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Les signes d’une crise existentielle sous le joug de Pékin

  • une crise existentielle: 存在主义危机

Frédéric Lemaître

Au-delà du projet controversé, la mobilisation des Hongkongais illustre leur peur de devoir renoncer à leur démocratie et à leur autonomie

PÉKIN - correspondant

Comment un texte législatif destiné à permettre une procédure d’extradition, vers la Chine continentale, Taïwan et Macao, de personnes recherchées pour des actes criminels, a-t-il pu faire descendre dans la rue un Hongkongais sur sept, dimanche 10 juin, puis créer deux jours plus tard un climat insurrectionnel ? La réponse est, bien entendu, que ce qui se joue à Hongkong ces jours-ci dépasse de loin le seul texte incriminé.

Pour l’immense majorité des Hongkongais, étudiants, enseignants, mais aussi hommes d’affaires et commerçants, cette loi apparaît comme le dernier clou dans le cercueil de l’autonomie du territoire face à la Chine.

  • le dernier clou dans le cercueil: 棺材上最后一个钉子

Lorsque le Royaume-Uni rétrocède Hongkong, le 1er juillet 1997, les principaux intéressés sont plutôt satisfaits. La Chine est en train de s’ouvrir sur le monde et, pensent-ils, de se démocratiser. Ils ne voient pas d’inconvénients à être rattachés au continent, tout en gardant certaines spécificités politiques et juridiques résumées par la formule « un pays, deux systèmes ».

« La déclaration conjointe sino-britannique, en dépit de certaines ambiguïtés de langage, promettait aux Hongkongais la démocratie au sens plein du terme », rappellent l’universitaire Jean-Pierre Cabestan et le chercheur Eric Florence dans la revue Perspectives chinoises (troisième trimestre 2018) consacrée à Hongkong. L’intégration économique du territoire à la Chine a d’ailleurs commencé bien avant la rétrocession et Pékin n’a aucun intérêt, pense-t-on, à nuire à cette « région administrative spéciale » (RAS), certes minuscule, mais qui représente alors plus de 25 % de la richesse produite par la Chine.

Une première alerte intervient en 2003, lorsque le chef de l’exécutif hongkongais, Tung Chee-hwa, un magnat, tente, sous la pression de Pékin, de faire passer une loi sur la sécurité nationale attentatoire aux libertés ; 500 000 Hongkongais descendent dans la rue, contraignant le gouvernement à abandonner son projet.

La Chine laisse espérer, en 2007, une mise en place du suffrage universel pour 2017, alors que le chef de l’exécutif est élu par un collège électoral, que la moitié des membres du Conseil législatif sont élus au suffrage universel et l’autre moitié par des représentants de catégories professionnelles.

En août 2014, la Chine tranche : les candidats au poste de chef de l’exécutif devront avoir été au préalable sélectionnés par un comité de 1 200 personnes, puis entérinés par Pékin. Cette clarification est vécue par une bonne partie de la population comme une trahison. Des dizaines de milliers de Hongkongais, menés par les étudiants, ont paralysé pendant Hongkong pendant deux mois lors de la « révolution des parapluies ». Mais ils n’obtiendront pas le « vrai suffrage universel » qu’ils réclamaient. Pékin laisse en place le système en vigueur.

  • entériner 法律用语,批准,承认。
  • une bonne partie de la population: 人口的很大一部分

Les inégalités ne font que croître

Et toute réforme démocratique est repoussée sine die. A la suite du mouvement, le pouvoir central impulse à Hongkong une reprise en main qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. En 2016, les jeunes représentants des partis dits « localistes » issus du « mouvement des parapluies » et élus au Parlement sont exclus de leur siège. La détention en Chine, la même année, d’éditeurs et de libraires hongkongais alerte un peu plus sur la détérioration du climat de liberté.

  • être repoussée sine die: 无限期推迟

« Qu’un million de personnes soient descendues dans la rue alors que les principaux leaders du mouvement de 2014, y compris des universitaires très respectés, sont en prison, montre la faillite totale de la stratégie de la terreur mise en place par Pékin et par les autorités de Hongkong », juge le chercheur Eric Sautedé, un observateur politique qui vit sur place. Alors que le président chinois, Xi Jinping, ne montre aucun signe d’ouverture, beaucoup craignent que Hongkong perde définitivement le « degré élevé d’autonomie » sur lequel Chine et Royaume-Uni se sont accordés jusqu’en 2047.

Surtout que Hongkong n’a plus l’importance qu’elle avait en 1997. Aujourd’hui, la RAS ne représente plus que 3 % de l’économie chinoise. L’installation, légale depuis 1997, de 150 Chinois continentaux par jour modifie profondément la structure sociologique de la population. Nombre de riches Chinois achètent un bien immobilier à Hongkong afin d’obtenir un permis de résidence et un passeport les autorisant à voyager sans visa en Occident, expliquent MM. Cabestan et Florence. Aujourd’hui, au moins un Hongkongais sur sept est né en Chine continentale.

Résultat : les inégalités, déjà très fortes dans ce territoire, ne font que croître. Acquérir un logement devient impossible pour les enfants de la classe moyenne. Contrairement à ce que laisse penser le paysage enchanteur de la baie de Hongkong, la vie y est souvent difficile et l’avenir, tant politique qu’économique, s’annonce sombre pour nombre de ses habitants. La crise que vit Hongkong est donc bel et bien existentielle.

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