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Trump veut serrer la main de Kim à la frontière

Philippe Pons Et Harold Thibault (À Paris)

Depuis le fiasco du sommet d’Hanoï en février, le dialogue entre les deux Corées reste au point mort

TOKYO - correspondant

La visite en Corée du Sud du président Trump, samedi 29 et dimanche 30 juin, pourrait faciliter une reprise du dialogue entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC). La rencontre impromptue pour un « hello amical » et une « poignée de main » à Panmunjom, seul lieu de contact sur la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées, à laquelle Donald Trump a convié samedi sur Twitter le dirigeant Kim Jong-un, serait le signe symbolique que la détente est toujours à l’ordre du jour entre Pyongyang et Washington. « J’y ai pensé ce matin, a déclaré par la suite M. Trump. Nous y serons, donc je tâte juste le terrain. » Il s’agit d’une « suggestion très intéressante », a déclaré la ministre adjointe nord-coréenne des affaires étrangères, Choe Son-hui, citée par l’agence de presse officielle KCNA.

  • tâter le terrain: 试探试探,摸摸底

Le président Trump n’a jamais caché sa fascination pour la mise en scène que permet la DMZ, où la tension militaire est palpable, les soldats se faisant face. Une poignée de main entre le dirigeant nord-coréen et M. Trump au-dessus de la ligne de démarcation aurait la portée symbolique forte que ce dernier recherche : chaque président américain s’y est rendu depuis Ronald Reagan, à l’exception de George Bush père, qui y était déjà allé comme vice-président, mais plutôt pour montrer la détermination des Etats-Unis face à l’ennemi et la solidité de l’alliance avec la Corée du Sud.

Trump avait tenté de s’y rendre en novembre 2017 depuis Séoul, mais le brouillard avait contraint son hélicoptère à faire demi-tour. C’était une autre ère, celle où MM. Trump et Kim se traitaient de « little rocket man » et de « gâteux américain ». Sept mois plus tard, en juin 2018, les deux hommes allaient se rencontrer et, pour ce premier affichage de proximité, Trump aurait, lui, déjà préféré la DMZ, après avoir constaté que les images de Moon Jae-in et et Kim Jong-un, passant d’un côté et de l’autre de la ligne lors de leur premier sommet en avril, avaient capté l’attention mondiale. « Il y a quelque chose que j’aime en cela, parce que vous y êtes, vous y êtes vraiment », avait dit M. Trump. Mais la première rencontre s’était finalement déroulée à Singapour.

  • faire demi-tour: 掉头

Un deuxième sommet entre MM. Trump et Kim, en février 2019 à Hanoï, s’est révélé un fiasco, démontrant un niveau frappant d’impréparation. La Corée du Nord s’est montrée prête à fermer son principal centre de recherche nucléaire, Yongbyon, en échange d’une levée des sanctions les plus lourdes, mais les Etats-Unis ont souligné l’existence d’un second site d’enrichissement d’uranium, de sorte que fermer le premier n’aurait pas, à leurs yeux, constitué le renoncement à la force nucléaire demandé en contrepartie. Des retrouvailles sur le point de contact entre les deux Corées pourraient envoyer un signal conciliant qui fait défaut depuis l’échec d’Hanoï, et M. Trump soulignerait ainsi ce que la RPDC aurait à gagner en matière d’économie et de sécurité si elle adoptait une attitude plus souple.

  • de sorte que + indicatif 表示consequence。 de sorte que + subjonctif 表示but
  • retrouvaille: réunion
  • envoyer un signal conciliant: 发送缓解的信号
  • faire défaut: 缺乏
  • en matière de: 在。。。方面

Cette nouvelle visite pourrait aussi aider le président sud-coréen à tenter de revenir dans le jeu. Depuis le fiasco d’Hanoï, sommet dont il fut la cheville ouvrière, le président Moon Jae-in s’est en effet retrouvé sur la touche. Une marginalisation accentuée par la théâtrale visite à Pyongyang du président chinois, Xi Jinping, qui a réaffirmé à la fois la solidité des liens entre la Chine et la RPDC, et le poids de Pékin dans tout règlement de la question coréenne. Un « jeu à trois » entre Chinois, Américains et Nord-Coréens qui rejette Séoul à la marge.

