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Le saumon, mis en cage par la Norvège

Dans le Finnmark, les filets d’élevage se sont multipliés dans les fjords. Martine Valo MANGER DEMAIN 4 | 6

La pisciculture pratiquée à l’échelle industrielle représente le deuxième secteur d’exportation du royaume derrière le pétrole, au détriment du salmonidé sauvage

REPORTAGE

ALTA, JUDABERG (NORVÈGE) - envoyée spéciale

Elle est à lui pour dix-huit heures, pas une minute de plus, alors il n’a pas l’intention d’en perdre une miette. En ce tout début d’été, le soleil ne se couchera pas cette nuit sur le Finnmark, dans l’extrême nord de la Norvège. Paul Inge Thomassen non plus. Lui qui est camionneur le reste de l’année a gagné à la loterie annuelle, gratuite pour les gens d’ici, le droit de régner trois jours durant sur la rivière Alta, ou du moins sur ce tronçon de près d’un kilomètre de long qu’il ne quitte pas des yeux. La lumière du jour a beau être permanente, le froid est mordant, l’homme a allumé un brasero et dressé deux modestes tentes avec quelques amis. Entre 18 heures et midi, le cours d’eau puissant est à portée de sa canne à pêche, la sienne uniquement. Il n’y a pas un bateau en vue, pas même un de ses fins canoës de bois à moteur, typiques de la région.

Un sourire radieux aux lèvres, Paul Inge Thomassen contemple le fleuve qui bouillonne entre des forêts s’étirant à perte de vue, surlignées d’un reste de neige au loin. Il laisse filer à ses pieds le courant qui embrasse des îlots où se côtoient oiseaux de mer et canards, et dévale jusqu’à la mer de Barents. C’est précisément là que les saumons se lancent pour remonter la rivière, des saumons atlantiques (Salmo salar) exceptionnels, qui dépassent aisément les 20 kg. La veille, Espen, son fils de 15 ans, en a attrapé un de 8 kg. Avec une passion égale à la sienne.

Dans le Finnmark, le saumon sauvage, capable de nager des kilomètres à contre-courant, de remonter des cascades en sautant, est érigé en animal totem, souvent relâché, plus rarement mangé. Il est interdit d’en attraper dix mois sur douze, et pas plus de deux spécimens par jour. Les gens d’Alta – une ville au charme exclusivement lié à son environnement naturel – se sont collectivement imposé des règles drastiques au sein d’une organisation locale de pêche qui date de… 1725.

L’intérêt ne se limite pas au plaisir de méditer dans des paysages d’exception en guettant la touche qui fera d’eux une légende d’Alta. Comme en témoignent les jets privés sur le tarmac de l’aéroport local, le saumon sauvage génère des revenus non négligeables. Des étrangers fortunés sont prêts à dépenser beaucoup pour y goûter, faisant travailler une bonne centaine de guides, employés de gîtes de luxe, pilotes de canot. Même les lords anglais se plient aux impératifs de la légendaire rivière Alta – eux doivent se contenter de l’horaire 20 heures-4 heures –, avec néanmoins le sentiment ambigu d’un privilège révolu. Comme les autres espèces de saumon sauvage dans le monde, celui de l’Atlantique se fait de plus en plus rare.

Premier pays producteur au monde

C’est un autre business cependant qui a conquis cette région nordique depuis une quinzaine d’années : l’industrie piscicole. Pour les pêcheurs du Finnmark, c’est elle, avec son lot de maladies infectieuses, avec surtout ses redoutables poux, qui est la responsable toute désignée du déclin de leur espèce reine. Une espèce qui n’a, à leurs yeux, rien à voir avec les poissons emprisonnés par dizaines de milliers, dans des élevages flottant dans les fjords.

Lorsque les smolts (des saumoneaux âgés de quelques mois) descendent la rivière où ils sont nés pour rejoindre la mer, ils passent près de ces vastes filets perméables aux pathogènes. Ils sont alors encore vulnérables. Mais, plus que tout, leurs défenseurs craignent leur hybridation, autant dire leur abâtardissement. Il reste 450 rivières à remontée de salmonidés sauvages en Norvège, avec une génétique légèrement différente selon les endroits. Les deux tiers de ces cours d’eau seraient déjà contaminés par les poissons qui s’échappent des élevages par milliers chaque année.

