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Face aux risques de récession, l’administration Trump hésite

Gilles Paris

L’enjeu est majeur pour le président en campagne pour sa réélection, car l’économie est l’un des rares domaines où il est jugé positivement

WASHINGTON - correspondant

Les « fondamentaux » de l’économie américaine sont excellents, mais elle a besoin de mesures de soutien : voilà la contradiction à laquelle s’est exposée, mardi 20 août, dans le désordre, l’administration de Donald Trump. Le Washington Post ayant fait état la veille de discussions à propos de l’éventuelle baisse d’une taxe sur les salaires, la Maison Blanche a rétorqué que cette dernière n’est pas à l’étude. Un porte-parole du président, Hogan Gidley, l’a confirmé mardi matin, avant que, quelques heures plus tard, Donald Trump reconnaisse au contraire qu’elle est effectivement envisagée.

Cette mesure, déjà pratiquée par l’administration du démocrate Barack Obama en 2011 et en 2012 pour consolider la reprise après la grande récession de 2008, aurait une traduction immédiate sur la consommation intérieure, qui constitue aujourd’hui le principal moteur de l’économie (75 % de la croissance du produit intérieur brut). Avec cependant un revers : un creusement du déficit qui a déjà dépassé, en seulement dix mois, celui de l’ensemble de l’année fiscale précédente courant de septembre à septembre.

Dimanche 18 août, le conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow, a balayé toute perspective de récession, reconnaissant que la Maison Blanche n’écartait pas une baisse d’impôts ciblant spécifiquement les classes moyennes, contrairement à la réforme fiscale de 2017, qui a profité aux entreprises et aux plus fortunés. Le président l’avait évoqué pendant la campagne des élections de mi-mandat. Elle serait plus délicate à obtenir aujourd’hui car elle nécessiterait l’accord du Congrès alors que le Parti démocrate, très hostile à la réforme de 2017, est désormais majoritaire à la Chambre des représentants.

Donald Trump, qui défend la thèse d’une insularité de l’économie américaine par rapport aux nuages qui s’accumulent sur le reste du monde, a assuré lundi sur Twitter que cette économie « est très forte en dépit de l’épouvantable absence de vision de la Fed et de Jay Powell [son président] », la banque centrale américaine, devenus depuis plusieurs mois ses boucs émissaires. « Le taux de la Fed, sur une période assez courte, devrait être réduit d’au moins 100 points de base, avec peut-être également un certain assouplissement quantitatif. Si cela se produisait, notre économie serait encore meilleure et l’économie mondiale se renforcerait grandement et rapidement, ce qui serait bénéfique pour tous ! », a-t-il ajouté, citant des mesures radicales réservées ordinairement aux périodes de grandes difficultés.

En arrivant à la Maison Blanche, en janvier 2017, Donald Trump avait hérité d’une économie en pleine santé marquée par une croissance robuste et un taux de chômage bas. La réforme fiscale et une vague de dérégulations l’ont dopée à court terme, prolongeant le cycle en cours au-delà des précédents records, et les salaires, longtemps immobiles, ont fini par croître. Mais l’anticipation d’un retournement perçu comme inéluctable est à présent renforcée par les conséquences de la guerre commerciale engagée contre la Chine. Elle s’est traduite aux Etats-Unis par l’imposition continue de taxes d’importation massives, et en Chine par l’interruption des achats de certains produits américains, principalement agricoles.

« Incertitude »

Le président des Etats-Unis a d’ailleurs pris la mesure des conséquences de sa stratégie, en décidant le 13 août de retarder de nouvelles taxes sur une série de produits de grande consommation, notamment dans le domaine de l’électronique grand public. Ces taxes entreront en vigueur le 15 décembre au lieu du 1er septembre comme initialement prévu. « Nous faisons ça pour Noël juste au cas où cela aurait un impact sur le consommateur américain », a reconnu Donald Trump. « Nous les avons reportées pour qu’elles n’aient pas d’influence sur les fêtes de fin d’année », a-t-il insisté.

En effet, l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan, publié le 16 août, a baissé au début du mois à son plus bas niveau depuis le début de l’année. Le responsable de cet indice, Richard Curtin, a indiqué que ce repli était le produit d’une « incertitude » accrue liée à la guerre commerciale, et à l’impact anticipé de ces nouvelles taxes. L’ensemble de cet arsenal pourrait coûter 1 000 dollars par an à chaque foyer américain selon une étude de la banque JPMorgan Chase, contredisant les affirmations de Donald Trump selon lesquelles il serait sans effet sur les consommateurs.

D’autres signaux se multiplient, comme le début de marasme de la production industrielle et manufacturière, que le président des Etats-Unis a pourtant promis de relancer. Souvent synonyme de récession à venir, l’inversion de la courbe des taux, ceux des emprunts à dix ans passant brièvement en dessous de celle de ceux à deux, a également provoqué le 14 août la pire chute de Wall Street depuis le début de l’année.

L’enjeu est d’importance pour un président déjà en campagne pour une éventuelle réélection en novembre 2020. Un simple ralentissement de la croissance comme celui qui s’esquisse depuis le début de l’année écornerait son bilan dans un domaine qui est l’un des rares pour lesquels il obtient des jugements majoritairement positifs. Un sondage du Wall Street Journal et de la chaîne NBC publié lundi 19 août montre que 49 % des personnes interrogées « approuvent » sa gestion de l’économie, contre 46 % qui sont d’un avis contraire. Il s’agit cependant du plus faible écart positif depuis deux ans.

Cette enquête souligne l’incompréhension que rencontre sa guerre commerciale. En effet, 64 % des personnes interrogées estiment que le libre-échange est « bon pour les Etats-Unis parce que cela ouvre de nouveaux marchés et qu’on ne peut pas éviter le fait que l’économie est aujourd’hui globale ». Seulement 27 % pensent que c’est « mauvais parce que cela affaiblit le secteur manufacturier et qu’il n’y a pas de preuve que plus de commerce entraîne la création de meilleurs emplois ».

En meeting dans le New Hampshire, le 15 août, Donald Trump a fait écho à ces craintes en se présentant comme le seul recours possible en 2020. « Vous n’avez pas d’autres choix que de voter pour moi parce que votre 401 (k) [la retraite par capitalisation] est dans les tuyaux et que tout passera à la trappe [si vous votez pour un autre]. »

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