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L’Ouzbékistan, au fil du temps

De gauche à droite et de haut en bas : à Samarcande, le mausolée de Chakh-i-Zinda ; à Tachkent, la statue de Tamerlan avec en arrière-plan l’Hotel Uzbekistan ; à Khiva, les 218 colonnes de la mosquée Djouma ; à Boukhara, des Ouzbeks en « chapan », un habit traditionnel. TUUL ET BRUNO MORANDI

François Bostnavaron

De Khiva, la perle du désert du Karakoum, à Samarcande, la ville des « Mille et Une Nuits », la découverte de cette ex-république soviétique est une plongée dans l’histoire de la civilisation islamique

VOYAGE

TACHKENT

L’Ouzbékistan est encore peu fréquenté par les touristes. Pourtant, qui ne rêve de découvrir Samarcande, Boukhara ou Khiva, ces villes-oasis aux noms évocateurs ? Ou de s’aventurer sur les pistes caravanières de l’ancienne Route de la soie, dans ce pays d’Asie centrale aussi grand que la France qui, depuis la mort en 2016 d’Islam Karimov, au règne sans partage pendant vingt-six ans, a commencé à s’avancer sur le chemin de démocratie.

  • les pistes caravanieres: 商人马队的小路

La porte d’entrée du pays se trouve à Tachkent. Pour ceux qui n’ont jamais eu l’occasion d’aller en URSS, c’est un bon exercice de remise à niveau : on n’efface pas d’un coup des années de gestion soviétique. Les avenues sont larges, bordées de blocs de béton, témoins de la reconstruction de la capitale après le tremblement de terre de 1966. La ville compte nombre d’exemples de cette architecture soviétique, tel l’Hotel Uzbekistan, sûrement l’un des édifices les plus photographiés de la capitale. La meilleure vue : celle depuis la place Amir-Temur, avec en premier plan la statue de Tamerlan à cheval, le héros national, qui a remplacé celle de Karl Marx, déboulonnée en 1991, à l’indépendance.

L’opéra de Tachkent fait partie de cet héritage. Inauguré en 1947, il fut bâti par Alexeï Chtchoussev, qui voulait lier par l’architecture la Russie impériale au style stalinien. Ironie de l’histoire, alors que nous assistions à une représentation du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, dehors, sur le parvis de l’édifice, se déroulait un concert techno où des DJ locaux faisaient danser une jeunesse branchée et occidentalisée, qui dans ce pays à l’islam plutôt modéré cohabitent avec la génération des barbus chenus à calottes brodées…

Dans les rues, on s’étonne de ne croiser qu’un modèle de voiture, des petites Chevrolet de fabrication locale, plus abordables que n’importe quelle autre voiture européenne taxée à 120 %. Ici, on parle ouzbek, mais aussi arménien, tadjik et russe. Quelques notions d’anglais, parfois, tourisme oblige… Comme sur ce petit marché de la rue Mustafa-Kemal-Atatürk où l’on trouve des œuvres de peintres locaux et une profusion de pin’s, uniformes et ceintures militaires, et autres statues de Lénine, vraies ou fausses, comme en 1990 dans l’ex-Europe de l’Est.

Mouton noir et faïence bleue

Direction Khiva, première étape de notre périple. La perle du désert du Karakoum, jadis réputée pour son marché aux esclaves, est aimée ou détestée pour les mêmes raisons : c’est une ville-musée. Si la légende veut qu’elle ait été fondée par Sem, le fils de Noé, autour d’un puits, le programme de réhabilitation engagé depuis près de trente ans l’a rendue tellement impeccable qu’on la croirait presque nouvelle. Cela n’enlève rien à son charme. Située au sud du fleuve Amou-Daria, la cité est donc bâtie en deux parties : Dichan-Kala, la ville extérieure, et Itchan-Kala, la ville intérieure.

Cette dernière, aujourd’hui complètement piétonne, est remplie d’échoppes pour touristes. Ici des toques et des écharpes en astrakan, ce mouton noir et frisé, là de l’artisanat en bois sculpté, comme ces traditionnels lutrins articulés, réalisés dans une seule pièce de bois de platane selon une technique éprouvée depuis des siècles. Un travail du bois que l’on retrouve partout dans la ville, tant sur les portes que dans la mosquée Djouma, celle du vendredi, avec 218 piliers de bois délicatement ciselés. Plus loin on croise des chameaux pour la photo ou même des trônes en bois, pour prendre la pose, l’air martial, en Gengis Khan d’opérette pour quelques soms, la monnaie locale. Les ruelles tortueuses nous conduisent à travers la ville fortifiée à la découverte des madrasas, ces très belles écoles coraniques, et autres mosquées, car Khiva recèle l’ensemble islamique le mieux préservé d’Asie. A découvrir aussi, le palais Tach Khaouli avec son harem, tous deux recouverts de faïence bleue, le minaret d’Islam Khodja, haut de 44 mètres, les mausolées de Pakhlavan Makhmoud et Sayid Alaouddine.