  • la cheville ouvrière: 核心环节
  • se retrouver sur la touche: 靠边站
  • la théâtrale visite 具有戏剧性的访问

« Le président Moon a perdu la force motrice qu’il représentait dans les négociations entre les Etats-Unis et la RPDC », estime Cheong Seong-chang de l’Institut Sejong, à Séoul. « D’un point de vue de politique intérieure, M. Moon a besoin de confirmer la coopération entière des Etats-Unis et de la Corée du Sud à l’égard de la RPDC afin de tenter de revenir au premier plan », poursuit le chercheur.

  • la force motrice: 推动力

Pyongyang ne lui facilite guère la tâche. Dans une dépêche de l’agence nord-coréenne KCNA, le 27 juin, le directeur du département Amérique du ministère des affaires étrangères accuse le gouvernement sud-coréen de « s’immiscer » dans les négociations entre les Etats-Unis et la RPDC. Selon M. Cheong, « la RPDC est mécontente de la politique du Sud : alors qu’elle estime avoir fait des efforts en gelant ses essais nucléaires et balistiques, Séoul se contente de grandes déclarations sur la réconciliation intercoréenne qui ne sont pas suivies d’actions, à la différence de la Chine ». A l’exception d’un message de condoléances de Pyongyang pour le récent décès de Lee Hee-ho, veuve du président Kim Dae-jung, artisan du rapprochement entre les deux Corées (sunshine policy) qui a conduit au premier sommet intercoréen en 2000, les relations entre les deux pays sont des plus froides.

  • s’immiscer 干涉,干预

Deux dirigeants ingrats

Célébré il y a un an comme l’homme qui a permis un rapprochement historique entre Trump et Kim alors qu’ils étaient au bord de la guerre, Moon Jae-in se retrouve aujourd’hui dans une position inconfortable. Il a déjà abattu l’essentiel des cartes symboliques dans le rapprochement intercoréen : les poignées de main, les équipes olympiques communes, le rétablissement d’un « téléphone rouge » des deux côtés de la zone démilitarisée… « Du point de vue nord-coréen, Moon Jae-in ne sert plus à grand-chose, les Nord-Coréens n’ont pas besoin de lui s’ils veulent parler aux Américains, tandis que Moon, lui, a besoin d’eux pour obtenir des avancées rapides et montrer que l’élan n’est pas perdu », relève Antoine Bondaz, spécialiste de l’Asie orientale à la Fondation pour la recherche stratégique. La Corée du Sud anticipait une visite de Kim Jong-un à Séoul avant la fin 2018, elle n’a toujours pas eu lieu.

  • au bord de la guerre: 在战争的边缘

Les avancées de fond ne dépendent plus de lui mais de Kim Jong-un et Donald Trump, deux dirigeants qui savent se montrer ingrats et ont leur propre agenda politique, notamment une élection américaine dans dix-sept mois. M. Moon doit, pour poursuivre les avancées qui sont la source de sa popularité sur la scène intérieure, démarcher avec insistance ses partenaires occidentaux alors que ceux-ci se bornent à attendre des concessions tangibles de Pyongyang pour bouger.

Après l’échec d’Hanoï, l’entourage de M. Moon a demandé à Washington de l’autoriser à rouvrir le complexe hôtelier du mont Kumgang, fermé après qu’une touriste du Sud y a été abattue par des soldats du Nord en 2008, ainsi que la zone industrielle de Kaesong, dont la fermeture avait été décidée en 2016 par sa prédécesseure Park Geun-hye au lendemain d’un tir de fusée par Pyongyang. Les Américains ont refusé, pour maintenir le front commun des sanctions.

  • maintenir le front commun: 保持统一阵线

M. Moon et ses conseillers ont probablement sous-estimé, en définissant leur politique actuelle de rapprochement avec le Nord, les conséquences sur leur propre marge de manœuvre du renforcement des sanctions qui ont été considérablement renforcées au pic des essais nucléaires et balistiques nord-coréens, en 2016 et 2017. Séoul constate qu’il ne peut plus aider significativement le Nord en l’absence d’avancées concrètes quant au démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes.

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