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Pluie de critiques sur la monnaie de Facebook

David Marcus (à droite), le responsable pour Facebook de la monnaie numérique libra, devant la commission des finances, à Washington, le 17 juillet. ANDREW HARNIK/AP Marie Charrel Et Alexandre Piquard

Le projet de cryptodevise libra suscite la méfiance des régulateurs, banquiers centraux et gouvernements

Libra est dans tous les esprits », confiait à la presse, mercredi 17 juillet, le ministre allemand des finances, Olaf Scholz, lors de la réunion avec ses homologues et les banquiers centraux du G7, à Chantilly (Oise). Le même jour et la veille, la Chambre des représentants et le Sénat des Etats-Unis avaient auditionné longuement David Marcus, le responsable pour Facebook de ce projet de monnaie numérique. Après avoir créé la surprise, le libra, dont le lancement est prévu en 2020, semble presque faire l’unanimité contre lui, au sein des gouvernements du G7 qui peinent à s’entendre sur la taxation des géants du numérique, comme parmi les républicains et les démocrates américains. « Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour que cette monnaie telle qu’elle a été proposée par Facebook puisse être en fonction », a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, déterminé à ne pas autoriser une entreprise privée « à se doter d’une monnaie souveraine ».

Alors qu’ils avaient laissé les autres innovations financières (Applepay, Paypal…) de paiement se développer, tout en les surveillant, les grands argentiers du G7 ont ici changé de philosophie : « Aucun des projets tel que le libra ne pourra démarrer avant que nous ayons obtenu des réponses claires », assène le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, appelant au respect « des standards de régulation les plus élevés, notamment en matière de lutte antiblanchiment et de protection des consommateurs ».

Des « risques systémiques »

Chargé de piloter un groupe de travail sur le sujet, le Français Benoît Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a présenté à Chantilly les premières lignes d’un rapport attendu en octobre. Le conseil de stabilité financière, qui regroupe les grands régulateurs de la planète, poursuivra ensuite les réflexions sur l’encadrement des « stable coins », ces devises numériques qui, comme le libra, sont assises sur une réserve de monnaies traditionnelles.

A la Chambre des représentants des Etats-Unis, M. Marcus s’est vu plusieurs fois demander d’engager à un « moratoire » sur le projet. « Je fais le serment que Facebook ne lancera pas le libra tant que nous n’aurons pas obtenu les autorisations nécessaires », a répondu le responsable. « Donc, c’est un “non” de votre part », a sèchement rétorqué Maxine Waters, la présidente de la commission des finances, qui a déjà rédigé une proposition de loi « interdisant aux géants du numérique d’entrer dans la finance ». Dans le même esprit, l’Inde, dont le marché de transferts d’argent est visé par Facebook, a interdit les « cryptomonnaies » qui, comme le libra, utilisent la technologie sécurisée de transmission d’informations « blockchain ».

« Pourquoi ferions-nous confiance à Facebook ? », ont demandé plusieurs élus américains. Le réseau social promet de ne pas accéder aux données des utilisateurs du libra. Mais celui-ci ne s’était-il pas engagé à ne pas croiser les informations des réseaux Facebook et WhatsApp, avant de le faire ? « Facebook s’est comporté jusqu’ici comme un gamin avec une boîte d’allumettes », a taclé Sherrod Brown , le sénateur démocrate de l’Ohio.

Facebook, conscient du scepticisme, a choisi de n’être qu’un des cent partenaires – avec Uber, Spotify ou Visa-Mastercard – qui seront décisionnaires au sein de l’association libra, installée en Suisse pour gérer le système, a argumenté M. Marcus. Son porte-monnaie électronique Calibra ne sera qu’une des applications permettant d’utiliser le libra, a-t-il ajouté. Avant de se voir rétorquer que le Calibra serait le seul à être intégré dans ses réseaux sociaux…

« A l’heure actuelle, nous avons plus de questions que de réponses, résume une source française à Chantilly. De nombreux points du projet de Facebook restent très flous, mais il apparaît clairement que ses juristes ont cherché à limiter les portes d’entrée pour les régulateurs. » Par exemple, en indiquant que les opérations de change entre devises locales et le libra seront réalisées par des prestataires extérieurs. « Renvoyer la responsabilité et les risques à des tiers est trop facile, nous ne nous en contenterons pas », prévient cette source.

Plusieurs élus pointent les « risques systémiques » liés au libra. « Lehman Brothers ne cherchait pas à mettre le système financier à genoux mais c’est pourtant ce qui s’est produit en 2008 », a rappelé le député américain David Meeks. Un autre, ingénieur de formation, a pointé les risques de piratage. Les régulateurs se demandent aussi qui assumera les risques, en cas de panique, ou quelle fiscalité appliquer.

Pour continuer leur examen, les autorités sont confrontées à la difficulté de classer cet objet financier non identifié. Est-ce un actif financier, un simple moyen de paiement, une monnaie privée, un organisme de change, une banque ? Un député a comparé le libra à un « ornithorynque ». Un participant du G7 pointe le risque que la classification diverge selon les Etats : « Toute la difficulté sera de parvenir à une régulation internationale homogène, sans trou dans la raquette. »

Face au feu des critiques, M. Marcus a plusieurs fois mis en garde : « Si nous n’agissons pas, nous pourrions bientôt voir une cryptomonnaie contrôlée par des acteurs qui ont des valeurs totalement différentes des nôtres. » Une allusion à peine voilée à la Chine ou la Russie. Le cadre de Facebook a trouvé un rare soutien auprès d’une poignée d’élus républicains soucieux de ne pas « étouffer » l’innovation. « L’histoire des technologies montre que l’on ne sait jamais, au début, quels seront les bénéfices d’une technologie », a aussi déclaré David Lipton, le directeur général par intérim du Fonds monétaire international, à Chantilly.

« Notre examen de Libra n’en est qu’au début », a conclu Mme Waters, en demandant que le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, vienne en personne défendre son projet devant le Congrès américain.

20190719-p11-facebook.txt · 最后更改: 2019/07/18 13:22 由 80.15.59.65