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La Tunisie craint pour sa stabilité politique

Sur le site d’un des attentats-suicides, avenue Habib-Bourguiba, dans le centre de Tunis, jeudi 27 juin. FETHI BELAID/AFP Mohamed Haddad Et Frédéric Bobin

Alors que le pays est victime d’un double attentat, l’hospitalisation du président ouvre une période d’incertitudes

TUNIS - correspondants

Un vent d’inquiétude a soufflé à Tunis jeudi 27 juin, au moins autant en raison d’un double attentat ayant fait un mort et huit blessés que de l’hospitalisation subite du président Béji Caïd Essebsi pour « malaise grave », qui risque d’ouvrir un périlleux vide politique au seuil d’un agenda électoral chargé en fin d’année.

  • en raison de: 注意区别 pour raison de + nom sans article。c.f.: pour raison de santé.

Au fil des heures, et alors que la vie reprenait son cours au cœur d’une capitale ayant déjà montré sa résilience face au péril terroriste, il se confirmait que l’état de santé du chef de l’Etat – officiellement jugé « critique » mais « stable » – était bel et bien la menace la plus sérieuse pesant à court terme sur la stabilité du processus de transition tunisien. L’absence de Cour constitutionnelle, qui, aux termes de la Constitution de 2014, est la seule institution habilitée à constater une éventuelle « vacance définitive du pouvoir », brouille en effet le cadre juridique de toute succession.

L’incapacité de l’élite politique tunisienne à instituer cette Cour suprême demeure, aux yeux des analystes, le principal échec de la transition tant célébrée à l’étranger. Une telle carence risque de produire tous ses effets pervers alors que les Tunisiens sont appelés aux urnes pour un double scrutin législatif et présidentiel avant la fin de l’année.

  • carence
  • effets pervers

Au cœur de la capitale, la panique n’aura duré que quelques heures après le double attentat-suicide ayant tué un policier et blessé huit personnes (cinq policiers et trois civils) – et revendiqué dans la soirée de jeudi par l’organisation Etat islamique (EI) par l’intermédiaire de son agence de propagande Amaq. La première attaque, qui a causé la mort du policier, a été perpétrée par un kamikaze qui s’est fait exploser devant une voiture de la police municipale stationnée au niveau des arcades de l’avenue Charles-de-Gaulle, qui prolonge la célèbre avenue Bourguiba vers l’entrée de la médina. « J’ai vu les parties du corps du kamikaze se disperser », témoigne une femme en état de choc. Un autre témoin rapporte qu’il a vu la « voiture de police soulevée » par le souffle de l’explosion. Dans les minutes qui ont suivi, des unités antiterroristes, le visage dissimulé par des cagoules, ont fait leur apparition, bloquant les accès des différentes rues de ce centre-ville très fréquenté. Au milieu des sirènes hurlantes, de nombreux policiers en civil vérifiaient l’identité de passants leur semblant présenter l’apparence de ressortissants étrangers. Quasiment au même moment, un second kamikaze se faisait exploser sur le parking de la direction antiterroriste de la caserne d’El Gorjani, à Tunis, faisant quatre blessés parmi les policiers.

Le chef de gouvernement Youssef Chahed a aussitôt dénoncé une « opération terroriste lâche » visant « à déstabiliser l’économie et la transition démocratique alors que nous sommes au début de la saison touristique et à quelques mois des élections ». Soucieux de renvoyer l’image d’une capitale redevenue sûre, le ministre du tourisme, René Trabelsi, a arpenté les trottoirs de l’avenue Bourguiba en déclarant que les attaques de la matinée étaient « isolées » et n’auraient « pas d’impact sur le tourisme tunisien ». Le double attentat de jeudi témoigne de la persistance d’un danger terroriste en Tunisie, devenu toutefois de facture artisanale au regard des véritables opérations de guerre qui avaient ensanglanté le pays en 2015 et début 2016. Le 29 octobre 2018, une attaque quasi similaire à celle de jeudi s’était produite sur l’avenue Bourguiba avec une femme kamikaze qui s’était fait exploser à proximité d’un véhicule de police, blessant une vingtaine de personnes. Il s’agissait du premier attentat survenu dans la capitale depuis 2015. Cette année noire avait vu se succéder l’attaque contre le Musée du Bardo le 18 mars (vingt-deux morts, dont vingt et un touristes et un policier), l’assaut contre la station balnéaire de Port El-Kantaoui, près de Sousse, le 26 juin (trente-huit touristes étrangers tués) et l’attentat-suicide contre un bus de la garde présidentielle dans la capitale le 24 novembre (douze policiers tués). Depuis lors, l’appareil sécuritaire s’était remobilisé et avait multiplié les « démantèlements de cellules dormantes », selon les termes d’un officiel. La situation sécuritaire de la Tunisie s’était ainsi notablement améliorée, parfois au prix d’entorses aux libertés individuelles dénoncées par les organisations des droits de l’homme.

