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Carrie Lam prête à retirer son projet de loi controversé

Florence De Changy

La chef de l’exécutif de Hongkong renoncerait au texte qui permet l’extradition vers la Chine à l’origine des protestations

  • renoncer à: 放弃

HONGKONG - correspondance

La chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, devrait annoncer, mercredi après-midi, son intention de « retirer » formellement le projet de loi d’extradition au cœur de la plus grave crise politique que la région administrative spéciale ait connu depuis la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine, en 1997. D’abord rapporté par le quotidien anglophone South China Morning Post, ce revirement a été confirmé à Reuters par des sources gouvernementales. Il exaucerait l’une des cinq demandes des manifestants.

  • le projet de loi d’extradition: 引渡法的提案
  • …la plus grave crise politique que la région administrative spéciale ait connu…: 注意这里用的虚拟式
  • le quotidien anglophone South China Morning Post: 英语报纸南华时报
  • exaucer: 满足(愿望)

Une réunion devait se tenir à la résidence officielle entre Mme Lam et le camp dit de « l’establishment » qui compte tous les alliés du gouvernement, principalement les députés des partis pro-Pékin qui détiennent la majorité au Parlement (Legco). Ceux-ci avaient été furieux d’apprendre « après tout le monde » la décision de suspendre le projet de loi, annoncée lors d’une conférence de presse le 15 juin. Soucieuse de ne pas répéter cet impair, Carrie Lam semble cette fois-ci avoir pris soin de ses alliés.

  • le camp dit de « l’establishement » 建制派(议员)
  • impair: 蠢事

Le retrait formel du projet de loi est la décision que des millions de Hongkongais réclamaient depuis début juin. Si elle avait été adoptée, la loi aurait permis l’extradition de personnes se trouvant sur le sol hongkongais, de toutes nationalités confondues, notamment vers la Chine ; ce qui aurait, de fait, sonné le glas de l’indépendance de la justice de Hongkong et du principe « un pays, deux systèmes » qui régit la région administrative spéciale depuis sa rétrocession à la Chine. L’indice Hang Seng de la Bourse de Hongkong a bondi de 3,9 % mercredi à l’annonce du probable retrait du projet de loi. L’économie montrait des signes d’affaiblissement depuis quelques semaines et le mécontentement des milieux d’affaires commençait lui aussi à se faire entendre.

  • sonner le glas 敲响丧钟

Cette décision risque toutefois d’être qualifiée de « trop peu, trop tard ». Tout indique en effet que si cette mesure avait été prise à la suite de la première grande manifestation d’opposition au projet de loi, le 9 juin, l’été le plus noir, de destructions et de violences, qu’a connu Hongkong depuis les émeutes de 1967 – liées à la Révolution culturelle – aurait été évité. Trois jours plus tard, Carrie Lam avait confirmé la seconde lecture du texte, ce qui donna lieu aux premières scènes de confrontations entre forces de l’ordre et manifestants. La simple « suspension » annoncée le 15 juin, alors que les opposants au projet de loi demandaient son « abandon » total, avait provoqué une manifestation encore plus massive, avec, selon les organisateurs, 2 millions de personnes dans les rues (sur une population de 7,3 millions d’habitants).

  • trop peu, trop tard: too little, too late.

Alors qu’il est apparu, au cours de la crise que ce projet de loi était une initiative de Carrie Lam, il avait néanmoins reçu le soutien de Pékin qui n’en demandait pas tant mais qui se réjouissait de cet outil législatif pour accroître son contrôle sur Hongkong. Depuis, Pékin a pris ses distances quant au projet mais a constamment réaffirmé son soutien à Carrie Lam et à la police locale. Le 7 août, le responsable de l’agence chinoise gouvernementale chargée de Hongkong avait formellement écarté, lors d’une réunion à Shenzhen, tout retrait formel.

Commission d’enquête

Cette annonce arrive au surlendemain de la fuite d’une conversation privée de Carrie Lam avec des hommes d’affaires, dans laquelle elle affirme qu’une fois qu’un dossier est catégorisé « national », la marge de manœuvre du chef de l’exécutif est « très, très, très limitée ». Elle se dit également « responsable » de ce chaos « totalement impardonnable » et affirme que « si elle pouvait », elle aurait démissionné.

Mais rien ne dit que l’annonce suffira à éteindre la crise. Car depuis les débordements du 12 juin, les motifs de colère des Hongkongais se sont multipliés. La police, à qui la gestion de la crise a été déléguée par le gouvernement et qui a, à de nombreuses reprises, semblé commettre des abus, a cristallisé la colère des jeunes manifestants qui ont eu recours à des méthodes de plus en plus violentes. « Si cela se confirme, c’est un début, mais cela ne suffira certainement pas. Carrie Lam doit à présent engager le dialogue, montrer qu’elle est vraiment décidée à régler cette crise », a réagi Emily Lau, ex-députée et poids lourd du camp * prodémocratie.

  • avoir recours à: 借助于
  • poids lourd: heavy weight

Les quatre autres demandes du mouvement sont la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur les violences policières, l’amnistie de tous les manifestants susceptibles d’être poursuivis en justice et la remise à l’ordre du jour de réformes permettant la mise en place du système démocratique prévu par la Basic Law, la mini-Constitution de Hongkong. Quant à la demande de démission de Carrie Lam, les manifestants semblent y tenir de moins en moins, considérant qu’une marionnette choisie par Pékin en vaut une autre.

  • en vaut une autre: 和另一个(傀儡)一样
20190905-p5-hk.txt · 最后更改: 2019/09/06 13:41 由 76.79.153.162