Prochaine étape, Boukhara, l’un des carrefours majeurs de la civilisation islamique. C’est lorsque l’on traverse les 450 km de désert rouge du Kyzylkoum qui séparent Khiva de Boukhara que l’on prend conscience de la difficulté rencontrée par les caravaniers qui empruntaient cette fameuse Route de la soie. Celle d’aujourd’hui est en très bon état. Un trajet d’une demi-douzaine d’heures où il ne faut surtout pas négliger les étapes, qui sont autant de rencontres dans des sortes de Bagdad Café isolés, façon Asie centrale, où les chauffeurs routiers se restaurent avant de reprendre la route à travers ce désert de broussailles.

Si Khiva est un musée à ciel ouvert, Boukhara se défend aussi bien ! L’Unesco ne s’y est pas trompé, classant plus de 140 monuments au Patrimoine mondial de l’humanité. Le meilleur endroit pour souffler après la route reste la place Liab-i-Khaouz. Près d’un bassin et de mûriers centenaires, on boit un thé devant la mosquée Bolo Khaouz, comme ces « anciens » portant la traditionnelle tioubeika brodée. Surnommé la « mosquée aux 40 colonnes », l’édifice n’en compte que 20, alors que le khan en voulait 40. La légende dit que, pour sauver sa tête, l’architecte eut l’idée de créer le bassin, le reflet de l’eau doublant le nombre de colonnes.

  • un musée à ciel ouvert: 露天博物馆

La ville est considérée comme un lieu saint de l’islam ; Boukhara était à la religion musulmane ce que Samarcande était à la science. Pour preuve : Boukhara aurait abrité jusqu’à 365 mosquées, avant d’être détruite par Gengis Khan et ses hordes en 1220, puis reconstruite aux XVe et XVIe siècles. De la période prémongole, seuls quatre monuments subsistent : les mausolées d’Ismail Samani et de Tchachma Ayoub, la mosquée Nomozghok et la mosquée Kalon, contiguë au minaret du même nom. Ce minaret, haut de 47 mètres, faisait la fierté de Boukhara, à tel point qu’aucun envahisseur n’a jugé bon de le détruire. Gengis Khan l’aurait épargné tant il était fasciné par sa majesté. Certains ajoutent qu’il l’aurait conservé pour précipiter de son sommet les prisonniers, d’où son surnom de tour de la mort. Il faut aussi aller au bazar et dans les caravansérails, qui proposent des tapis en laine ou en soie rouge, rivaux des fameux chiraz ; mais ce sont surtout les suzanis, cotonnades brodées de soie ou de coton, aux motifs allant des fleurs aux oiseaux, que l’on trouve le plus facilement.

  • un lieu saint de l’islam: 伊斯兰教的圣地
  • …pour précipiter de son sommet les prisonniers: 为了把囚犯从塔顶摔下来
  • tour de la mort: 死亡之塔

Un ciel de 1 018 étoiles

Dernière étape du périple, Samarcande nous transporte, sans rougir du cliché, au pays des Mille et Une Nuits. La ville doit tout à la mégalomanie de Timour le Grand ou le Boîteux, c’est selon. Tamerlan pour nous, qui en a fait la capitale de son empire avant de projeter d’en faire celle du monde. Pour y parvenir, il n’hésita pas à contraindre les meilleurs ouvriers des pays conquis à venir embellir Samarcande. Rien d’impossible pour ce conquérant auquel on attribue quelque 17 millions de morts… Une image sanguinaire contre laquelle chaque Ouzbek se bat, précisant que ce sont les Russes qui sont à l’origine de cette piètre réputation, plaçant désormais Tamerlan au centre du « roman national ».

  • rougir du cliché: 因为陈词滥调而感到羞耻
  • mégalomanie: 自大狂病
  • c’est selon: 这要看情况
  • piètre: bad

Depuis l’indépendance, Samarcande a fait l’objet d’une grande restauration. Un embellissement parfois décrié, car la plupart des grands sites historiques sont séparés de la ville nouvelle par un mur. Il n’empêche : impossible de ne pas tomber sous le charme de la place du Registan ou d’être frappé par le gigantisme de l’endroit avec ses trois madrasas, Chir Dor, Tillya Kari, qui datent du XVIIe siècle, et Ulugh Begh, plus ancienne, qui date du XVe siècle. Couvertes de mosaïques et d’un dôme bleu, avec des minarets vernissés, elles méritent une seconde visite, de nuit, lorsqu’elles sont mises en valeur par les projecteurs.

Mais ce ne sont pas les seuls trésors de Samarcande. La nécropole de Chakh-i-Zinda, avec ses superbes mosaïques bleues et la mosquée Bibi Khanoum, l’une des plus belles représentations d’art islamique, sont autant de monuments qui laissent pantois, tout comme le Gour Emir, mausolée où repose le corps de Tamerlan. Mais l’un des lieux les plus émouvants reste l’observatoire d’Ulugh Begh, du nom du petit-fils de Tamerlan, féru d’astronomie, qui avait réuni dans la ville les meilleurs astronomes de son époque. Grâce à des instruments de mesure perfectionnés, dont un sextant géant (avec un rayon de 40 mètres), il releva jusqu’à sa mort, en 1449, la position exacte de 1 018 étoiles. A Samarcande, le charme vient aussi du ciel.

  • la nécropole: 大型公墓
  • féru d’astronomie: 深谙天文学
20190621-p27-ouzbekistan.txt · 最后更改: 2019/06/22 15:04 由 80.15.59.65