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Trump fait un pas vers Kim pour relancer le dialogue

Donald Trump et Kim Jong-un se serrent la main, du côté nord de la frontière entre les deux Corées, le 30 juin. BRENDAN SMIALOWSKI/AFP Philippe Pons

Le président américain est le premier à avoir franchi la frontière nord-coréenne pour une rencontre symbolique

TOKYO - correspondant

Une chaleureuse poignée de main du président Donald Trump et du dirigeant Kim Jong-un, dimanche 30 juin, en un lieu hautement symbolique – Panmunjom, le seul point de contact de la zone démilitarisée (Demilitarized Zone, DMZ) qui coupe la péninsule en deux –, suivie du franchissement de la ligne de démarcation par le président américain à l’invitation de son interlocuteur, resteront les images emblématiques d’une page en train de se tourner dans l’histoire tourmentée de la Corée.

Donald Trump a d’abord marché seul jusqu’à la ligne de démarcation, matérialisée au sol par une ligne de béton, et l’a franchie entre deux des baraquements bleu ciel des Nations unies (ONU), où ont lieu des rencontres intercoréennes. Là, il a été rejoint par Kim Jong-un, après que ce dernier a descendu l’escalier du bâtiment officiel du côté nord-coréen.

Donald Trump a ensuite fait quelques pas au Nord, se disant « fier d’avoir franchi la ligne de démarcation ». Puis Kim Jong-un a franchi à son tour la frontière, en sa compagnie, pour retrouver le président Moon Jae-in du côté Sud, dans une confusion marquée par des bousculades entre le service de sécurité nordiste et les journalistes étrangers. Ils se sont rendus ensuite au pavillon de la Liberté du côté Sud. Donald Trump a remercié Kim Jong-un d’avoir accepté sa proposition, « sinon vous m’auriez fait perdre la face », a-t-il plaisanté. Pour Kim Jong-un, Donald Trump, en franchissant la ligne de démarcation, a montré « sa volonté de surmonter les barrières ». « Se serrer la main en ce lieu qui symbolise la division montre que le présent est meilleur que le passé », a-t-il ajouté. Après ces congratulations, les deux hommes ont eu un entretien d’une heure à huis clos.

Donald Trump a annoncé ensuite que le dialogue entre négociateurs des deux pays allait reprendre « d’ici deux à trois semaines ». « Ce n’est pas une question de vitesse », a estimé le président américain, précisant que les sanctions restent pour l’heure en place mais qu’à « un moment dans la négociation, des choses peuvent se produire ». Il a aussi fait savoir qu’il « inviterait volontiers » Kim Jong-un à la Maison Blanche : « Cela se fera un jour ou l’autre. »

En Corée du Nord, les médias officiels ont salué « une visite extraordinaire » et « la confiance sans précédent entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ». Selon l’agence de presse KCNA, « les discussions productives qui s’annoncent devraient permettre une avancée dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne et dans les relations bilatérales ».

Par ses quelques pas en République populaire démocratique de Corée, Donald Trump est devenu le premier président américain en exercice à poser le pied sur le sol du plus vieil ennemi des Etats-Unis. Ce qui n’était au départ qu’une simple rencontre impromptue pour échanger des « hello », comme l’avait proposé Donald Trump dans un Tweet matinal, samedi 29 juin, alors que s’achevait le G20 à Osaka (Japon) et qu’il s’apprêtait à s’envoler pour une visite prévue à Séoul, un événement marquant un tournant dans les relations entre Pyongyang et Washington. Panmunjom est le symbole visuel des souffrances des Coréens : la division et la tension militaire. La visite de Donald Trump rompt avec la tonalité de celles de ses prédécesseurs qui entendaient démontrer par leur présence la détermination américaine à soutenir l’allié sud-coréen et à tenir en respect la RPDC.

Mise en scène symbolique

Par sa mise en scène, la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un qui suit celle, également symbolique, de ce dernier et du président sud-coréen, Moon Jae-in, en avril 2018, envoie un signal positif d’une reprise des pourparlers sur la question nucléaire suspendue depuis le fiasco du sommet de Hanoï en février.

