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Généalogie musicale d’Hector Berlioz sur ses terres

Pierre Gervasoni

Le festival, organisé dans le village natal du compositeur, favorise la mise en perspective de ses œuvres, de Ravel à

MUSIQUE

LA CÔTE-SAINT-ANDRÉ (ISÈRE) - envoyé spécial

Directeur du Festival Berlioz depuis 2009 et chargé de la célébration, en 2019, du 150e anniversaire de la mort du compositeur, Bruno Messina jubile. La manifestation organisée à La Côte-Saint-André (Isère), jusqu’au 1er septembre, suscite une « liesse populaire » qu’il n’attendait pas. « Songez, dit-il, que du vivant de Berlioz personne n’a jamais entendu ici, dans son village natal, la moindre note de lui et qu’en ouverture du festival plus de 5 000 personnes se sont massées dans les rues pour le fêter. »

La raison de cet attroupement ? Un grand cheval de bois d’où allaient sortir, au terme du parcours, dans le château Louis XI, une dizaine de musiciens appelés à sonner les trois coups du festival. Plus qu’un clin d’œil aux Troyens, le célèbre opéra d’Hector Berlioz, dont deux actes seront donnés le 25 août à proximité de cette reconstitution du cheval de Troie, une conception panoramique de la programmation, bien dans la manière de Bruno Messina.

Deux concerts en témoignaient, mercredi 21 août, au piano puis à l’orchestre. Placer un récital de piano sous l’égide de Berlioz, qui n’a jamais écrit pour cet instrument, en rassemblant des œuvres qui rejoignent les principales orientations de son catalogue, voilà qui est futé. Encore plus quand chaque programme est censé évoluer dans le registre d’un des mouvements de la Symphonie fantastique. Ainsi, dans l’église Saint-André, le récital de Jean-Baptiste Fonlupt était-il associé au deuxième volet, « Un bal », de la référence berliozienne pour se cantonner au domaine de la danse, investi par Chopin et par Ravel.

Une rareté

Du premier, entre autres, une barcarolle et trois valses qui laissent perplexe. Yeux fermés, des murmures sur les lèvres, Fonlupt semble avoir l’émotion à fleur de peau. Or le piano ne s’en fait pas l’écho. Neutre, parfois terne, l’activité sonore ne séduit que lors de rares îlots de douceur. Tout aussi intermittente, la restitution des pages de Ravel invite à penser à une interprétation plus instinctive que réfléchie. Le soir, au château, le concert commence par une rareté de Berlioz, Rêverie et caprice, op. 8 (1841), pour violon et orchestre, qui confie au soliste le dessin d’un idéal partant de l’intime pour atteindre l’infini. Renaud Capuçon, lignes incisives et timbre chaleureux, endosse si bien le rôle du héros romantique qu’il en arrive à intimider l’Orchestre national de Lyon (ONL), il est vrai, limité à quelques variations d’éclairage de l’acteur principal.

Beaucoup plus à son aise avec les grandes vagues d’Une barque sur l’océan, l’ONL satisfait aux exigences du tableau de Ravel tant dans la pigmentation de la surface que dans le fuselage de la forme. Le niveau de réalisation s’élève encore dans le morceau qui suit, La Mer, de Claude Debussy. Là, il ne s’agit plus seulement de réussir de savants alliages de couleur. Il faut aussi maîtriser le mouvement permanent qui concerne tant les relations entre les instruments que la succession des séquences. C’est dire si le rôle du chef d’orchestre est primordial.

La prestation de Kristiina Poska est bluffante. La jeune Estonienne semble souffler à l’oreille de chacun un message susceptible de le guider autant que de le libérer. D’une profonde stabilité, en dépit de ses nombreuses indications, son art de diriger est de ceux qui galvanisent les musiciens. La Mer en bénéficie lors d’une version d’anthologie qui vaut à l’orchestre de s’abandonner à l’ivresse du jeu collectif sans jamais perdre le contrôle du détail.

Puis L’Arbre des songes, d’Henri Dutilleux (concerto pour violon créé en 1985), était présenté comme l’ultime ramification d’un programme où tout se tient. Avec juste raison puisque Berlioz fut le modèle (d’indépendance) de Dutilleux, que Ravel fut l’idole de sa jeunesse et que Debussy constitua jusqu’à la fin de sa vie une source inépuisable d’inspiration. Pas toujours raffinée, avec un cymbalum très bruyant, et dépourvue de trajectoire, la contribution de l’orchestre ne permit pas, hélas, de saisir toutes les filiations de l’œuvre. Heureusement, Renaud Capuçon était là pour propager la véritable sève d’un arbre devenu généalogique par la volonté de Bruno Messina.

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André (Isère). Jusqu’au 1er septembre. De 5 € à 75 €.

20190824-p12-berlioz.txt · 最后更改: 2019/08/24 00:28 由 210.176.34.10