une grande exploitation comme la nôtre, et il est difficile de repérer la grippe porcine par rapport à d’autres maladies courantes, comme la rage porcine ou la diarrhée », explique Li Sixu, la directrice adjointe du groupe, chargée de l’activité porcine. Mais le nombre de morts continue d’augmenter. Début février, ce sont 500 bêtes qui périssent chaque jour : « Les bêtes perdent l’appétit, ont de la diarrhée, de la fièvre, et les oreilles qui deviennent violettes », décrit la quinquagénaire au teint hâlé par le soleil de cette région desséchée. Le mal est incurable, la mort rapide. Un millier de bêtes meurent quotidiennement dans les étables de Dawu, quand, le 22 février, les résultats d’analyse confirment l’infection de grippe porcine. L’ordre est donné d’abattre les bêtes qui ont survécu.

  • la rage porcine
  • la diarrhée: 腹泻
  • au teint hâlé par le soleil: 被阳光晒黑的脸色

Trois mois plus tard, lors de notre visite fin mai sur le plus grand site du groupe, dans la campagne au nord de la ville de Baoding, la ferme est vide. Le chemin de terre sèche qui entoure l’exploitation est couvert d’une couche de chaux vive, qui s’envole sous les roues des voitures. Un mur de briques rouges ferme l’espace. Devant l’entrée, un grand panneau blanc sur bleu indique « zone prophylactique importante, interdit aux personnes étrangères ». Une forte odeur de chlore et de purin s’échappe d’un portique en préfabriqué ajouté à la hâte pour désinfecter les camions entrant ou sortant de l’exploitation. A l’intérieur, le silence règne. L’espace compte 35 enclos en tôle, pouvant contenir en tout 20 000 bêtes. Toutes les ouvertures – fenêtres et bouches d’aération – ont été couvertes de bâches en plastique. On aperçoit un employé en combinaison blanche. « D’habitude, d’ici, on entend les cochons, le bruit des véhicules qui circulent sans arrêt, décrit Li Qingpeng depuis un talus qui permet de voir le site. Mais la plupart des employés ont été renvoyés chez eux. On n’en a gardé qu’une vingtaine pour la désinfection. »

  • zone prophylactique importante
  • chlore: 氯气
  • purin
  • en combinaison blanche: 白色的连衣服
  • un talus

Réduire la densité des étables

Le virus a déjà coûté leur emploi à 200 salariés de Dawu Group. L’entreprise, elle, estime avoir perdu 30 millions de yuans pour l’instant (3,8 millions d’euros), et prévoit que les pertes devraient atteindre 100 millions de yuans (13 millions d’euros) en prenant en compte le manque à gagner des porcs qui ne naîtront pas. Dawu, fondé en 1984 par Sun Dawu, est un conglomérat agroalimentaire aux reins solides, avec 9 000 employés et des activités qui vont de l’élevage de porcs et de poulets à la transformation alimentaire, et même à l’hôtellerie. Mais nombre de petites exploitations risquent de ne pas survivre à cette crise.

Pour Dawu, l’heure est encore à la désinfection. Mais l’entreprise compte sur ses 500 porcs épargnés par le virus, dans une petite ferme située dans une zone montagneuse, pour relancer ses élevages. En attendant, les ingénieurs de l’entreprise réfléchissent aux mesures à prendre pour éviter une nouvelle infection. « Nous avons envoyé deux employés apprendre à faire des tests à l’université agricole du Hebei, pour pouvoir effectuer nos propres analyses », indique Li Sixu. Autre mesure envisagée : réduire la densité dans les étables, en espérant améliorer la santé des bêtes. L’entreprise se croyait pourtant exemplaire en matière sanitaire : « Lors de la grippe aviaire, nous n’avons pas été contaminés, alors que plusieurs fermes alentour ont été touchées. Mais ce virus est bien plus virulent, soupire Li Sixu. La seule vraie solution, ce serait un vaccin. »

Sans vaccin, en effet, l’industrie porcine chinoise pourrait mettre des années à se remettre de cette crise, estiment des spécialistes. Un laboratoire d’Etat du nord de la Chine a annoncé, le 24 mai, avoir trouvé un candidat au vaccin, offrant une immunité au virus, mais le processus menant à un produit efficace sur le terrain est très long. « Le vaccin est loin d’être opérationnel. A court terme, disons pour les deux ou trois prochaines années, cela s’annonce très difficile pour les exploitations porcines en Chine », prédit Chengjun Pan, analyste pour Rabobank basée à Hongkong.

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