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Rêveries autour du voyage lunaire

Extrait du poème visuel « Private Moon », de Leonid Tishkov. LEONID TISHKOV Pierre Barthélémy

La Lune, une aventure 4|6 De Lucien de Samosate à Hergé, en passant par Johannes Kepler ou Jules Verne, notre satellite incarne depuis près de deux mille ans un défouloir pour la fantaisie des écrivains

Nous sommes en 1969, à l’acmé du programme Apollo. L’année où, selon toute vraisemblance, un humain va marcher pour la première fois sur la Lune. L’année aussi où une émission de télévision loufoque, Les Shadoks, nous révèle que beaucoup de gens y sont en réalité déjà allés par le passé, parce qu’elle était alors beaucoup plus facile d’accès : « Ce n’était même pas un satellite de planète, c’était… un machin, assure la voix chantante du narrateur, Claude Piéplu. Un machin qui se promenait à deux ou trois coudées au-dessus des arbres et des forêts, comme un vulgaire ballon de foire. (…) Vous vous rendez bien compte qu’en ce temps-là, par conséquent, aller sur la Lune, c’était pas plus compliqué que monter au grenier, à condition d’avoir des échelles à Lune et d’emporter son manger. Alors, quand Gégène [un insecte terrifiant] se déchaînait, les Shadoks couraient se réfugier sur la Lune avec leurs victuailles, leurs batteries de cuisine, leurs ustensiles et leurs affûtiaux. C’est ce que l’on appelait, en ce temps-là, la course à la Lune… »

Les Shadoks n’ont rien inventé. Depuis près de deux mille ans, le « petit luminaire » qui préside à la nuit – selon le texte de la Genèse – constitue un lieu privilégié de l’absurde, un défouloir pour la fantaisie des écrivains. Conservateur en chef du patrimoine au département des objets d’art du Louvre, Philippe Malgouyres a étudié la relation des artistes à Séléné afin de préparer l’exposition consacrée à la Lune au Grand Palais, à Paris (ouverte jusqu’au 22 juillet), dont il est co-commissaire. C’est un astre plein d’ambiguïtés, souligne-t-il : « Régulier, mais qui change de forme. Qui éclaire, mais sans produire sa lumière. La Lune, c’est le seuil de l’inconnu, l’endroit le plus lointain dont on voit la surface, que l’on devine solide et où l’on peut imaginer mettre le pied. C’est une utopie au sens étymologique du terme : un non-lieu. L’endroit où l’on pourrait presque aller, c’est la Lune… »

Pas étonnant que, dans l’Antiquité déjà, on s’y soit transporté par l’esprit. C’est ainsi qu’au IIe siècle, l’écrivain grec Lucien de Samosate effectue le premier une promenade sur la Lune, consignée dans un récit de pure fiction qu’il nomme par antithèse Histoire véritable… « Dans ce texte, il se moque des récits de géographes qui présentent comme véridiques des faits extravagants soi-disant vus dans des terres lointaines », explique Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et spécialiste de science-fiction.

Lucien de Samosate arrive sur la Lune par accident : il se trouve sur un bateau quand, écrit-il, « une bourrasque soudaine vient nous assaillir avec une telle violence, qu’après avoir fait tournoyer notre vaisseau, elle le soulève en l’air à plus de trois mille stades et ne le laisse plus retomber sur la mer : la force du vent, engagé dans nos voiles, tient en suspens notre embarcation et l’emporte, de telle sorte que nous naviguons en l’air pendant sept jours et sept nuits ».

Une fois sur la Lune, le narrateur rencontre ses curieux habitants et Lucien s’en donne à cœur joie : « D’abord, ce ne sont point des femmes, mais des mâles qui y perpétuent l’espèce. (…) Ce n’est point dans le ventre qu’ils portent leurs enfants, mais dans le mollet. Quand l’embryon a été conçu, la jambe grossit ; puis, plus tard, au temps voulu, ils y font une incision et en retirent un enfant mort, qu’ils rendent à la vie en l’exposant au grand air, la bouche ouverte. » Du nez des Sélénites, ajoute l’auteur grec, « découle un miel fort âcre ; et, lorsqu’ils travaillent ou s’exercent, tout leur corps sue du lait, dont ils font des fromages, en y faisant couler un peu de ce miel. (…) Leur ventre leur sert de poche : ils y mettent tout ce dont ils ont besoin, car il s’ouvre et se ferme à volonté. On n’y voit ni intestins, ni foie ; mais il est velu et poilu intérieurement, en sorte que les enfants s’y blottissent, quand ils ont froid ». Etc.

