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A Hongkong, la méthode radicale des activistes divise

Devant le siège du gouvernement de Hongkong, le 2 juillet. ANTHONY WALLACE/AFP Florence De Changy Et Harold Thibault (À Paris)

Après le saccage du Parlement, les habitants craignent des arrestations

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HONGKONG - correspondance

Au lendemain, il assume, mais n’en a pas moins peur. Cet étudiant de 24 ans compte parmi les activistes qui, dès le matin du lundi 1er juillet, anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine, ont hissé un drapeau noir sur le port Victoria et s’en sont pris, dans l’après-midi, au Parlement. Jusqu’à casser les parois de verre du bâtiment, lever la grille, pénétrer dans l’hémicycle et couvrir les murs de graffitis.

Militant dénonçant la mainmise croissante de Pékin sur la cité, à laquelle un demi-siècle d’autonomie et de garantie des libertés avait été promis lors de son retour dans le giron chinois, en 1997, il explique que la prise du Conseil législatif (LegCo) n’avait pas été planifiée, mais il la trouve « justifiée », parce que le pouvoir est resté sourd aux autres méthodes. Il se réfère notamment au « mouvement des parapluies », trois mois d’occupation d’artères majeures de la ville, en 2014, pour s’opposer à l’instauration de cours d’éducation patriotique et exiger la désignation du chef de l’exécutif au suffrage universel. Les manifestants, dont il faisait partie, s’étaient illustrés par leur civisme. « En termes d’image, 2014 fut une mobilisation modèle, mais nous n’avons rien finalement obtenu », dit-il, via la messagerie Telegram.

  • la mainmise: 控制

Dans cette ville attachée au respect des règles, le jeune homme sait s’être placé dans l’illégalité : « Il faut regarder quelle est l’intention, car les jeunes de Hongkong ne sont pas des casseurs, donc pourquoi en arrivons-nous à ces méthodes ? », interroge-t-il. Il avait déjà été maintenu en garde à vue deux jours lors de heurts avec la police en 2014 et craint désormais une réelle arrestation et les condamnations à des peines de prison qui ne manqueront pas de tomber. D’autant que Pékin presse désormais les autorités locales de « restaurer l’ordre social ». Certains, dit-il, se demandent s’il faudra prendre le chemin de l’exil pour échapper à de lourdes peines.

L’autre interrogation est le jugement de la ville, pas de ses magistrats cette fois, mais de sa population. Selon le quotidien anglophone hongkongais South China Morning Post, c’est un groupe d’environ deux cents manifestants qui a voté lundi, en fin de matinée, pour « monter d’un cran et passer à [l’action] radicale ». Le choix de cette voie, l’image du vandalisme, ne vont-ils pas décrédibiliser le mouvement d’opposition à la chef de l’exécutif, Carrie Lam, et à la Chine ? « Je m’inquiète de la perception, dit-il. Ce n’est plus tant une question de légalité que de légitimité. Il revient à chacun de se faire son opinion, nous sommes face au jugement de la population. »

Or, la cité apparaît désormais divisée sur le sujet. Quand Alex Lee, comptable de 51 ans et père de deux enfants, s’est mis en route, lundi 1er juillet, en début d’après-midi, pour rejoindre la marche traditionnelle de ce jour férié, il savait que certains manifestants plus radicaux avaient commencé à bloquer des rues et à se confronter à la police autour du Parlement. « Cela m’a inquiété de voir que certains jeunes ne se contrôlaient plus. Le mouvement allait perdre le soutien de l’opinion », dit-il.

« Notre passion est toujours là »

En rentrant chez lui le soir, Alex Lee a continué de suivre « le cœur serré », ce qui se passait au Parlement, et a vu l’interview de l’un des quatre jusqu’au-boutistes qui ne voulaient plus quitter les lieux. « Cet homme, qui est déjà père de famille, a expliqué que son propre père avait fui la révolution communiste, qu’il ne voulait pas devoir fuir à son tour. Où irions-nous ? J’ai trouvé cela très courageux. Je me suis dit : “Il aime vraiment Hongkong.” » Je pense comme lui, mais cet homme, qui a témoigné à visage découvert va payer de longues années de prison, pour ce qu’il a fait au nom de Hongkong. »

  • le coeur serré: 揪心地
  • jusqu’au-boutist: 坚持到底的人

Wendy Siu, femme d’affaires, est également navrée, mais pas pour les mêmes raisons. « La plupart des gens civilisés de Hongkong n’étaient pas du tout contre ce projet de loi et sont outrés par la violence et la manière totalement antidémocratique de s’exprimer des opposants à ce projet de loi », dit-elle. Elle estime que la majorité silencieuse n’est pas entendue et que le reste du monde n’a qu’une vue partielle de l’opinion des Hongkongais. « Ces événements ne représentent absolument pas Hongkong. La pire des frustrations ne justifie pas de telles actions », affirme-t-elle. A ses yeux, Carrie Lam, a déjà fait un choix raisonnable en se résolvant à ajourner le projet de loi d’extradition qui est à la source de la contestation. Surtout, la femme d’affaires estime qu’il faut accepter la réalité historique du destin de Hongkong : « Le bail [l’accord par lequel Hongkong jouit d’un statut particulier pendant cinquante ans] va bien arriver à expiration ! On doit trouver une manière de travailler avec la Chine. »

Dennis Mak, 32 ans, était « sur place », au LegCo, du matin au soir, lundi 1er juillet, « pour aider ». Ces dernières semaines l’ont plutôt réjoui, il voit beaucoup d’espoir dans cette mobilisation : « Il y a cinq ans, après le “mouvement des parapluies”, les gens étaient désespérés. On pensait qu’on n’arriverait à rien. Mais quand je vois ce qui s’est passé depuis quelques semaines, je vois que notre passion est toujours là. » Pour lui, la nouvelle mentalité de cette génération, celle des jeunes qui ont choisi la méthode forte, est la suivante : « Chacun fait comme il le sent, et chacun en assume les conséquences. »

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