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Barbirey, une belle affaire de famille

Colas Guyonnaud, fils aîné de la famille, a fondé Rêve de châteaux, une plate-forme de réservation. RIP HOPKINS/AGENCE VU POUR « LE MONDE » Gabriel Richalot

Vies de château 2|6 La famille Guyonnaud a acheté, en 2002, le château de Barbirey, en Bourgogne. Après une rénovation importante, ils ont développé un modèle économique que leur fils diffuse grâce à sa start-up

BARBIREY-SUR-OUCHE (CÔTE-D’OR) - envoyé spécial

Jeudi 29 novembre 2018, au siège de l’association Vieilles maisons françaises, au cœur du 7e arrondissement de Paris, un jeune homme en pantalon beige, chemise à carreaux et veste sombre commente des images projetées sur grand écran devant une douzaine de personnes. Face à lui, au premier rang, ordinateur sur les genoux, un homme en costume sombre, front légèrement dégarni et petites lunettes sur le nez, coanime la réunion. Leurs explications sont complétées par une élégante femme blonde en tailleur assise dans un coin. Bienvenue au séminaire « Quel modèle économique pour mon château ? », le premier organisé par la société Rêve de châteaux. Bienvenue, surtout, dans l’univers des Guyonnaud fils, père et mère, heureux propriétaires du château de Barbirey, à Barbirey-sur-Ouche, en Côte-d’Or.

Chez les Guyonnaud, l’art d’être châtelain est une affaire de famille, maîtrisée de A à Z. Ensemble, Véronique et Jean-Bernard, 64 ans tous les deux, et leur aîné Colas, 32 ans, ont réponse à la quasi-totalité des questions que se posent les propriétaires. Rien ne leur échappe, des grands travaux au coût annuel d’un ensemble draps-serviettes-tapis de bain (6 euros), en passant par le chiffre d’affaires d’un mariage, l’organisation d’un événement culturel, la communication sur les réseaux sociaux ou les avantages du property management system (PMS, système de réservation en ligne), développé par le fils de la famille. Même l’odeur de la cuisson des croissants surgelés qui réveille les hôtes le matin et l’impact sur les clients des œufs brouillés du paternel sont théorisés.

On ne devient pas par hasard spécialistes de la gestion des belles demeures. L’histoire familiale a joué. « Nous avons tous deux vécu dans de très jolies propriétés, raconte Véronique. Pour moi, c’était une grande maison dans le Pas-de-Calais, entre Montreuil-sur-Mer et Le Touquet, un lieu magique, les jeux de l’enfance, où on était tous en liberté… » Le paradis de Jean-Bernard était dans la Vienne, au château de Condat, revendu par sa famille il y a quelques mois. « C’était les vacances, les cousins et cousines, les moissons l’été, se souvient-il. Mais dans ce genre d’endroit, quand on est très nombreux, les décisions sont lentes. Les autres membres de ma famille voulaient juste “garder”. Cela me donnait un sentiment de diminution progressive. Moi, je voulais “développer”. »

Arrivé alors à la quarantaine, M. Guyonnaud a des envies de vacances ailleurs. Au printemps 2002, comme d’autres le font pour s’offrir quelques minutes de rêve, il feuillette les pages d’un magazine d’annonces immobilières de luxe. « Ça ne prêtait pas à conséquence, ça ne coûtait que le prix de la revue », sourit Mme Guyonnaud. Mais le couple tombe en arrêt devant la photo du château de Barbirey, son parc paysager à l’anglaise de 8 hectares, le potager et l’étang qui jouxtent la bâtisse.

Les Guyonnaud organisent alors une visite. Mais sans prévenir leurs trois enfants, alors âgés de 15 ans (Colas), 11 ans (Adélie) et 9 ans (Filipine), pour voir leur réaction sur place. « Je m’étais promis de ne pas m’emballer, de ne pas écouter l’agent immobilier, raconte Mme Guyonnaud. Mais quand on découvre tout ça, on a la tête qui tourne… » Son mari a le coup de foudre. « Il y avait tout,une incroyable variété. Et puis le signe de Charles de Foucauld. » Cet officier de cavalerie du XIXe siècle devenu explorateur puis ermite a posé ses valises un temps au château de Barbirey. Il a été béatifié par le pape Benoît XVI en 2005. Une photo géante de l’homme pieux trône toujours dans le salon des Guyonnaud.

