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Grandes écoles : faut-il encore payer les élèves ?

Camille Stromboni

La question de la rémunération est absente du débat sur l’avenir de la formation de la haute fonction publique

quelque 900 euros net par mois à Polytechnique, 1 342 euros à l’Ecole normale supérieure (ENS) Paris, 1 617 euros à l’Ecole nationale d’administration (ENA)… Dans certaines des plus prestigieuses écoles publiques, destinées à former l’élite des professeurs, d’ingénieurs et d’administrateurs, les élèves sont payés par l’Etat. Le président de la République a ouvert le chantier de la formation de la haute fonction publique, le 25 avril, avec la fracassante annonce de la suppression de l’ENA. Reste un grand absent des débats : la rémunération des élèves de ces grandes écoles. Pas un mot de Frédéric Thiriez, énarque chargé de faire ses propositions à Emmanuel Macron d’ici à l’automne. Selon son entourage, la question « ne devrait pas être abordée dans le champ de cette mission ».

« Evoquer le sujet, c’est toujours s’attirer les foudres, mais on se situe au cœur des “inégalités de destin” dont parle le président dans ses discours », défend Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, qui a publié une note en août 2017 sur les « privilégiés de l’école » que l’on « paie pour étudier ». Difficile de connaître le nombre total de jeunes concernés, en l’absence de données globales officielles, mais ils représenteraient quelques milliers d’étudiants.

Ce salaire a-t-il encore un sens, quand la majorité des élèves de ces établissements prestigieux viennent de milieux favorisés ? On compte 83 % d’élèves de famille CSP+ à l’ENS Paris, 7 % d’enfants d’agriculteurs, d’artisans, d’ouvriers et d’employés à Polytechnique, ou encore 4,4 % d’élèves de l’ENA ayant un père ouvrier… « C’est totalement décalé de payer des enfants qui sont majoritairement issus de familles fortunées », estime Louis Maurin, qui prône l’application du système de bourses étudiantes classique.

« Cette rémunération procédait d’une logique qui ne fonctionne plus en partie, abonde Emmanuel Aubin, professeur de droit à l’université de Poitiers. Elle était la conséquence du statut de fonctionnaire stagiaire des élèves, mais aussi une manière d’attirer vers la fonction publique et de permettre le recrutement de personnes venant de tout milieu social. » A Polytechnique, aujourd’hui, plus de 80 % des élèves ne se dirigent pas, à la sortie, vers la haute fonction publique, mais vers le secteur privé ou celui de la recherche.

Un point de crispation a néanmoins été levé ces dernières années : celui de la « pantoufle ». Si les élèves sont rémunérés dans ces écoles, ils doivent en contrepartie un engagement de dix années au service de l’Etat. Partir « pantoufler » dans le privé les oblige à rembourser. Durant les années 2010, les règles du remboursement – différentes selon les écoles – ont été précisées ou durcies. A l’ENS Paris, le suivi du parcours des anciens élèves a été systématisé en 2015 : sur 2 689 normaliens, 122 cas de rupture ont été constatés depuis quinze ans, rapporte l’établissement. La « pantoufle » s’y élève à 36 000 euros.

L’ENA ne dispose pas de chiffres sur le nombre de hauts fonctionnaires partis pantoufler, le suivi étant du ressort des ministères où travaillent ses anciens élèves. « S’ils ne font pas leurs dix années dans le public à un moment ou à un autre de leur carrière, ils remboursent à leur ministère deux années de leur dernier salaire », explique Patrick Gérard, directeur de l’école strasbourgeoise.

Chez les militaires de Polytechnique, un nouveau système s’applique depuis 2015, avec une obligation d’effectuer au moins un an dans le public dans les cinq années suivant la sortie de l’école. Les premiers concernés recevront leur demande de remboursement en 2024, avec des « pantoufles » pouvant aller jusqu’à 31 100 euros.

Quand bien même ils remboursent, ces élèves cumulent bien d’autres avantages concurrentiels, relève néanmoins Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités. Cette rémunération s’accompagne du fait de cotiser pour sa retraite. Ces élèves ont accès à des conditions d’études meilleures qu’ailleurs. Ils en sortent avec un prestige bien particulier.

« Des fonctionnaires stagiaires »

« On sait qu’on est des privilégiés », reconnaît un normalien parisien, qui préfère garder l’anonymat. Il s’apprête à rompre son engagement décennal pour aller travailler dans une start-up et à rembourser sa pantoufle. Il admet sans difficulté que « supprimer ce privilège du salaire n’aurait rien de scandaleux ». Sa famille, de classe moyenne, ne verrait peut-être pas les choses de la même manière : « Ce n’était pas vital, mais mes parents étaient bien contents de cette aide pour financer en même temps les études de mon frère, sinon il y aurait eu des trous dans la trésorerie. »

  • pantoufle: 原意是拖鞋。这里指法国一些大学在学生不去规定部门上班需要支付的违约金

Les écoles se défendent en rappelant qu’il s’agit d’abord d’un « principe général de la fonction publique et de l’armée, qui veut qu’on paye les élèves durant leur formation », entend-on à l’ENA, où l’on cite les nombreuses écoles concernées, de celle des directeurs d’hôpitaux à l’administration pénitentiaire en passant par les greffes. « Nos élèves sont des fonctionnaires stagiaires », insiste son directeur, Patrick Gérard. Ces derniers travaillent pour l’Etat durant leurs études, par le biais de stages en préfecture, dans les ambassades, etc. Et d’ajouter qu’à l’heure où l’on veut ouvrir socialement la haute fonction publique, il serait peu cohérent de retirer ce soutien qui bénéficie aux élèves modestes – quand bien même ils sont minoritaires.

A l’ENS Paris, si quelque 12 % des diplômés rejoignent la haute administration, les deux tiers des élèves deviennent chercheurs ou enseignants-chercheurs. « L’ENS est la grande école de formation de chercheurs de très haut niveau, avec cette capacité d’attirer les jeunes les plus brillants vers la recherche », dit Marc Mézard, directeur de l’établissement parisien, qui n’oublie pas de rappeler le palmarès de « Nobels » ou de « médailles Fields » de son école.

20190720-p10-education.txt · 最后更改: 2019/07/22 09:13 由 82.251.53.114