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Trump en position de force face à Xi au G20

Donald Trump en partance pour Osaka, au Japon, où se déroulera le G20. Le 26 juin, sur une base militaire de l’Alaska. KEVIN LAMARQUE/REUTERS Brice Pedroletti Et Arnaud Leparmentier

Le duel entre les présidents américain et chinois occupera le devant de la scène au sommet d’Osaka

TOKYO, OSAKA - envoyé spécial NEW YORK - correspondant

Ce sera le « clou » du G20 d’Osaka, comme ça l’avait été lors du précédent sommet des principaux dirigeants de la planète en Argentine, en novembre 2018 : la rencontre entre le président américain, Donald Trump, et son homologue chinois, Xi Jinping, samedi 29 juin, pendant une heure et demie. Objectif, éviter une guerre commerciale généralisée. « L’économie de la Chine s’effondre, ils veulent un accord », a déclaré Donald Trump avant de s’envoler pour le Japon. Le président a, comme souvent, joué les matamores. En cas d’absence d’accord, il a un « plan B » : taxer massivement les produits chinois.

  • le clou du G20: G20 最精彩的部分
  • jouer les matamores: 虚张声势

Tout avait bien commencé lorsque M. Trump avait reçu M. Xi dans son golf de Mar-a-Lago, début 2017. Mais une alchimie personnelle, affichée ou réelle, ne fait pas un accord – on l’a vu lors de l’échec du sommet entre M. Trump et le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, à Hanoï, en février. Surtout, il persiste une profonde équivoque sur les buts de la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis. Le président Trump a sans cesse dénoncé le déséquilibre commercial avec Pékin, mais derrière cette contestation se cachent deux approches différentes.

La première, portée officiellement par le représentant au commerce Robert Lighthizer, consiste à accuser la Chine de ne pas avoir respecté les règles du jeu depuis son entrée, en 2001, dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pékin est accusé de forcer les entreprises occidentales à transférer leurs technologies, et il lui est reproché de subventionner, par le foncier et le crédit, son secteur d’Etat. C’est parce que les Chinois ont refusé de s’engager explicitement sur des changements de législation interne que les négociations américaines ont échoué au printemps. La seconde approche consiste à empêcher la Chine de devenir la puissance dominante du XXIe siècle – en lieu et place des Etats-Unis. Ce discours est porté par les faucons de l’administration et les géostratèges américains. Il est ponctué de reproches, fondés ou non – la Chine volerait les technologies, voire infiltrerait les Etats-Unis avec le géant des télécoms Huawei et la technologie 5G, qui sera névralgique puisqu’elle contrôlera demain les hôpitaux, les centrales nucléaires, etc. Mais l’objectif final reste simple : empêcher la Chine d’émerger et la faire reculer.

  • névralgique: 关键。原意是神经痛

Electeurs américains

Ces buts sont contradictoires : le premier vise à intégrer la Chine dans une mondialisation équitable, le second, au contraire, à l’isoler et à créer deux systèmes indépendants, l’un gravitant autour des Etats-Unis, le second autour de la Chine, qui sera sans cesse combattu par les Etats-Unis en vue de son affaiblissement. Un succès des négociations commerciales signifierait donc, en théorie, davantage d’intégration chinoise, tandis qu’un échec se traduirait par plus d’isolement.

Les Américains veulent en réalité poursuivre les deux buts à la fois. Ils estiment être en position de force, en raison de la faiblesse économique de la Chine. Les sanctions infligées en 2018 à l’entreprise de téléphonie ZTE, puis, cette année, au leader du secteur Huawei, ont révélé les retards chinois dans les microprocesseurs. L’affaire pénalise aussi les Etats-Unis, en touchant notamment les farmers du Midwest, qui subissent les contre-droits de douane imposés en représailles par Pékin ; tandis que dans les régions industrielles les investisseurs retardent leurs investissements, faute de visibilité à la Maison Blanche. En Caroline du Sud, où BMW a sa première usine au monde, le nombre de projets d’investissement en cours dans la région a été divisé par deux. Cette tendance commence à peser sur l’activité, comme le confirme la Réserve fédérale américaine. Et encore, les consommateurs n’en ont pas, jusqu’à présent, vu les conséquences dans leur consommation quotidienne.

