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A Hongkong, la désobéissance civile s’installe dans la durée

Florence De Changy

En bloquant des institutions et des axes routiers, les manifestants, s’inquiétant de l’érosion des libertés, défient le pouvoir local

REPORTAGE HONGKONG - correspondance

Ils sont plusieurs milliers à être venus manifester sur Edinburgh Place, au pied des tours de Central, le quartier de la finance, mercredi 26 juin à la nuit tombée. Les thèmes sont la liberté et la démocratie. Mais quand, vers 22 heures, le rassemblement autorisé est terminé, des groupes se forment : les uns vont s’asseoir au frais dans l’air conditionné du foyer du City Hall, le théâtre municipal ; d’autres se dirigent vers le quartier général de la police, dont ils feront une nouvelle fois le siège, cette fois pendant six heures ; d’autres, encore, se promènent juste en tee-shirt noir à travers la ville.

Une autre soirée de désobéissance civile face à l’entêtement du gouvernement local sur un projet de loi controversé, proposé avec l’approbation de Pékin par la chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, qui visait à permettre l’extradition, notamment vers la Chine, de personnes présentes physiquement sur le territoire hongkongais. Ses opposants en réclament le retrait total, et non la simple « suspension » concédée le 15 juin.

« Exemple démocratique »

Marches et manifestations parmi les plus vastes et les mieux gérées au monde, blocus de routes ou de bâtiments administratifs, séances de prières publiques, distributions de vivres et d’équipements de protection contre les violences policières, pétitions et campagnes publicitaires internationales… Les opposants à la loi mènent une guérilla polymorphe, acéphale et généralement pacifique contre le gouvernement de Hongkong, qui semble fossilisé dans sa posture et n’affiche pour le moment aucune intention de renoncer pleinement. Le plus gros défi de cette campagne de mobilisation est de garder son élan et le soutien de la population dans la guerre d’usure qui se profile.

  • vivres: 食物
  • la guerre d’usure 游击战,消耗战

Pour les opposants, c’est tout le principe « un pays, deux systèmes », qui serait ébranlé si cette loi devait passer. La Basic Law, mini-Constitution de Hongkong depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, garantit à la région administrative spéciale un « haut degré d’autonomie » vis-à-vis de Pékin et une justice indépendante jusqu’en 2047.

La progression de la mobilisation a été remarquable. Le 31 mars, trois jours avant la première lecture du texte, 12 000 personnes descendaient dans la rue. Un mois plus tard, elles étaient 130 000 ; le 9 juin, 1 million ; et le 16 juin, Hongkong était le théâtre de la marche la plus importante de son histoire : deux millions de personnes défilaient, dans un ordre exemplaire. Mais Carrie Lam ne concède alors que des excuses et martèle son intention de rester en poste.

« C’est l’importance de l’enjeu qui explique cette mobilisation tous azimuts. Les Hongkongais sont toujours prêts à défendre bec et ongles les libertés qui leur sont garanties jusqu’en 2047 », estime Bonnie Leung, déléguée du Front civil des droits humains (CHRF), organisateur de référence de toutes les grandes marches de protestation de Hongkong.

  • tous azimuts: 全面的
  • défendre bec et ongles: 全力抗争。

Dénominateur commun des manifestants : exiger le retrait du projet de loi. Viennent ensuite les questions de la violence policière lors des heurts du mercredi 12 juin, et la demande d’une commission d’enquête. Les étudiants demandent aussi la libération immédiate, sans poursuites légales, des jeunes arrêtés le 12 juin. La démission de Carrie Lam serait la cerise sur le gâteau, mais peu y croient.

  • dénominateur commun: 共性。
  • la cerise sur le gâteau: the icing on the cake

Certains demandent davantage. Alan, 25 ans, a quitté un poste de banquier il y a trois semaines pour se consacrer pleinement à ce « combat ». « Etant donné le rôle de centre financier international qu’a Hongkong, le reste du monde devrait s’inquiéter de notre destin. Nous voulons aussi la démocratie qui nous a été promise avant 1997. Et Hongkong pourrait même servir d’exemple démocratique pour la Chine », dit-il, avant de se diriger lui aussi vers le commissariat central.