Fioles, machines et haricots

Dans la même veine fabuleuse, on trouve deux autres personnages célèbres, Savinien de Cyrano de Bergerac et le baron de Münchhausen. Avant de devenir le héros de la fameuse pièce d’Edmond Rostand, le premier est un écrivain libertin. En 1657, deux ans après sa mort, paraît son Histoire comique des Etats et empires de la Lune. Dans ce récit, Cyrano décrit les stratagèmes qu’il a imaginés pour se rendre sur notre satellite. « J’avais attaché tout autour de moi quantité de fioles pleines de rosée, sur lesquelles le Soleil dardait ses rayons si violemment que la chaleur qui les attirait, comme elle fait les plus grosses nuées, m’éleva si haut qu’enfin je me trouvai au-dessus de la moyenne région », écrit l’astronaute amateur. S’apercevant qu’il ne prend pas la direction de la Lune, il brise plusieurs fioles, redescend vers le plancher des vaches et atterrit… au Québec. Il vient en somme, sans le faire exprès, de réaliser le premier vol suborbital.

C’est aussi par hasard qu’il finit sur la Lune. Après avoir eu un accident en testant une machine volante de son invention, il oint son corps endolori de moelle de bœuf. Retournant chercher son aéronef, il découvre que des soldats y ont ajouté des fusées au salpêtre pour le transformer en « dragon de feu ». Il se précipite pour empêcher la mise à feu mais, dans la confusion, la mèche est allumée et voilà Cyrano qui décolle. Une fois la combustion terminée, le poète se voit déjà se fracasser au sol mais, à sa surprise, son « élévation » continue : « Ma machine prenant congé de moi, je la vis retomber vers la Terre », tout comme, dans l’astronautique moderne, le premier étage d’un lanceur redescend lorsque son carburant est épuisé.

En cherchant par quel miracle sa propulsion vers les cieux se poursuit, Cyrano se remémore la moelle dont il s’est pommadé et trouve une explication parfaitement scientifique et logique à son voyage : « La Lune pendant ce quartier ayant accoutumé de sucer la moelle des animaux, elle buvait celle dont je m’étais enduit avec d’autant plus de force que son globe était plus proche de moi et que l’interposition des nuées n’en affaiblissait point la rigueur. » CQFD.

Quant au baron de Münchhausen (1720-1797), dont les fanfaronnades et les « aventures » sont racontées par l’écrivain allemand Rudolf Erich Raspe, son arrivée dans la Lune s’avère abracadabrante. « Il utilise un moyen encore plus absurde que celui de Cyrano, explique Philippe Malgouyres, puisqu’il y monte grâce à un haricot qu’il a planté, comme dans le conte Jack et le haricot magique. Il y aura un second voyage dans la Lune où Münchhausen voyagera en bateau, comme Lucien de Samosate. » Tous ces périples extraordinaires, poursuit le conservateur du Louvre, « ne parlent pas de la Lune qu’on voit dans le ciel, mais d’un endroit où l’on peut dire n’importe quoi. On prête tous les ridicules aux habitants de la Lune pour envoyer des critiques très sensées aux habitants de la Terre. Ainsi, le libre-penseur qu’est Cyrano de Bergerac en profite pour se moquer de la scolastique et de la théologie. La Lune, c’est un miroir tendu à la Terre ».

Roland Lehoucq acquiesce : « Le voyage dans la Lune constitue alors une opération de décentrement, qui permet d’observer l’endroit d’où l’on vient depuis un autre point. C’est ce que fait aussi Johannes Kepler dans son Songe. » Grand astronome (et aussi astrologue…), Kepler (1571-1630) a découvert les lois – qui portent son nom – régissant les trajectoires des planètes. C’est notamment afin de montrer que, pour les Sélénites, la Terre semble tourner autour de la Lune qu’il rédige ce Songe, publié de manière posthume en 1634. Le décentrement pour une cause scientifique, donc. Le savant ne s’embarrasse pas pour le voyage : il rêve qu’un démon emporte son personnage dans la Lune. Néanmoins, souligne Gérard Azoulay, responsable de l’Observatoire de l’espace au Centre national d’études spatiales (CNES), Kepler se pose déjà des questions d’astronautique : « Il évoque le protocole du voyage spatial, parle de la raréfaction de l’air, du froid… » Comme le résume Roland Lehoucq : « C’est de la proto-science-fiction. »

Du canon à la fusée

Au XIXe siècle, les histoires de voyage dans la Lune se poursuivent, mais la continuité avec les textes précédents n’est qu’apparente, explique Philippe Malgouyres : « La première veine était celle de la parodie, de la moquerie, du burlesque, et le voyage n’était pas au centre du récit. Tout change avec l’arrivée du rationalisme et de la science positiviste. De plus, on est à un moment où l’on connaît déjà très bien la Terre : le besoin de conquête et de découverte doit se matérialiser ailleurs. » Cet ailleurs, ce sera donc la Lune, à la fois lointaine et proche. En un mot, atteignable.

