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L’immobilier de luxe bénéficie d’un « effet Macron »

Près de la dune du Pilat (ici le 22 avril), un Russe a acquis une villa Gaume pour 2,2 millions d’euros. PHILIPPE ROY/AURIMAGES/AFP Isabelle Rey-Lefebvre

Le moral des acquéreurs fortunés, disposant d’un budget supérieur à 1,5 million d’euros, est au plus haut

Les riches plébiscitent Emmanuel Macron et élisent de plus en plus domicile à Paris et en France qu’ils soient français ou étrangers. « Les années Hollande sont balayées, triomphe Thibault de Saint-Vincent, président de l’agence immobilière Barnes, spécialisée dans le luxe. Notre secteur a connu trois années explosives tant en termes de prix que de volume de transactions et cela devrait continuer car les fondamentaux sont excellents. »

Le moral des acquéreurs fortunés, c’est-à-dire disposant d’un budget d’achat immobilier supérieur à 1,5 million d’euros, est au plus haut. Chaque année, en juin, il est mesuré par le baromètre du portail d’annonces Belles Demeures (groupe SeLoger). Le dernier en date, publié mardi 2 juillet, montre que pour 59 % d’entre eux (contre 46 % en 2018), c’est le moment d’acheter un tel bien, en France, et 47 % (36 % en 2018) pensent que la politique d’Emmanuel Macron participe à l’attractivité du pays. L’analyse des annonces de ventes de 82 800 « biens de prestige » publiées aux premiers semestres 2018 et 2019, établit un prix moyen d’acquisition en hausse de 10,6 %, à 1,67 million d’euros.

Achats plaisir

Beaucoup de familles françaises jusqu’ici expatriées – soit 9 000 selon les chiffres 2018 de BNP Paribas International Buyers, la filiale de financement d’achats immobiliers par les non-résidents en France de la banque – notamment certaines, Brexit oblige, venues de Londres et dotées de gros budgets, se disputent les grands appartements bourgeois parisiens près des « bonnes écoles » où, d’ailleurs, la demande s’affole. Un établissement bilingue, dans le 15e arrondissement, dont le coût des études, en primaire, frôle 9 000 euros par an, a reçu plus de 10 000 candidatures pour soixante places en vue de la prochaine rentrée !

« Dès que les établissements privés et les lycées publics recherchés publient la liste des élèves admis, le téléphone sonne sans relâche et c’est la razzia dans nos agences, sommées de trouver, à proximité, un bel appartement de 150 mètres carrés avec trois ou quatre chambres et une terrasse, témoigne Nicolas Pettex-Muffat, directeur général du réseau d’agences Féau, leader du haut de gamme parisien. Et si ces familles ne trouvent pas à acheter, elles louent en attendant. »

Même succès, rive gauche pour les établissements comme Stanislas, Larochefoucauld et l’Ecole alsacienne et, rive droite, Saint-Jean de Passy, Franklin, Gerson…

« Nous avons récemment vendu à des Français, revenus de Londres et travaillant dans la finance, un appartement de 190 mètres carrés avec une petite terrasse, boulevard Saint-Germain, pour 3,5 millions d’euros », raconte Manuela Baron, de l’agence Emile Garcin. Les « brexités » redécouvrent aussi le 16e arrondissement, Auteuil, La Muette, la rue du Ranelagh, ainsi que la voisine Neuilly (Hauts-de-Seine).

En plus des Français de retour, il y a les étrangers au moins aussi entichés de Paris que soucieux de transformer leurs économies en bien concret, à l’abri des aléas boursiers.