  • étant donné: considering

C’est déjà là que, vendredi 21 juin, quelques dizaines de milliers d’étudiants s’étaient mobilisés à l’appel d’une dizaine de syndicats étudiants. En quelques heures, ils avaient bloqué près d’un kilomètre de Harcourt Road, l’une des voies rapides qui longent toute la rive nord de l’île de Hongkong. Au même moment, quelques centaines d’étudiants pique-niquaient dans la cour du LegCo, le parlement, tandis que d’autres bloquaient les accès aux immeubles des impôts et de l’immigration. Certains revinrent d’ailleurs sur place le lendemain pour s’excuser auprès des usagers des dérangements causés la veille.

« On n’est pas trop sûrs de ce qui va se passer ensuite. Moi, je dois rentrer, eux, ils vont sans doute aller au bureau de l’immigration. On occupe la place, là-bas aussi… », confiait Andy Yeung, 22 ans, portant le tee-shirt noir des opposants, et toute la panoplie d’accessoires distribués gratuitement aux participants au mouvement de désobéissance civile : le masque respiratoire bleu clair, le casque rigide en plastique jaune et les lunettes de sécurité en bracelet autour du poignet, au cas où la police déciderait d’utiliser les gaz lacrymogènes.

  • la panoplie d’accessoires

Interpeller l’opinion pour le G20

C’est toute l’ironie du mouvement, unique en son genre, qui est en cours à Hongkong : une étonnante cohérence, que certains qualifient même d’harmonie, entre des acteurs déconnectés sans chef d’orchestre identifié, sans stratégie clairement formulée, si ce n’est celle de faire pression par tous les moyens imaginables sur le gouvernement pour qu’il accepte de retirer son projet de loi. C’est par réseaux sociaux et messageries cryptées, notamment Telegram, que les idées fusent et que la coordination se fait.

Les références philosophiques ou spirituelles des participants à ce mouvement sont tout aussi diverses : Gandhi, pour la désobéissance civile ; Jésus, que l’on retrouve en lettres ou en croix sur de nombreux tee-shirts ; la France, par le biais de la chanson Do You Hear the People Sing ?, issu de la comédie musicale Les Misérables ; ou encore Bruce Lee, qui suggérait : « Soyez sans forme, sans contrainte spatiale, comme l’eau »… Tous les acteurs du mouvement actuel affirment toutefois avoir tiré les leçons des erreurs du « mouvement des parapluies » de l’automne 2014. « Rester unis et ne pas se couper de la population est essentiel, même si chacun fait à sa manière », indique Claudia Mo, députée du camp prodémocratie.

A l’approche du G20, l’équivalent de 750 000 euros – le seuil atteint le 27 juin – a été levé en ligne pour financer des encarts publicitaires dans le monde entier et tenter d’imposer Hongkong, sinon dans les réunions, au moins dans les couloirs du sommet. Mercredi 26 juin, un groupe anonyme a démarché 19 consulats dans le même but : que les démocraties de la planète n’oublient pas de parler de Hongkong au G20. Depuis quelques semaines, des événements de solidarité ont eu lieu dans une trentaine de villes à travers le monde.

En attendant d’obtenir gain de cause, ces actions de guérilla urbaine perturbent indéniablement le bon fonctionnement du gouvernement, en empêchant notamment le Parlement et le Conseil exécutif de se réunir. L’enlisement actuel provoqué par l’obstination de la chef de l’exécutif à ne pas céder a également fini par semer la zizanie entre le gouvernement et son principal allié pour diriger Hongkong, le camp des députés pro-Pékin, ouvertement divisés sur l’option de sortie de crise. Des divisions qui augurent mal pour les trois dernières années, qui restent, théoriquement, au mandat de Carrie Lam.

  • gaine de cause: 胜诉
  • enlisement: 泥潭,僵局
  • semer la zizanie: 引发不和
  • augurer mal: 不祥之兆
20190629-p4-hk.txt · 最后更改: 2019/06/29 14:46 由 80.15.59.65