Par sa charge symbolique, la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un constitue un pas supplémentaire destiné à faire naître un climat de confiance entre les deux parties en surmontant soixante-dix ans d’hostilité marqués par le premier conflit armé (1950-1953) de la guerre froide et l’un des plus meurtriers de la seconde partie du XXe siècle. Près de 4 millions de morts : Américains et combattants des forces alliées sous le drapeau de l’ONU (dont des volontaires du bataillon français), Chinois et Coréens des deux bords, civils et militaires. Un conflit suspendu à un armistice qui n’a jamais été transformé en un traité de paix mais fut suivi par des décennies d’animosité et de menaces, frôlant à plusieurs reprises le conflit. Cette fois, les dirigeants des deux pays ont échangé « une poignée de main pour la paix », a déclaré le président Moon Jae-in.

En dépit de son nom, la DMZ, une bande de terre de 4 kilomètres de large courant d’est en ouest sur 247 kilomètres en suivant la ligne de front au moment de la signature de l’armistice, est une des régions les plus militarisées du monde, truffée de mines et avec de part et d’autre fortifications, batteries d’artillerie, bunkers, miradors et deux armadas sur le pied de guerre dont 24 000 GI. L’armistice a figé la situation. Les deux Corées restent techniquement en état de guerre et la DMZ demeure une région potentiellement explosive.

Show pour les télévisions, selon les adversaires de Donald Trump qui estiment qu’il n’a fait que renforcer par cette rencontre la légitimité d’un dictateur, ou amorce d’une évolution réelle ? Etant donné la charge émotionnelle attachée à ce lieu emblématique de la tension militaire où elle a eu lieu, cette rencontre ouvre la voie à un dialogue plus constructif fondé sur une moins grande méfiance réciproque. La présence à Séoul depuis deux jours du représentant spécial américain pour la Corée du Nord, Stephen Biegun, indiquait que la rencontre à Panmunjom pourrait effectivement être le prélude à une reprise du dialogue entre Pyongyang et Washington. Mais sur quelles bases ? En cherchant à favoriser des « progrès simultanés et parallèles », a précisé M. Biegun au cours d’une conférence de presse à Séoul.

« Substantielle dénucléarisation »

Cette formule signifie-t-elle que les Etats-Unis infléchissent leur position ? Pour Washington, le point de départ de toute négociation a été jusqu’à présent une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible » de la RPDC alors que les Coréens du Nord, soutenus en cela par les Chinois et les Russes, veulent une approche par étapes « donnant-donnant ».

  • donnant-donnant: 有来有往

Au cours d’une conférence de presse avant l’annonce de la rencontre à Panmunjom, le président Moon avait précisé pour sa part que toute reprise du dialogue supposait que les deux parties s’entendent sur « l’étape qui peut être considérée comme le signe irréversible qu’une substantielle dénucléarisation est amorcée ». En est-on arrivé à ce point ?

Estimant avoir fait des concessions avec la suspension de ses essais nucléaires et balistiques depuis 2018, Pyongyang attend des Etats-Unis un geste en retour. C’est apparemment ce qu’essaye de faire comprendre aux Américains le président Moon, quelque peu sur la touche depuis l’échec du sommet de Hanoï.

  • quelque peu sur la touche: a bit on the sideline

Sa présence à Panmunjom aux côtés de Donald Trump indique que non seulement il est toujours dans le jeu mais qu’il a vraisemblablement agi en coulisse dans la réalisation de cette rencontre. Selon des sources sud-coréennes citées par le quotidien japonais Asahi, c’est lui qui aurait suggéré cette rencontre à Donald Trump. « Une fleur de paix est en train d’éclore en Corée », a déclaré Moon Jae-in en recevant son homologue américain à sa résidence officielle à Séoul dimanche matin. Il en faudra encore beaucoup d’autres pour que la péninsule connaisse une paix durable.

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