Car des écloseries à terre, en passant par le grossissement en mer, jusqu’aux abattoirs, la Norvège est le premier pays producteur de saumon au monde. Le secteur économique s’y est structuré à vitesse redoublée à partir des années 1980, au point de figurer en tête des exportations derrière le pétrole. En 2018, son chiffre d’affaires – en hausse de 4,4 % par rapport à 2017 – s’élevait à 6,46 milliards d’euros pour une production de près de 1,3 million de tonnes de salmonidés ; il était de 1,5 milliard d’euros et de 737 000 tonnes dix ans plus tôt.

Plus de 420 millions de saumons attendent actuellement d’atteindre la taille critique qui signifiera leur expédition à l’abattoir. Les cages disséminées tout le long des milliers de kilomètres de côtes norvégiennes n’y suffisent plus. En 2018, le gouvernement a mis des concessions aux enchères. Les prix se sont envolés, signe de l’optimisme des grandes compagnies nationales. Elles cherchent donc à se développer au Chili, au Canada, en Irlande, en Ecosse et lorgnent l’Islande. Née en Norvège, l’industrie se mondialise.

Cette expansion suscite des résistances. Notamment chez le voisin islandais. Les capacités de cette activité piscicole y sont pour l’heure limitées à 70 000 tonnes. La fronde est menée en particulier par le North Atlantic Salmon Fund (NASF), qui affirme que le nombre de saumons sauvages est passé de 10 millions, il y a quarante ans, à 3 millions aujourd’hui. « Nous pâtissons déjà des poissons échappés de Norvège, dénonce Fridleifur Gudmundsson, avocat, pêcheur et membre du NASF. Nous ne sommes pas contre l’élevage, nous avons besoin d’emplois. Mais notre île est une terre vierge, il est encore temps d’imposer des règles. Les rejets de trois cages immergées sont équivalents à ceux d’une ville de 120 000 personnes ! »

Au printemps, son association et d’autres ont remis une pétition intitulée « A contre-courant », au Parlement, à Reykjavik. L’initiative a permis de rendre la loi plus contraignante : l’autorisation de placer des filets dans les fjords islandais sera assortie d’évaluations environnementales, et l’installation de réservoirs hermétiques en mer sera moins taxée.

Croissance très rapide

Mais, à l’échelle mondiale, l’aquaculture croît plus rapidement que n’importe quel autre secteur alimentaire. Ses volumes ont dépassé ceux de la pêche depuis 2013 et représentent désormais au moins 53 % des coquillages, crustacés, poissons et algues consommés par les humains, et même 56 % s’agissant des poissons. D’une part, parce que les ressources halieutiques sont en berne : conséquence de la surpêche, entre autres, les tonnages ne progressent plus depuis la fin des années 1980. D’autre part, parce que la demande s’envole. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), depuis plus d’un demi-siècle, l’aquaculture se développe deux fois plus vite que la population. Le secteur est aussi tiré par l’augmentation de la consommation moyenne par habitant (+ 1,5 % par an depuis lors).

La domestication des espèces aquatiques se fait à un rythme accéléré par rapport à ce qui s’est passé sur Terre ces derniers millénaires. Les experts de la FAO prévoient que l’on pourrait atteindre une production totale de 201 millions de tonnes en 2030 (en excluant les plantes aquatiques), essentiellement grâce aux progrès technologiques censés permettre à l’aquaculture de fournir 37 % de plus qu’en 2016. C’est en Chine qu’a lieu l’essentiel de cette mutation : le pays produit à lui seul plus de poissons d’élevage que le reste du monde. Le saumon de l’Atlantique est loin de faire le poids face aux carpes, tilapias, crevettes d’Asie… mais la niche qu’il occupe est la première en valeur.

