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La France tente une médiation sur l’Iran

Marc Semo

Emmanuel Macron s’est entretenu, mercredi, avec ses homologues iranien et américain, dans l’espoir de faire tomber la tension dans le Golfe

Les autorités iraniennes jouent Paris pour tenter d’arrêter l’escalade dans le Golfe, alors qu’elles accusent Donald Trump « d’avoir fermé la voie de la diplomatie » par ses rodomontades belliqueuses. « L’Iran n’a aucun intérêt à faire croître les tensions dans la région et ne cherche la guerre avec aucun pays, Etats-Unis y compris », a assuré le président Hassan Rohani, qui s’est entretenu par téléphone, mercredi 26 juin, avec son homologue Emmanuel Macron. « On fera le maximum pour que personne ne commette l’irréparable », a affirmé ce dernier, assurant qu’il aborderait la question avec le locataire de la Maison Blanche et les autres dirigeants des grandes puissances en marge du G20, qui se tient à Osaka (Japon) les vendredi 28 et samedi 29 juin.

  • rodomontades belliqueuses 充满敌意的虚张声势
  • pour que+ subjonctif: On fera le maximum pour que personne ne commette l’irréparable.

La présidence iranienne avait pris l’initiative de l’appel. L’idée avait été évoquée il y a un mois et demi, lors de la visite à Paris de Kamal Kharazi, ancien ministre iranien des affaires étrangères, invité par l’Institut Montaigne. L’aggravation des tensions n’a fait que rendre encore plus urgente une médiation française.

Le nouveau chef de la cellule diplomatique de l’Elysée, Emmanuel Bonne, s’était rendu le 20 juin à Téhéran porteur d’un message du chef de l’Etat. Une visite aussi discrète qu’efficace. Il succédait au ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, dont les propos assez durs rappelant l’Iran à ses engagements avaient quelque peu irrité les dirigeants de la République islamique.

« Le pic de la crise est passé : personne ne veut porter la responsabilité du premier mort, comme l’a montré l’Iran en attaquant un drone sans pilote et comme l’a montré Washington en renonçant aux frappes », relève François Nicoullaud, ancien ambassadeur français à Téhéran, soulignant que, dans un tel contexte, « des petits gestes symboliques de part et d’autre pourraient faire baisser la tension, même s’il ne faut pas se faire d’illusions : Donald Trump ne va pas revenir dans l’accord et l’Iran n’acceptera pas d’en négocier un nouveau ». « L’Iran, avec ses actions agressives, a paradoxalement commencé les négociations, prenant Donald Trump à son propre jeu », renchérit Michel Duclos, conseiller spécial de l’Institut Montaigne, soulignant que « le président américain veut mettre la pression maximale sans pour autant se lancer dans une guerre, alors qu’il avait mené campagne en promettant la fin des interventions militaires américaines ».

Dans ce cadre, la diplomatie française tient de bonnes cartes pour aider à rétablir un canal de communication entre Washington et Téhéran. La France a, depuis le début, un rôle moteur dans les négociations sur le nucléaire iranien amorcées en 2003 par les Européens. C’est Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, qui bloqua un premier accord pour le moins bancal que l’administration Obama était prête à accepter pour des raisons politiques, imposant de revenir à la table des négociations pour arriver au texte signé en juillet 2015.

  • bancal: shaky

Nombreuses lacunes

Cet accord des « 5+1 » – les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), plus l’Allemagne – avec Téhéran impose un gel du programme nucléaire iranien pour dix ans. Il comporte de nombreuses lacunes, à commencer par le flou sur l’après-2025. L’accord global sur le nucléaire iranien (ou JCPoA) n’en a pas moins le mérite de garantir un réel contrôle international de l’atome iranien en échange d’une levée des sanctions de l’ONU, qui étranglaient l’économie du pays.

  • il comporte de nombreuses lacunes: 协议包含若干瑕疵。
  • flou: 含糊其辞

Les Iraniens reconnaissent la France comme interlocuteur, même si les positions de Paris étaient les plus dures. Cette fermeté donne en outre une réelle crédibilité au président français vis-à-vis de son homologue de la Maison Blanche, quand il dit partager les préoccupations de Washington sur les limites de l’accord tout en se refusant « au saut dans le vide » que serait sa dénonciation. Il s’agit, pour Paris, de le compléter par « trois autres piliers » sur l’après-2025, sur la mise sous contrôle du programme balistique iranien et sur un arrêt de l’expansionnisme régional de la République islamique.

Washington et Paris s’opposent sur la méthode, pas sur l’objectif. En septembre 2017, Emmanuel Macron avait été sollicité par Donald Trump pour organiser une rencontre avec Hassan Rohani en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Ce dernier avait refusé. L’année suivante, c’est lui qui avait demandé à Emmanuel Macron d’organiser un entretien avec Donald Trump, que ce dernier refusa, estimant que les pressions sur Téhéran n’avaient pas encore produit tous leurs effets.

Les sanctions extraterritoriales américaines réimposées depuis août 2018 ont conduit les principaux clients de l’Iran à renoncer officiellement à lui acheter du brut et elles isolent le pays du système financier international, le privant ainsi des bénéfices qu’il attendait de l’accord de Vienne.

L’espace pour une médiation existe, mais il est très étroit, d’autant qu’un double compte à rebours est engagé. En mai, Téhéran annonçait ne plus se sentir tenu par les limites des stocks d’uranium faiblement enrichi à 3,67 % (300 kg) et d’eau lourde (130 tonnes). Les plafonds seront dépassés le 27 juin. L’accroc est mineur. Mais l’Iran annonçait aussi que, faute d’avancées, notamment de la part des Européens pour suppléer aux sanctions américaines, il commencerait, à partir du 7 juillet, à enrichir l’uranium au-delà du seuil autorisé de 3,67 % et relancerait la construction d’un réacteur à eau lourde à Arak. Ce seraient là des violations beaucoup plus sérieuses.

  • l’accroc: small obstacle

Ultimatum

Le président iranien a d’ailleurs insisté, lors de sa conversation avec M. Macron, sur sa déception face à ce qu’il estime être l’inaction des Européens pour suppléer aux sanctions américaines après leur retrait unilatéral de l’accord en mai 2018. L’amiral Ali Shamkhani, secrétaire général iranien du Conseil suprême de la sécurité nationale, un ultraconservateur, a relancé l’ultimatum clamant qu’il n’y a plus rien à attendre des Européens et que la République islamique appliquera « résolument » la deuxième phase de son « plan de réduction » de ses engagements en matière nucléaire dès le 7 juillet.

« Le premier des objectifs d’une médiation est d’éviter que les Iraniens ne franchissent le pas d’un enrichissement à plus de 3,67 %, ce qui obligerait les capitales européennes signataires de l’accord (Paris, Londres et Berlin) à tomber du côté américain et à menacer à leur tour de rétablir les sanctions », analyse Michel Duclos. Même si l’Iran ne sort pas explicitement du JCPoA, commencerait alors, en tout cas, un inexorable processus de délitement de l’accord.

20190628-p3-iran.txt · 最后更改: 2019/06/29 11:11 由 80.15.59.65