Le premier à tutoyer notre conception de la science-fiction est Edgar Allan Poe, dans son Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall, parue en 1835. Tout comme Lucien de Samosate affirmait avoir menti tout le long de son Histoire véritable, le narrateur fait bien comprendre à son lecteur que ce journal de bord d’un voyageur spatial n’est qu’un canular. Il n’empêche : même si le trajet s’effectue en ballon, même si c’est un menteur qui raconte, « Poe essaie de rendre vraisemblable le processus du voyage, ce que ses prédécesseurs n’ont jamais fait », pointe Philippe Malgouyres.

Hans Pfaall donne des chiffres et se livre à des calculs, décrit les troubles physiologiques auxquels il est confronté ainsi que la capsule spatiale (« un vaste sac de caoutchouc, très flexible, très solide, absolument imperméable ») qu’il a prévue pour respirer, se sert des lois de la physique pour justifier comment son ballon peut accélérer dans la haute atmosphère, voit la Terre s’amenuiser et explique comment, à un moment de son voyage, sa montgolfière échappera à l’attraction de notre planète pour être captée par celle de la Lune.

Poe reste toutefois dans la tradition du mensonge littéraire. C’est Jules Verne, trente ans après l’Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall, qui s’en affranchit enfin et entre de plain-pied dans la science-fiction avec son très pédagogique roman De la Terre à la Lune, dont la suite, Autour de la Lune, sera publiée quatre ans plus tard, en 1869. On connaît l’histoire : trois courageux embarquent dans un vaisseau prenant la forme d’un gigantesque obus tiré par un canon du même acabit installé en Floride, non loin de… cap Canaveral. Tout comme le feront un siècle plus tard les astronautes de la mission Apollo-8, le trio décolle, va faire le tour de notre satellite sans s’y poser – « Jules Verne avait bien compris que le principal problème du voyage pour la Lune n’était pas d’y aller mais bien d’en revenir une fois que l’on y a atterri », dit en souriant Philippe Malgouyres – et termine son périple par un grand plouf dans l’océan.

Dans ce récit prophétique, le romancier français commet néanmoins plusieurs erreurs, la plus importante étant d’utiliser un canon, ainsi que le souligne Roland Lehoucq : « En passant quasi instantanément de 0 à 11,2 kilomètres par seconde, la vitesse nécessaire pour quitter la Terre, Jules Verne fait subir à ses passagers une accélération si violente qu’ils devraient être écrabouillés et se transformer en purée rougeâtre. » Les chiffres sont cruels, on ne tire pas des humains dans un obus. D’où l’engin qui va dominer la science-fiction au XXe siècle : la fusée, qui permet d’atteindre la vitesse dite de libération en accélérant, certes moins fort qu’un canon, mais plus longtemps.

« Vertige documentaire »

La première apparition notable de ce mode de transport spatial se fait dans le dernier film muet allemand que Fritz Lang signe, en 1929, La Femme sur la Lune. Pour ce long-métrage, le réalisateur profite des conseils d’Hermann Oberth, membre, avec un adolescent nommé Wernher von Braun, de l’Association pour la navigation spatiale. Des années plus tard, Oberth et von Braun passeront de la fiction à la réalité, devenant les pères des fusées V2 nazies puis travaillant sur les fusées américaines… Après la sortie de La Femme sur la Lune, explique Gérard Azoulay, « en URSS, Staline est très mécontent et exige un meilleur film, confié à Vassili Jouravlev. Lui aussi aura un conseiller scientifique, Constantin Tsiolkovski, le père de l’astronautique soviétique… » La course à la Lune a donc commencé au cinéma : « L’espace est déjà un lieu d’affrontement des modèles sociaux, un enjeu que l’on retrouvera dans les années 1960 » entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, ajoute Gérard Azoulay.

Un certain Georges Remi, plus connu sous le nom d’Hergé, a probablement en tête les œuvres de Jules Verne et de Fritz Lang, ainsi qu’un film américain de 1950 intitulé Destination Moon, lorsqu’il dessine la fusée la plus célèbre de l’histoire, aux carreaux rouges et blancs, celle de son double album Objectif Lune et On a marché sur la Lune. Pour le créateur de Tintin, c’est un moment-clé, ainsi que l’explique Benoît Peeters, auteur d’Hergé, fils de Tintin (Flammarion, 2016) : « Sa mère est morte, il est fragile psychiquement et la parution des planches dans Le Journal de Tintin sera d’ailleurs longtemps interrompue en raison d’une dépression. »