Dans les pays développés, l’appétit du public pour sa chair rose striée de lignes blanches et grasses, familière des consommateurs de sushis, ne faiblit pas. Le constat inspire l’industrie. Au Canada, l’entreprise AquaBounty se targue d’avoir un temps d’avance. Cette société américaine affirme pouvoir mettre sur le marché, fin 2020, des saumons atlantiques génétiquement modifiés, qu’elle fait grandir dans des bassins à terre sur l’Ile-du-Prince-Edouard. Ayant reçu des gènes de deux autres espèces, le poisson doit pouvoir croître en toute saison et atteindre sa taille adulte en dix-huit mois, au lieu des trois ans habituels.

« Nous sommes les premiers au monde à ouvrir notre marché à un animal génétiquement modifié, déplore Mark Butler du Centre d’action écologique, à Halifax. Nous pensons qu’il ne va pas nourrir le monde ni même créer des emplois, juste ouvrir la porte à d’autres OGM. » Son organisation s’est battue devant la justice et réclame que ce « Frankenfish », comme l’ont baptisé ses détracteurs, puisse au moins être détecté par les consommateurs, alors qu’aucun étiquetage n’est prévu. Sollicitée, AquaBounty a refusé notre demande de visite, se disant échaudée par la presse française et les « politiques rétrogrades de l’Union européenne en matière de bio-ingénierie ».

« O.K. ! Rendez-vous sur l’île Finnoy, dans le sud de la Norvège », dans le comté du Rogaland, a au contraire répondu Kristina Furnes. La jeune femme dirige la communication de Grieg Seafood, une ancienne entreprise familiale devenue une société de 800 personnes, qui compte, outre au Finnmark et dans le Rogaland, des élevages sur la côte ouest du Canada et aux Shetland écossaises. Elle veut montrer comment son groupe, qui s’est fixé pour objectif de produire 100 000 tonnes de saumon en 2020, cherche à répondre aux inquiétudes du public et à remédier aux conséquences environnementales de son activité.

Rendez-vous est pris à Judaberg, devant l’épicerie-café. Comme souvent dans ce pays, le tout petit port a des allures de carte postale. Le bateau rejoint le site de Nordheimsoyna, à vingt minutes de la terre ferme. Là, des tuyaux de nourrissage partent d’une barge en direction de dix-huit cages flottantes, cylindriques dans leur partie supérieure, coniques au fond. Les saumons sautent de temps à autre au-dessus de l’eau, sans atteindre le filet de protection horizontal qui décourage les oiseaux marins. L’installation n’a rien de spectaculaire : tout se passe sous la surface. Kristina Furnes vante le bien-être des poissons dans cette eau fraîche, dans laquelle ils peuvent atteindre 5 kg. Les pertes chez Grieg Seafood seraient de 8 %, selon l’entreprise, moins que le taux de 13,3 % annoncé par les statistiques officielles nationales.

Depuis la barge, Oddbjorn Ring Olsen, responsable de la petite équipe d’employés de la ferme piscicole, surveille plusieurs écrans. Deux d’entre eux correspondent au contrôle des séquences de distribution de granulés alimentaires, deux autres retransmettent les images des caméras filmant les animaux. Ceux-ci y apparaissent moins tassés que dans bien des hangars à poules pondeuses, moins nombreux que ne l’exige la réglementation – le seuil maximal est fixé à 200 000 individus par filet selon leur taille –, mais assez pour se frôler en permanence. « Voilà vingt et un ans que je travaille dans ce secteur, résume ce responsable. C’est devenu plus sérieux, nous respectons les règles fixées par le gouvernement à présent. Ça freine notre développement, mais c’est mieux. » L’un des reproches faits aux industriels est de ne pas consentir les mêmes efforts lorsqu’ils prennent pied dans d’autres pays aux réglementations moins exigeantes.

Ils sont cependant prompts à souligner que l’empreinte écologique de leurs fermes piscicoles n’est a priori pas pire que celle des principales viandes consommées. Ses émissions de dioxyde de carbone classent le saumon parmi les élevages les moins émetteurs, après le poulet. Et il arrive en tête pour son taux de conversion alimentaire, autrement dit le rapport entre ce qu’il mange et ce qu’il fournira à manger aux humains. La question de leur alimentation reste cependant un point très sensible : pour grossir, ce carnivore a besoin de croquer des petits poissons, eux-mêmes en sévère déclin. Sans une ration minimum de farines et d’huiles de poisson, il perd sa capacité à produire les oméga 3 vantés par les nutritionnistes.

