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Barricadée, Biarritz espère profiter de la vitrine du G7

Dans la rue du Port-Vieux, à Biarritz, où la police contrôle l’entrée de la « zone rouge », le 23 août. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE » Raphaëlle Bacqué Et Michel Garicoïx

La ville a été vidée d’une bonne partie de ses vacanciers en plein été

REPORTAGE

BIARRITZ (PYRÉNÉES-ATLANTIQUES) - envoyés spéciaux

Un peu avant minuit, jeudi 22 août, des dizaines de policiers ont tiré des barrières métalliques à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Un drôle de ballet sonore, pendant que, dans la pénombre, les riverains retiraient leurs voitures et que les derniers touristes quittaient le bord de mer. En moins d’une heure, la grande plage, le casino et l’Hôtel du Palais, voulu par Napoléon III pour Eugénie, le long de l’océan, ont été séparés du reste du monde. Et la ville s’est réveillée ainsi divisée, à la veille du G7 qui doit accueillir ce week-end sur la côte basque les dirigeants des pays les plus riches.

« Désormais, il existe deux Biarritz, et même trois », explique patiemment un hôtelier à des Anglais qui ne savent plus très bien s’il est excitant d’être au cœur d’un événement mondial ou rageant de voir ses vacances compliquées par les mesures exceptionnelles de sécurité. Trois Biarritz sur quelques kilomètres carrés.

D’abord, la ville habituelle, délestée d’une bonne part de ses vacanciers et dont une partie des voies d’accès sont désormais bloquées par des camions de CRS. Ensuite, ce bout de cité en « deuxième ligne », comme disent les agents immobiliers, où seuls peuvent entrer les résidents et les clients des hôtels. Dans cette zone au centre de Biarritz où le moindre passant doit être muni d’un badge, « on a le sentiment de vivre au cœur de l’été, mais avec une fréquentation d’automne », murmure un commerçant. Les terrasses sont à moitié vides. Les restaurants, où d’habitude on se bouscule, sont tranquilles comme lors d’une semaine de Toussaint. Les rues ne connaissent plus la plaie des embouteillages, d’ailleurs les voitures ont quasi disparu.

Et puis, à mesure qu’on approche de l’Atlantique, se dessine la « zone 1 », cette langue bouclée par des policiers et des militaires et hachurée de rouge sur les plans de la ville distribués depuis dix jours par la mairie. Là se croisent devant le casino et le palace où logeront les chefs d’Etat – Donald Trump excepté – les délégations des pays du G7 et celles venues d’Inde, d’Australie ou d’Afrique, dont les dirigeants n’entreront en piste que dimanche, conviés en deuxième partie de sommet par le club des pays riches qu’accueille la France.

Sorte de Fort Knox

C’est évidemment le lieu le plus spectaculaire du moment. Une sorte de Fort Knox léché par les vagues scintillantes de l’océan. Dès jeudi après-midi, alors que le front de mer était encore ouvert au public, on y a vu arriver des files de monospaces noirs. En sont descendus des centaines de diplomates et technocrates en costume-cravate sombre, troupeau saugrenu croisant celui des surfeurs – peau bronzée et musculature impeccable.

Maintenant que les surfeurs ont été priés d’aller surfer ailleurs, il n’y aura plus, jusqu’à lundi, devant le magnifique océan, que ces hommes en noir, et aussi quelque 2 000 journalistes venus du monde entier. Les bateaux n’ont plus le droit de mouiller au large de la zone jusqu’à mardi. Sur les toits des immeubles, des soldats équipés de mitraillettes veillent, comme les hélicoptères et les drones qui passent dans le ciel.

Evidemment, la transformation en bunker de cette charmante cité balnéaire de 25 000 habitants, dont un sur deux est retraité, ne va pas sans tiraillements. Les boutiques de luxe sur l’avenue de l’Impératrice, séparées de la route où passeront les chefs d’Etat par une palissade noire, ont été engagées par la mairie à rester ouvertes, mais font grise mine.

En voyant ces milliers de policiers, venus souvent de toute la France, déployés dans la ville, la plupart des habitants et des commerçants ont certes cessé d’avoir peur des manifestants et des éventuels casseurs dont chacun parle depuis des mois. Mais, rue Gambetta, une partie des commerçants, constatant la fuite des touristes, ont choisi de tirer le rideau pendant quatre jours. « D’habitude, je fais soixante couverts, là, j’en ai fait à peine quinze », constatait dès jeudi soir le patron du Bistrot de Biarritz, Jérôme Mathelié-Quintet.

« Bien sûr, nous avons des parkings fermés, des contrôles, moins de bus. Mais ce sommet est une aubaine pour cette destination internationale, pour la marque Biarritz-Pays basque, et donc pour tout notre territoire, juge cependant Serge Istèque, président de l’office du commerce et de l’artisanat. Notre renommée va ainsi les toucher, maintenant et à l’avenir. »

Le tourisme représente 15 000 emplois directs dans la cité et même si la fin du mois d’août est « gâchée » par le G7, la publicité qui en résultera, espère la mairie, est un atout : « J’ai mes opinions sur Trump ou le respect des droits de l’homme, mais ne nous privons pas de cette résonance et de ces journalistes qui vont être nos ambassadeurs », rappelle ce commerçant du quartier des Halles. Et puis, le G7 a ses avantages. C’est en prévision de l’événement que les travaux de rénovation de l’aéroport comme ceux de l’Hôtel du Palais ont été accélérés. Le 22 août, la ministre des transports et de la transition écologique, Elisabeth Borne, est venue essayer le Tram’Bus de l’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz. En face de la mairie et en plein soleil, elle a pu profiter d’un « essai » de ce véhicule articulé à traction totalement électrique.

200 vélos électriques

Une toute jeune entreprise, Pragma Industries, a elle aussi profité du G7 pour fournir les quelque deux cents vélos électriques avec pile à hydrogène qu’Engie a loués pour les journalistes accrédités pour le sommet.

Le maire de Biarritz, Michel Veunac (MoDem), 73 ans, ancien psychosociologue spécialisé dans la communication, qui se vante d’être un ami du chef de l’Etat et de François Bayrou, entend bien, en tout cas, faire du G7 un tremplin. Depuis un an qu’il travaille avec services de renseignement, policiers, diplomates et préfet des Pyrénées-Atlantiques pour préparer l’événement, il ne veut pas que les mécontentements et, pire encore, les manifestants gâchent ce G7 imaginé à Biarritz lors d’un dîner à l’Elysée en février 2018.

Prudent, il a reporté sa décision de se représenter ou pas à la mairie à la fin septembre, « après le sommet ». Menacé par l’éventuelle candidature du ministre de l’agriculture d’Emmanuel Macron, Didier Guillaume, il s’imagine déjà porté si le G7 est bien le succès qu’il espère. Il ne pourra cependant vraiment souffler qu’après dimanche, où des manifestations sont attendues à Bayonne et autour de sa ville.

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