C’est aussi le moment où Hergé lance ses studios. « On passe d’un univers très personnel, d’une création d’auteur, à un univers industrialisé », y compris dans l’aventure elle-même, qui projette Tintin et ses amis dans le quotidien d’un centre de recherches spatiales. « Hergé prend acte d’un changement de monde, poursuit Benoît Peeters : on entre dans la société de croissance, où on accepte une dimension collective. Dans ces albums, il y a d’autres mains que celle d’Hergé, qui n’est pas un dessinateur technique. »

Il est néanmoins attentif à tous les détails. « Le récit est très sérieux, rappelle Benoît Peeters. Hergé a envie de battre Edgar P. Jacobs sur son propre terrain, après le succès de son Secret de l’Espadon. Il est pris d’une sorte de vertige documentaire et lit de nombreuses revues et une douzaine de livres, dont L’Astronautique, d’Alexandre Ananoff, auprès de qui il prendra conseil. » Le dessinateur belge fera même construire une maquette démontable de sa fusée à propulsion atomique, afin de la photographier sous tous les angles et de traiter de manière crédible le huis clos qui se déroule dans ce vaisseau.

Au bout du compte, On a marché sur la Lune est l’œuvre de fiction la plus célèbre consacrée à la conquête de notre satellite. Au point qu’on en oublie qu’elle fait preuve d’anticipation : rappelons que, lors de sa parution en album à l’été 1954, soit exactement quinze ans avant Apollo-11, aucune fusée n’est encore allée dans l’espace ! Et quand Neil Armstrong pose à son tour le pied sur la Lune, Hergé lui dédie un dessin où l’on voit Tintin, Haddock, Tournesol et Milou, dans leur scaphandre orange, l’accueillir au pied du LEM, dans la mer de la Tranquillité, en lui lançant un « Bienvenue sur la Lune, Mr Armstrong ! ». Ce 21 juillet 1969, la réalité a enfin rattrapé la fiction. Pas pour longtemps.

Désillusion et conspirationnisme

La machine à fantasmes va en effet repartir dans l’autre sens dès 1976. Cette année-là, un Américain, Bill Kaysing, publie à compte d’auteur un livre intitulé We Never Went to the Moon (« Nous ne sommes jamais allés sur la Lune », non traduit), dans lequel il prétend qu’aucun Américain n’a marché sur notre satellite. Et il jette le doute sur la réalité du programme Apollo. « Aux Etats-Unis, c’est le moment de la grande désillusion, avec le retrait du Vietnam, et du grand déballage après le scandale du Watergate, décrypte Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, un observatoire du conspirationnisme. Les commissions Church et Rockefeller rendent publics les programmes secrets de la CIA. C’est aussi le moment du grand cinéma paranoïaque américain, avec des films comme Marathon Man ou Les Trois Jours du Condor. Il y a une profonde fêlure dans la confiance que les Américains accordent à leur système. » Avec cette perte de confiance dans leur puissance et dans leurs élites, il devient « normal » de douter du plus grand exploit spatial que le pays a réalisé.

Tout devient louche et les partisans de cette théorie du complot scrutent chaque détail des missions Apollo, soupçonnées d’avoir été filmées (parfois par Stanley Kubrick…) en studio. Les ombres, l’éclairage, le drapeau déployé par Neil Armstrong et Buzz Aldrin, les sauts des astronautes, rien ne semble crédible.

Quant au module lunaire lui-même, ses prouesses seraient impossibles. La croyance est parvenue jusqu’en France, où elle reste cependant contenue. « En 2017 et 2018, nous avons réalisé deux enquêtes d’opinion sur le conspirationnisme en France, précise Rudy Reichstadt. Un des items testés concerne la Lune. Au cours des deux enquêtes, 9 % des personnes interrogées se sont déclarées d’accord avec la phrase : “Les Américains ne sont jamais allés sur la Lune et la NASA a fabriqué des fausses preuves et des fausses images de l’atterrissage sur la Lune”. » Toutefois, ce chiffre de 9 % est, selon Rudy Reichstadt, « incompressible ». Ainsi que le fait remarquer l’astrophysicienne Fatoumata Kébé, « sur YouTube, on trouve beaucoup de vidéos complotistes sur ce sujet et “Est-on vraiment allé sur la Lune ?” est une des premières questions qu’on m’envoie sur les réseaux sociaux… ».

En 1835 était parue dans le journal new-yorkais The Sun une série de six articles annonçant la découverte, par des astronomes, d’une civilisation sur notre satellite. « L’histoire avait été inventée de toutes pièces mais le canular paraissait vraisemblable et les gens y ont cru, raconte Philippe Malgouyres. Les récits sur la Lune parlent beaucoup de l’humanité, ils parlent autant du désir de connaître que du désir d’être trompé. Le savoir et l’ignorance se projettent très facilement sur la Lune… »

Prochain article Dans le secret des pierres de Lune

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