Le temps de l’imprévu

Sous le charme, sans consulter son entourage et sans un euro de côté, le couple souscrit un emprunt sur vingt-cinq ans pour acheter la propriété : le château, d’anciennes étables, une grange et le parc. A l’intérieur du château, seulement 150 m2 sont habitables, les 700 m2 restants sont à aménager. Les jardins, remarquables depuis une rénovation menée à la fin des années 1980, attirent quelques milliers de curieux chaque année. « On était tellement pressés qu’on a racheté les meubles de l’ancien propriétaire, explique M. Guyonnaud. A l’époque, on habitait à Paris, quand on venait ici les week-ends, on vivait dans l’existant, deux chambres et un petit salon. »

En 2010 survient un imprévu. La société informatique américaine dont M. Guyonnaud est le vice-président pour l’Europe est vendue. « On m’a dit : “On compte sur vous pour que la transition se passe bien, et dans six mois vous n’êtes plus là” », raconte-t-il. Il a 56 ans et est conscient que « le temps financier à venir peut être dur ». Il décide alors de créer une activité à Barbirey. En deux ans, une dizaine de chambres d’hôtes, toutes équipées de salles de bain, sont aménagées avec goût dans la partie inhabitée, la façade est refaite, l’ancienne ferme est transformée en lofts et accueille aussi un confortable dortoir. Un gîte voit le jour dans une petite dépendance et la grange est transformée en salle de réception pouvant accueillir 120 personnes.

« On a compris qu’il n’existe pas beaucoup d’endroits qui peuvent accueillir confortablement un nombre important de visiteurs, explique M. Guyonnaud. Plus vous avez de couchages, plus vous êtes unique, et plus vous avez de demandes. » La partie de Monopoly des Guyonnaud à Barbirey-sur-Ouche va aller encore plus loin. Ils finissent par acheter l’école du village, qui domine le parc du château, portant leur capacité d’hébergement à 87 personnes. Mariages (comptez 9 700 euros, couchages compris, pour vous passer la bague au doigt en 2020, car tout est déjà complet en 2019), séminaires d’entreprises, cousinades, fêtes d’anniversaire… tout, ou presque, est possible à Barbirey. Depuis plusieurs années, le lieu est privatisé une fois par an par des touristes australiens aisés qui viennent avec un chef de leur pays pour prendre des cours de cuisine et découvrir les grandes tables et les meilleures caves de la région.

Tout ne se passe pas sans heurts. Le voisinage ne goûte guère les nuisances sonores de certaines festivités. « Les DJ sont des gens compliqués qui considèrent que leur réputation est indexée sur le niveau de décibels produit », avance M. Guyonnaud. Pour ramener la paix dans le village sans décevoir les fêtards, le père de la famille a entrepris des travaux d’insonorisation.

Le « Pigeonnier des rêves »

L’affaire familiale prend une nouvelle dimension avec l’arrivée du fils aîné, Colas, sur le marché du travail. Après des études d’architecture et un master en entreprenariat, il crée, en 2015, l’entreprise Châteaux Expériences. « J’ai un côté “cause perdue”, explique-t-il. Je voulais aider les gens qui ont des châteaux de famille et qui ont du mal à s’en sortir. On arrive en effet à un moment-clé pour une grande partie du patrimoine français, notamment privé. Les châteaux n’ont qu’un temps si on ne se bouge pas. » En 2017, Colas Guyonnaud s’associe avec l’association Vieilles maisons françaises pour créer Rêve de châteaux, qui est à la fois une plate-forme de réservation dans plus de 600 châteaux ou demeures de caractère et une structure de conseil pour aider les propriétaires à développer des revenus.

Tout en optimisant ce qui peut l’être au château de Barbirey, les Guyonnaud s’attachent aussi à cultiver la part spirituelle de leurs visiteurs. Dans un colombier du XVIIIe siècle, ils ont créé le « Pigeonnier des rêves ». Lors des Journées du patrimoine, en septembre, chacun est invité à poser sur papier son rêve, à le glisser dans une bouteille et à ranger celle-ci dans l’un des 1 710 boulins. « On en est à environ 1 500 rêves, raconte Colas Guyonnaud. C’est magnifique ce qui se passe ici. Au début, les gens sont réfractaires, et puis ils se lancent et parlent de leur rêve. On les fait communier avec l’histoire. C’est ici, le cœur de Barbirey. »

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