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A Pyongyang, Xi Jinping en médiateur entre Kim et Trump

Frédéric Lemaître Et Philippe Pons

En se rendant en Corée du Nord, le président chinois veut démontrer le rôle incontournable de Pékin auprès de son voisin

PÉKIN, TOKYO - correspondants

A la veille du sommet du G20, à Osaka, et en pleine guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, la visite des 20 et 21 juin du président Xi Jinping en République populaire démocratique de Corée (RPDC) prend une signification qui dépasse les simples relations bilatérales entre les deux pays. En « visite d’Etat » – ce qui est rare en RPDC –, M. Xi donne à sa présence à Pyongyang un caractère solennel, prenant le monde à témoin de son soutien à la Corée du Nord. Il rappelle aussi implicitement à Washington et à Moscou que la péninsule fait partie du « pré carré » chinois.

  • visite d’Etat: 国事访问
  • le pré carré: 领地

Pékin entend donner « un nouvel élan aux relations » avec les deux pays et contribuer à une « stabilisation durable » de l’Asie orientale : dans un message personnel, publié mercredi par l’organe du Parti du travail de Corée, Rodong Sinmun, M. Xi souligne la volonté de la Chine de contribuer à « renforcer les échanges et la coordination entre la Corée du Nord et les parties intéressées afin de faire progresser les pourparlers sur la péninsule coréenne ».

Cette visite, la première depuis quatorze ans d’un chef de l’Etat chinois à Pyongyang, était certes attendue après les quatre visites du dirigeant Kim Jong-un à Pékin au cours des deux dernières années. Elle confirme que la Chine est un acteur incontournable dans tout règlement de la question nucléaire nord-coréenne, mais aussi que la RPDC est plus que jamais l’un des enjeux de l’antagonisme entre Pékin et Washington.

Force de stabilisation

Alors que les pourparlers entre les Etats-Unis et la RPDC sont au point mort depuis le fiasco du sommet de Hanoï en février, la Chine veut paraître comme une force de stabilisation dans la péninsule en démontrant qu’elle peut avoir des capacités de médiation, mais aussi de nuisance : si M. Trump souhaite mettre à son actif un succès diplomatique avec une Corée du Nord campant sur ses positions, il doit faire preuve de souplesse avec la Chine en matière commerciale pour que celle-ci incite Pyongyang à faire des concessions.

Pékin rappelle implicitement que la tactique de « pression maximum » sur la RPDC poursuivie par les Etats-Unis et leurs alliés ne peut fonctionner que si la Chine y participe pleinement. Ce qui n’est pas entièrement le cas – comme l’illustrent les opérations, en mer, de transbordement de pétrole d’un navire à l’autre. Surtout, « Xi Jinping veut exprimer son mécontentement envers les Etats-Unis : la guerre commerciale le préoccupe beaucoup plus que le manque de progrès dans les pourparlers en vue de la dénucléarisation », estime Théo Clément, chercheur associé au King’s College de Londres.

Pour la RPDC, cette visite renforce le prestige personnel de Kim, entaché par l’échec du sommet de Hanoï. Toujours dans le Rodong Sinmun, M. Xi apporte un soutien entier au jeune dirigeant. « La partie chinoise soutiendra avec fermeté le président Kim Jong-un dans sa mise en œuvre de la nouvelle ligne stratégique. »

A la tête d’un pays mis au ban de la communauté internationale, sanctionné par l’ONU, qualifié d’« Etat voyou » pour son non-respect des normes internationales et des droits humains, M. Kim a sorti la RPDC de son isolement diplomatique : réchauffement spectaculaire des relations avec la Corée du Sud, rencontre à deux reprises avec le président américain, puis, en mai, avec son homologue russe, Vladimir Poutine, et rencontre possible début juillet, à Pyongyang, avec le premier ministre japonais, Shinzo Abe.

  • État voyou: 流氓国家

Porte-drapeau de la fermeté envers Pyongyang, ce dernier se trouve isolé dans son intransigeance par le changement de cap de son allié américain et est contraint à se dire prêt à rencontrer « sans précondition » le dirigeant nord-coréen. « Kim Jong-un joue la Russie et la Chine contre les Etats-Unis et le Japon », analyse Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’université baptiste de Hongkong. Avec un certain succès. « Il sait que le règlement du dossier nucléaire passe d’abord par Washington », ajoute-t-il. Bien que, sur le plan diplomatique, la RPDC ait accompli des percées, sa situation intérieure reste problématique : les sanctions onusiennes affectent l’économie et retardent la réalisation de grands projets d’infrastructures. En outre, les récoltes 2018-2019 ont été les plus mauvaises de ces dernières années et, en raison de la sécheresse, la pénurie alimentaire risque de s’aggraver au cours de l’été. Pyongyang a besoin de la Chine. Selon la presse sud-coréenne, elle pourrait accorder une aide de 100 000 tonnes de denrées alimentaires à la RPDC.

Projets conjoints

Les observateurs sont partagés sur les effets concrets de la visite du président chinois – compte tenu de la nature des deux régimes, il est peu vraisemblable que la substance des entretiens soit connue. Comme la Russie, la Chine est favorable à un allégement des sanctions de l’ONU pour tenir compte de l’engagement de Pyongyang de suspendre ses essais nucléaires et balistiques depuis 2017, mais elle est aussi tenue par les résolutions du Conseil de sécurité qu’elle a votées. Elle pourrait en revanche réaffirmer les engagements de coopération économique, de reprise des projets conjoints en infrastructures et faire des promesses d’investissements – une fois que les sanctions seront levées. Un tel message de M. Xi pourrait être interprété par les entrepreneurs chinois de la frontière sino-nord-coréenne comme une approbation tacite à poursuivre leurs opérations destinées à contourner les sanctions. Ce que la Chine ne saurait reconnaître officiellement.

20190620-p3-xi.txt · 最后更改: 2019/06/19 11:32 由 80.15.59.65