用户工具

站点工具


20190614-p7-soja

En Europe, l’élevage industriel dépendant du soja d’Amérique latine

Mathilde Gérard

L’association Greenpeace France dénonce l’impact de la consommation européenne de viande et de produits laitiers sur la déforestation

L’Europe est « mordue de viande », dénonce Green-peace France. Et l’appétit pour les produits carnés et laitiers contribue largement à déboiser des territoires pour la culture du soja, en Amérique latine notamment. Dans un rapport paru mardi 11 juin, l’ONG a étudié l’impact de notre alimentation sur la déforestation en Amérique du Sud.

« Le soja est la deuxième cause de déforestation dans le monde, mais, à l’échelle de l’Europe, c’est la première cause de déforestation importée [déboisement induit par les importations de matières premières]. Or, ce sujet n’est pas forcément très connu du grand public. Avec ce rapport, nous avons voulu démontrer le lien entre surconsommation de viande et de produits laitiers et déforestation », explique Cécile Leuba, chargée de campagne Forêts pour Greenpeace et auteure de cette synthèse.

La production de soja a plus que doublé dans le monde en vingt ans, passant de 144 millions de tonnes en 1997 à 352 millions de tonnes en 2017. Cette protéine sert principalement, sous forme de tourteaux, d’alimentation aux animaux d’élevage. Avec 33 millions de tonnes de soja importées chaque année (contre seulement 2,5 millions de tonnes produites localement), l’Union européenne (UE) est le deuxième importateur mondial.

Selon Greenpeace, 87 % du soja utilisé en Europe sert à l’alimentation animale, dont près de 50 % pour la volaille, 24 % pour les porcs, 16 % pour les vaches laitières, et 7 % pour les bovins. « Pour produire 100 grammes de poulet, il faut 109 grammes de soja », calcule l’ONG. Dans le trio de tête des producteurs de soja : les Etats-Unis, le Brésil et l’Argentine. Le continent américain fournit à lui seul 88 % du soja produit dans le monde.

Trois territoires ont été identifiés par Greenpeace comme étant particulièrement menacés. Le premier, l’Amazonie, est partiellement protégé depuis 2006 par la mise en place d’un moratoire sur la déforestation liée au soja. La culture ne grignote plus directement la végétation amazonienne, car elle s’étend désormais sur des terres non boisées ou précédemment déforestées. Mais comme le soja continue d’occuper des territoires grandissants, il repousse plus loin dans la forêt des terres qui se convertissent à l’élevage.

Territoires en danger

Surtout, l’ONG s’inquiète du contexte politique au Brésil, avec l’accession au pouvoir, début 2019, du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui fait peu de cas des organismes de protection de l’environnement.

Autre territoire brésilien en danger, le Cerrado, qui jouxte l’Amazonie, le Pantanal et la forêt atlantique. « Cette immense savane abrite la plus grande biodiversité au monde », rapporte Cécile Leuba. On y trouve des milliers d’espèces endémiques (tapirs, jaguars, tatous jaunes…). « Cette région a perdu la moitié de sa surface végétale d’origine, 88 millions d’hectares, soit la taille du Venezuela, principalement détruite pour le soja et le bœuf. »

Le Gran Chaco constitue l’autre écosystème menacé, selon Greenpeace. A cheval entre l’Argentine, la Bolivie et le Paraguay, il s’agit de la plus grande forêt tropicale sèche en Amérique du Sud, et c’est celle qui connaît la déforestation la plus rapide au monde.

Outre les émissions de dioxyde de carbone provoquées par la conversion des terres, la monoculture du soja pose plusieurs problèmes environnementaux et sociaux. Au Brésil et en Argentine, 95 % du soja cultivé est génétiquement modifié. Cette production, qui entraîne une utilisation importante d’herbicides et de pesticides, a des conséquences sur la perte de biodiversité de ces écosystèmes, et des conséquences sociales désastreuses (expropriations, violations du droit du travail…), comme l’a montré un rapport de l’ONG Mighty Earth paru en mars 2018.

Face à ce constat, Greenpeace appelle les autorités à prendre des mesures. « Les entreprises qui utilisent des matières premières à risque – comme le soja, l’huile de palme, le bœuf – ne sont pas capables de garantir que leurs produits n’ont pas contribué à la déforestation, estime Cécile Leuba. Le gouvernement doit adopter des mesures contraignantes. »

La France s’est dotée, en novembre 2018, d’une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI), avec pour objectif de « mettre fin, d’ici à 2030, à la déforestation causée par l’importation de produits forestiers ou agricoles ». Parmi les mesures adoptées : la mise en place, en 2020, d’un label « produit sans déforestation » ou d’une politique « d’achats publics zéro déforestation » d’ici à 2020. Mais la SNDI ne comporte pas de mesure contraignante pour réduire le niveau des importations de soja.

Greenpeace avertit, il sera impossible de relocaliser en France ou en Europe la totalité de la production de soja en maintenant les volumes d’élevage à leur niveau actuel. Si la France voulait produire tout le soja qu’elle importe – soit entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes par an –, elle devrait, estime l’organisation, consacrer les terres agricoles de trois départements à cette seule culture, au détriment d’autres productions.

Pour l’ONG, il faut commencer par diminuer la consommation de viande et de produits carnés, et favoriser des alternatives végétales locales pour l’alimentation des animaux. « Il faut être lucide pour réduire les niveaux de consommation et s’orienter vers des élevages plus écologiques et autonomes », souhaite Cécile Leuba.

20190614-p7-soja.txt · 最后更改: 2019/06/13 11:00 由 80.15.59.65