Le PDG de la société d’électroménager Dyson s’est ainsi offert, en juillet 2018, un hôtel particulier de 450 mètres carrés environ, avec jardin de 900 mètres carrés, dans le 7e arrondissement, pour 47 millions d’euros. Un acheteur chinois « qui ne parle pas même anglais », précise l’agent, a acquis un hôtel particulier dans une allée privée du 16e arrondissement, repaire des PDG du CAC 40, et la transaction s’est déroulée en plein week-end d’échauffourées d’une manifestation de « gilets jaunes » qui ne l’ont apparemment pas contrarié. « Nous l’avons juste persuadé d’éviter, ce jour-là, son hôtel près de l’Etoile et de lui en préférer un, plus calme, rive gauche », se souvient l’intermédiaire.

Pour ces achats plaisir, ce n’est pas la proximité des écoles qui compte mais la vue. Celle sur la tour Eiffel, par exemple, fait grimper les prix de 15 %, dans le 8e arrondissement, à 23 %, dans le 16e arrondissement, relève l’étude de Belles Demeures. Un appartement de 180 mètres carrés, avec une belle hauteur sous plafond – un autre critère du luxe – et « vue magique sur la place du Panthéon », selon les termes de Manuela Baron, s’est vendu 4 millions d’euros, soit plus de 22 000 euros le mètre carré.

Seule ombre au tableau, pour ce marché à part, les manifestations associées aux « gilets jaunes » qui, même loin de Paris, ont refroidi les envies de quelques millionnaires.

« Un couple d’Anglais a renoncé à l’achat d’une propriété de 5 millions d’euros, près d’Uzès [Gard], où les manifestants étaient, à l’époque, très présents sur les ronds-points », se souvient Philippe Boulet, de l’agence Emile Garcin de Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

Sa déception a été largement compensée par de très belles ventes, dont celle d’un superbe mas ancien, dans les Alpilles, à un riche chef d’entreprise de Munich, pour 2 millions d’euros, somme doublée avec les travaux. Puisque ce mas sera mis en location quand son nouveau propriétaire n’y résidera pas, l’agence Garcin compte bien s’en voir aussi confier la gestion, la location de villas de luxe étant une autre activité en plein essor.

Quant à la propriété de Pierre Bergé à Saint-Rémy-de-Provence, quatre maisons et un magnifique jardin, elle vient d’être vendue – « entre 4 millions et 7 millions d’euros », énonce pudiquement Philippe Boulet – à un Français, issu, lui aussi, du milieu de la mode, qui l’a emporté de justesse face à des Anglais et des Américains.

« Stocks abondants »

Le marché du luxe sur la Côte d’Azur, après une décennie, de 2007 à 2017, d’une baisse des prix qui a au moins eu la vertu de corriger les excès passés, retrouve son dynamisme mais sans la clientèle russe que le cours du rouble n’avantage plus.

« Les prix sont, aujourd’hui, encore 30 % au-dessous de ceux de 2007, avec, pour les propriétés au-delà de 15 millions d’euros, des stocks abondants de huit années environ, dont une trentaine de maisons de Saint-Tropez [Var], à la vente depuis quatre ou cinq ans », détaille M. de Saint-Vincent, du groupe Barnes.

La géographie des résidences secondaires des personnes fortunées est assez immuable, hormis quelques micro-évolutions. Le bassin d’Arcachon et son cap Ferret (Gironde), la langue sablonneuse qui le protège de l’océan, est, avec ses modestes maisons de bois, anciennement cabanes ostréicoles, un lieu historique de retrouvailles du showbiz, et « s’ouvre désormais à la clientèle internationale », selon Laurent Demeure, PDG de Coldwell Banker, réseau d’agences spécialisées. Au Pyla-sur-Mer, près d’Arcachon, un acheteur russe a acquis une villa dite « Gaume » – du nom du fondateur, dans les années 1930 –, de cette station balnéaire, pour 2,2 millions d’euros.

On peut gager qu’avec le réchauffement climatique, la Bretagne et son golfe du Morbihan, déjà cible des retraités parisiens aisés, devienne celle des milliardaires de la planète.

20190722-p10.txt · 最后更改: 2019/07/21 08:04 由 82.251.53.114