  • la station balnéaire: 海滨胜地

Loi électorale contestée

La réapparition du risque terroriste au cœur de la capitale, même s’il demeure d’ampleur limitée, coïncidant avec l’hospitalisation du président Essebsi, ajoute à la lourdeur du climat politique ambiant. Alors que les élections législatives et présidentielle se profilent – respectivement en octobre et en novembre –, la récente adoption d’une nouvelle loi électorale a déchaîné les passions. Celle-ci vise à écarter des candidatures d’« outsiders » bousculant les partis politiques établis, notamment les formations associées à la coalition gouvernementale victime de l’usure du pouvoir. Elle impose aux candidats indépendants, au nom d’une prétendue égalité, les règles applicables à ceux des grands partis, sur les dons et la publicité politique, mais de manière rétroactive sur douze mois, les écartant de fait de la course.

Parmi les nouvelles personnalités qui se distinguent dans les sondages d’opinion figurent Nabil Karoui, controversé patron de la chaîne de télévision Nessma, le professeur de droit Kaïs Saïed, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL), qui pourfend la révolution de 2011 comme « un complot étranger », et la mécène Olfa Terras-Rambourg. Le vote du 18 juin par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), qui écarterait de la course électorale trois de ces quatre nouveaux venus – M. Karoui et Mmes Moussi et Terras-Rambourg –, a été dénoncé par des organisations de la société civile, telle Al-Bawsala (« la boussole »), qui s’inquiète d’un « précédent extrêmement dangereux dans une démocratie balbutiante ». Après le vote de la loi le 18 juin, une cinquantaine de députés ont d’ailleurs déposé un recours pour anticonstitutionnalité. Dans la partie de bras de fer qui s’annonce, le chef de l’Etat est amené à jouer un rôle-clé puisqu’il peut éventuellement exiger un nouveau vote de la loi. La convocation des électeurs relève également de sa prérogative. D’où l’importance d’éviter un vide politique en cas d’incapacité liée à son état de santé.

  • une démocratie balbutiante: 雏形的民主
  • d'où + nom:所以

Selon la Constitution, le mécanisme encadrant une vacance provisoire est assez clair (article 83). Si le président constate son inaptitude à remplir sa mission provisoirement, il peut déléguer ses prérogatives au chef du gouvernement pendant un mois, renouvelable une fois. La difficulté surgirait toutefois si l’incapacité devait durer plus d’un mois ou si le chef de l’Etat n’était pas en mesure de « déléguer » ses pouvoirs. Dans cette hypothèse, la Cour constitutionnelle doit jouer tout son rôle. Elle doit « constater » la « vacance définitive ». Le président du Parlement prend alors la relève pour au moins 45 jours et 90 jours au maximum. Ce cas s’applique aussi dans le cas de la démission, du décès ou de toute autre forme d’inaptitude.

C’est pour cette raison que l’absence de la Cour constitutionnelle en Tunisie est devenue éminemment problématique. Il existe, certes, un succédané, une « Instance provisoire de contrôle de constitutionnalité des projets de loi », mais celle-ci ne saurait se substituer à la Cour constitutionnelle en cas de vacance du pouvoir présidentiel. Des parades pourraient dès lors être explorées. L’une d’entre elles serait une « solution consensuelle » à l’instar du processus de « dialogue national » qui avait permis en 2013-2014 de sortir de l’impasse causée, à l’époque, par l’affrontement entre les camps islamiste et anti-islamiste.

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