Des citernes d’allure futuriste

Les stocks d’anchois du Pérou et de sardines d’Afrique de l’Ouest ont pâti de l’engouement des pays développés pour la chair rose et blanc. Les populations locales aussi. Le commerce du « poisson fourrage » est de surcroît accusé d’entretenir la pêche illégale qui mène la vie dure à ses marins. Après un pic de 30 millions de tonnes en 1994, les débarquements de ces espèces ont dégringolé de moitié certaines années. Les prix, à l’inverse, se sont envolés.

Il a fallu trouver d’autres ressources : la part de l’huile de colza, du blé, du soja – produits avec ou sans pesticides, mais moyennant une déforestation galopante –, des haricots, des algues, des insectes, constitue parfois plus des trois quarts des rations. Pour le reste, entre 25 % et 35 % de la farine est aujourd’hui fabriquée à partir de sous-produits de poisson (peau, viscères). Certains soupçonnent par ailleurs la Norvège de vouloir se reporter sur le krill, un minuscule crustacé, jusque-là épargné parce que difficile à collecter.

Le bateau de Grieg Seafood repart et glisse dans des passes étroites surmontées de falaises abruptes. Les paysages sont grandioses. Direction Tytlandsvik Aqua. Là, le groupe expérimente de nouvelles façons de s’y prendre avec les juvéniles. « L’idée est de les garder en eau douce jusqu’à ce qu’ils pèsent environ 500 grammes au lieu de 100 grammes habituellement, explique Kristina Furnes. Plus ils seront gros et robustes au moment de rejoindre la mer, plus leur taux de mortalité sera faible, et plus nous réduirons leur impact. » Les élever entièrement à terre ne résoudrait-il pas une grande partie des problèmes ? « Oui, mais cela coûterait cher, et puis nous avons des fjords profonds et propres », répond la jeune femme. Il existe d’autres pistes de recherche en Norvège, notamment des installations offshore géantes – des citernes à l’allure futuriste immergées au large, inspirées de l’exploitation pétrolière.

En prise directe avec l’environnement, la pisciculture intensive présente les deux facettes d’une industrie à risque, à la fois polluante et à la merci d’un milieu naturel imprévisible, lui-même parfois source de contamination. D’un côté, elle apporte au fond des fjords d’éventuels excédents de nourriture et force fèces de poissons – les éleveurs doivent régulièrement respecter des jachères de plusieurs mois en Norvège –, ainsi que des produits chimiques, des résidus de métaux – certains utilisent des mailles en alliage de cuivre. D’un autre, elle est exposée aux tempêtes, changements de température, de courants, de qualité de l’eau avec la généralisation de particules de micro ou nanoplastiques, la pullulation de méduses.

Des campagnes de vaccination des poissons ont permis de grandement réduire le recours aux antibiotiques, redouté par les consommateurs. Mais cela ne résout pas tout. En mai-juin, la prolifération d’une microalgue toxique, Chrysochromulina polylepis, a entraîné en quelques jours d’ensoleillement la mort de dizaines de milliers de saumons dans les comtés de Nordland et de Troms, dans le nord du pays.

Une tenue de protection est impérative pour visiter Tytlandsvik Aqua. L’installation, inaugurée en mai, évoque une unité de production d’eau potable, tant on y est focalisé sur le contrôle de sa qualité. « Notre eau est recyclée à 99,99 % », indique fièrement le directeur, Nils Viga. Des poissons âgés d’environ un an sautent à la surface des bassins, comme en mer. L’équipement a coûté 275 millions couronnes norvégiennes (environ 30 millions d’euros).

Grieg Seafood est en train d’investir aussi dans un centre opérationnel à Judaberg. Pour l’heure, trois personnes scrutent un mur d’écrans. L’objectif, ici, dépasse la surveillance des quarante-cinq cages de cinq fermes piscicoles en mer. Il s’agit de collecter un maximum de données (taux d’oxygène, salinité, direction des courants, températures, profondeurs, etc.), pour parvenir, à terme, à prévoir, grâce à l’intelligence artificielle, les prochains arrivages de pathogènes, et surtout des poux.

