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Chanya Button : « Faire ressentir les sentiments plutôt que les mettre en scène »

Propos Recueillis Par Véronique Cauhapé

La réalisatrice britannique Chanya Button, 32 ans, a toujours aimé Virginia Woolf, dont elle a étudié les ouvrages en cours de littérature. C’est cette écrivaine qui lui a donné envie de devenir cinéaste. Quand l’actrice Gemma Arterton lui a proposé le projet de Vita & Virginia, elle n’a pas hésité. Ensemble, à partir de la pièce éponyme d’Eileen Atkins, elles ont écrit le scénario du film en prenant soin que les dialogues reflètent, sans afféterie, la poésie des lettres que se sont écrites, durant des années, les deux amantes.

Dans votre film, vous ne cédez pas à la fébrilité que peut suggérer l’histoire d’une passion. Qu’est-ce qui vous a guidée vers ce choix ?

Je voulais que cet amour soit filmé de façon extrêmement simple, de manière à donner au public un accès facile à cette histoire. C’était le défi du film. J’ai donc choisi de m’attacher aux différentes étapes qui ont mené à cette relation puissante, et à faire ressentir les sentiments plutôt que de les mettre en scène physiquement. Pourquoi avoir tenu à mettre aussi largement en scène l’écriture de cette correspondance entre Virginia et Vita ?

Lorsque je fais lire les lettres, face caméra, par les comédiennes, l’idée est simple. Je voulais donner au spectateur l’envie d’aller les découvrir et de prolonger cette lecture. Concernant les gros plans sur certaines parties du corps, les lèvres qui prononcent les mots, les mains qui écrivent, il s’agissait de mettre en scène cette obsession des détails qui traduit l’état amoureux. Cet état où précisément, quand on est fasciné par quelqu’un, on s’attache aux moindres parcelles de son corps, on relit constamment le même passage d’une lettre.

La place que votre film accorde aux maris respectifs de Vita et de Virginia était-elle pour vous particulièrement importante ?

Cela l’était d’autant plus qu’il était difficile, dans un film qui ne dure pas des heures, de trouver du temps à leur accorder. Mais, en parlant avec les descendants et les proches de Vita, et surtout de Virginia, j’ai pris conscience de l’importance de leurs maris, non seulement dans leur couple, mais aussi pour l’époque. Ces deux mariages étaient très modernes, progressistes. Et peuvent être considérés comme tels encore aujourd’hui. Aucun des protagonistes ne s’interdisait quoi que ce soit. Et, en même temps, cela pouvait être extrêmement douloureux. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer la maturité de ces relations amoureuses, sans en négliger aucune part.

Vous dites avoir voulu éviter l’aspect compassé du film d’époque. Quel parti avez-vous pris pour y parvenir ?

La seule justification, à mes yeux, de réaliser un film d’époque, c’est d’y trouver du sens pour un public d’aujourd’hui. Le film se passe en 1928, mais ne devait pas donner l’impression d’être bloqué sur cette période précise. J’ai eu envie de perturber les attentes qu’on peut avoir face à un récit historique. C’est pourquoi je n’ai pas fait un film uniquement factuel, mais qui mêle l’imagination et le réel pour conduire à des sensations. A l’image de ce qu’a fait Virginia Woolf quand elle a écrit Orlando. Lequel n’est pas une biographie sur Vita, mais plutôt une œuvre qui tend à saisir l’essence de Vita, et de leur relation. J’ai tenté de suivre la même démarche.

Votre film résonne avec les mouvements actuels de libération de la parole chez les femmes. Cela est-il intervenu dans votre envie de réaliser ce projet ?

D’un point de vue personnel, c’est quelque chose qui me passionne, mais ce n’est pas pour cela que j’ai fait le film. Je me rappelle en revanche que nous étions en train de filmer la scène qui ouvre le film – où Vita et son mari parlent de leur conception moderne du mariage – quand a éclaté le scandale Weinstein. Et ce fut incroyable, car les langues, sur le tournage, se sont déliées. Tout le monde a commencé à parler des expériences auxquelles chacun avait été confronté, similaires à l’affaire Weinstein. Soudain, les gens se sont sentis autorisés à parler.

20190710-p20-button.txt · 最后更改: 2019/07/09 13:02 由 80.15.59.65