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DIX MILLE PAS ET PLUS

Le microbiote des champions

Pascale Santi

Le microbiote intestinal était à l’honneur, jeudi 27 juin, lors de la journée mondiale qui lui est consacrée. Cet organe, composé d’une multitude de micro-organismes, est doté de facultés nutritives, métaboliques et immunitaires, ce qui en fait un véritable allié de notre corps. Mais les liens entre les déséquilibres du microbiote et certaines maladies telles que l’obésité, le diabète, le cancer ou des maladies inflammatoires sont aussi souvent pointés. Même si on est loin de comprendre comment ces microbes s’organisent. Influencée par la génétique, l’alimentation, les traitements médicamenteux et l’environnement, la composition de notre flore intestinale évolue durant les premières années de la vie. Puis elle reste relativement stable. Mais l’hygiène de vie – ou d’autres éléments extérieurs – peut ensuite la faire varier, positivement ou négativement.

C’est le cas avec la pratique sportive, comme viennent de le montrer des chercheurs du Centre Joslin Diabetes (affilié à l’école médicale d’Harvard), qui ont étudié des échantillons fécaux de quinze coureurs du marathon de Boston de 2015, une semaine avant la course, et une semaine après l’événement. Ils ont montré, dans une étude publiée le 24 juin dans Nature Medicine, que la bactérie Veillonella était plus abondante après la course.

Comment cela fonctionne-t-il ? Veillonella mange l’acide lactique produit lors d’exercices physiques intenses (d’ailleurs à l’origine de crampes) et le transforme en propionate, acide gras à chaîne courte. « C’est cette conversion qui permet d’améliorer les performances », explique Aleksandar Kostic, l’un des auteurs de l’étude, également membre de la start-up Fitbiomics, qui travaille à la fabrication de probiotiques pour les athlètes. Gavées de cette bactérie Veillonella atypica, des souris ont vu leurs capacités de temps de course augmentées de 13 % par rapport à celles qui avaient reçu un probiotique « basique », Lactobacillus bulgaricus. Un bémol : « Le mécanisme par lequel ce lactate, présent dans le sang, va passer dans la lumière de l’intestin et est potentiellement transformé en propionate est complexe et mériterait d’être étudié », explique la professeure Karine Clément (Inserm, Sorbonne). Les effets positifs du propionate sur le métabolisme sont connus depuis des années. « Les acides gras à chaîne courte reviennent sur le devant de la scène. La question est de savoir comment faire, lorsqu’ils sont administrés, pour qu’ils agissent au bon endroit », explique Karine Clément.

Orla O’Sullivan, de l’University College Cork, en Irlande, avait également mis en évidence une augmentation de bactéries de la famille Veillonella chez les joueurs de rugby. Mais, là aussi, c’est la question de la poule et de l’œuf. Autrement dit, les athlètes ont-ils au départ un microbiote différent ? Ou est-ce que faire du sport améliore la santé de votre flore intestinale ? « Il est difficile de différencier le mode de vie et d’étudier l’activité physique décorrélée de l’alimentation », souligne Karine Clément. Les marathoniens ont, il est vrai, une alimentation bien particulière.

D’autres travaux de chercheurs américains avaient aussi montré, début 2018, que lorsqu’on transférait de la matière fécale de sportifs à des souris, celles-ci étaient mieux à même de résister à des dommages tissulaires et de réduire l’inflammation que celles dont les microbes provenaient de leurs congénères sédentaires. De même, leur flore contenait plus de butyrate, un acide gras à chaîne courte, important pour le métabolisme. Une autre étude, cette fois sur des humains, avait montré que le taux de butyrate était là aussi plus élevé chez les sujets actifs ayant participé à un programme sportif pendant six semaines que chez les sujets sédentaires, en maintenant la même alimentation. Une raison de plus pour faire du sport !

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