  • en position de force: 有利地位

A dix-sept mois de la présidentielle américaine, les électeurs pro-Trump rencontrés sont toujours fidèles au président, entonnant le refrain « il-fallait-faire-quelque-chose-vis-à-vis-de-la-Chine ». Si les syndicats restent protectionnistes, les agriculteurs commencent à vouloir une sortie par le haut, c’est-à-dire vers un libre-échange « équitable ». La logique voudrait que Donald Trump puisse revendiquer une victoire en obtenant un accord. Mais le précédent mexicain est riche d’enseignement à cet égard : les concessions n’ont été que de façade, et M. Trump, qui ne vit que de la dénonciation de l’autre, s’est trouvé fort gêné de ne pas pouvoir critiquer Mexico. La perte de l’adversaire chinois en campagne présidentielle serait pour lui un handicap.

De son côté, la direction chinoise, après avoir sous-estimé Donald Trump et cru mettre vite hors jeu un « faiseur de deals » exubérant et narcissique, a pris conscience de l’enjeu : le déficit commercial n’est qu’une des batailles dans une offensive bien plus large, dont le discours du vice-président, Mike Pence, devant l’Hudson Institute en octobre 2018 fut le coup de clairon : le numéro deux américain y dressa alors un constat accablant des « efforts chinois pour remettre en cause les avantages géopolitiques américains et l’ordre international ». La politique d’engagement, fondée sur l’idée que la Chine appliquerait les règles de gouvernance internationale à force d’ouverture et d’investissements étrangers, était enterrée pour de bon. Les Etats-Unis ont ensuite durci le ton vis-à-vis de Pékin sur Taïwan, sur la mer de Chine du Sud, sur la région du Xinjiang, où la minorité musulmane ouïgoure subit la répression, et tout récemment sur Hongkong, multipliant les dénonciations et les propositions de loi, obtenant, la plupart du temps, l’assentiment des démocrates et des républicains.

« Deux éléments sont très inquiétants pour les Chinois : l’économie américaine continue d’aller bien ; et Trump a des chances d’être réélu. Ce qui les confronte au défi de devoir tenir avec ces sanctions qui pèsent sur leur économie et mettent en évidence combien la Chine est dépendante des marchés développés comme les Etats-Unis et l’Europe », explique Valérie Niquet, directrice Asie de la Fondation pour la recherche stratégique, actuellement à Tokyo. La Chine pensait par ailleurs pouvoir exploiter les divisions entre les Etats-Unis de Trump d’un côté et les Européens et les Japonais de l’autre. « Or, elle fait face à un front, car l’Europe et le Japon pensent la même chose de la Chine que les Américains, même s’ils souhaitent des méthodes différentes : une refonte de l’OMC pour les premiers, tandis que les Etats-Unis ne croient qu’à l’action unilatérale. »

Discours de fierté nationale

Face à ces vents contraires, la Chine puise dans des recettes éculées : la propagande chinoise joue sur la corde nationaliste, en dénonçant à tour de bras l’impérialisme américain et en déroulant le discours de « l’émergence pacifique chinoise ». Dans son éditorial du 26 juin, le quotidien nationaliste Global Times vilipende Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat américain, comme un opposant « hystérique » à la Chine.

Dans ce contexte, Xi Jinping a beau jeu aujourd’hui de vouloir réchauffer les relations de la Chine avec le Japon – sa venue à Osaka marque sa première visite dans ce pays depuis son arrivée au pouvoir, en 2013. Une visite d’Etat est désormais programmée dans un avenir proche. Le numéro un chinois s’est aussi voulu plus conciliant avec l’Union européenne – qui pour la première fois lui a imposé, lors de sa visite en France, en mars, de rencontrer le trio Macron-Merkel-Juncker ensemble. La Corée du Nord, où Xi Jinping a été accueilli en grande pompe la semaine dernière, est tout à coup redevenue un pays frère. L’amitié sino-russe est, elle aussi, au firmament, comme l’a illustré sa visite à Moscou début juin. Mais la puissance chinoise est bien ébranlée dans ses certitudes. « Le dilemme, pour Xi Jinping, c’est d’apparaître comme cédant aux pressions étrangères. Les attaques américaines ont entamé le discours de fierté nationale et mis le doigt sur les faiblesses chinoises », poursuit Mme Niquet.

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