Traitements insecticides, lasers, bains d’eau chaude, mais aussi moules bleues et pétoncles géants pour filtrer les larves : la lutte contre ce fléau donne lieu à toutes sortes d’initiatives. Ce copépode (Lepeophtheirus salmonis) de quelques millimètres se repaît de peau et de chair des animaux dans les cages, les blessant et tuant aussi au passage des saumons sauvages. Dans la nature, on en recense en moyenne un pour cinq poissons. Mais, dans les élevages intensifs, ce parasite prospère. Les autorités, qui tiennent à jour la carte des infestations, imposent de ne pas dépasser 0,5 pou par poisson.

La base de données de Judaberg doit donc faire des envieux et être gardée top secret ? « Pas du tout, rétorque en souriant Kristina Furtes. Nous échangeons toutes les semaines nos résultats avec nos concurrents, avec les scientifiques… L’océan est si complexe. » A Alta, dans le Finnmark, Roger Pedersen, le directeur régional, renchérit : « La compétitivité, elle se joue sur les marchés ; les nouvelles connaissances en revanche, nous les partageons en permanence dans l’aquaculture. C’est ainsi que nous progressons rapidement et que nous exportons nos savoir-faire. »

Conditions sanitaires très strictes

En guise d’illustration, il nous guide jusqu’au village de Talvik. Une discrète maison de bois y abrite un drôle d’élevage depuis 2016. Les conditions sanitaires y sont très strictes : la salle consacrée à l’éclosion des œufs ne communique pas avec celle où grandissent de jolis petits poissons verts. On dirait des jouets en caoutchouc : ils sont 774 000 à évoluer en rang serré dans trois bassins vitrés. Erland, un des techniciens du lieu, le reconnaît : le lompe (Cyclopterus lumpus) est un « friendly fish », une créature d’allure amicale, moins ombrageuse que le saumon.

Six personnes prennent soin de ces animaux. Leur nourriture, une fine farine de copépode, vient du Japon. Les lompes seront vaccinés un par un contre quatre virus. Deux mois après l’opération, une fois qu’ils mesureront au moins 32 millimètres de haut – ce qui les empêchera de se faufiler à travers les mailles des filets –, ils iront passer le reste de leur vie dans les fermes piscicoles à picorer les poux des saumons en guise de snack et mourront en même temps qu’eux. La société Ryfylke Rensefisk n’en est pas à sa première écloserie. Grieg Seafood, qui est leur principal client et actionnaire, a besoin de beaucoup de lompes, ces « poissons nettoyeurs » qui iront garnir de nouvelles cages.

Roger Pedersen se présente comme un passionné de la pêche sur les rives de l’Alta. On le croit. Qui ne l’est pas dans la région ? « Je me dis qu’à ma place je peux protéger les saumons sauvages le mieux possible », confie-t-il. Alors il recense les efforts entrepris pour limiter l’impact de son secteur d’activité : les audits pour traquer les possibilités d’évasion des poissons d’élevage, les recherches sur l’éventuelle interaction avec les morues menées pour répondre à l’inquiétude des pêcheurs professionnels, les essais de transport sans glace pour alléger les camions qui traversent tout le pays.

Rien de tout ça ne suffira à rassurer les plus méfiants. Le 21 juillet 2017, Mikael Frödin, célèbre pêcheur à la mouche et journaliste suédois, a commis une infraction. En combinaison de plongée, il s’est glissé dans l’eau froide pour capter des images sous-marines d’un des élevages de Grieg Seafood, près d’Alta. « J’ai vu des animaux malades, déformés, avec des champignons. On est restés trente minutes sans toucher à rien, on a juste filmé, raconte-t-il. Mais, officiellement, on n’a pas le droit de s’approcher des cages à moins de 20 mètres. J’ai été repéré sur les réseaux sociaux. Trois mois après, j’ai reçu une convocation chez moi, en Suède. »

L’industriel s’est plaint que ses images visaient délibérément les poissons mal en point. Mikael Frödin a été condamné par la justice à une amende de 12 000 couronnes norvégiennes ou vingt-quatre jours de prison. Il ne fait pas bon remettre en question le « modèle » piscicole norvégien. Mikael Frödin a fait appel.

Prochain article Les lentilles au Canada

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