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Première polémique pour von der Leyen sur l’immigration

Virginie Malingre

Les eurodéputés de gauche dénoncent les missions du commissaire chargé des migrants pour « protéger notre mode de vie européen »

BRUXELLES - bureau européen

Pas encore en poste, Ursula von der Leyen est déjà aux prises avec une polémique. Jeudi 12 septembre, le président du Parlement européen, David Sassoli, a invité la future présidente de la Commission à venir « s’expliquer » sur l’intitulé du portefeuille du futur commissaire Margaritis Schinas. Le Grec, qui a hérité du dossier sensible des migrations, est en charge d’un poste baptisé « protéger notre mode de vie européen ». Même Jean-Claude Juncker, auquel Mme von der Leyen doit succéder le 1er novembre, est intervenu dans le débat qui agite la sphère européenne : « il faudra changer [ce nom]», a-t-il tranché sur Euronews jeudi 12 septembre.

  • en poste
  • être aux prises avec… : 于。。。斗争
  • l'intitulé du portefeuille: 档案的标题

Pour comprendre, il faut revenir à ce mardi 10 septembre, lorsque Mme von der Leyen a présenté son équipe aux journalistes. Elle a alors expliqué que M. Schinas serait chargé des questions de migration. Même si elle a ensuite rappelé que « la dignité humaine » fait partie des « valeurs européennes », l’ex-ministre de la défense allemande n’a pu faire oublier l’amalgame qu’elle venait d’établir entre la migration et la nécessité de défendre le « mode de vie européen ».

  • pour comprendre: 为了理解
  • l’amalgame: 原意是合金,转义是混合,大杂汇

Depuis, tous les opposants politiques au Parti populaire européen (PPE, droite) ont dénoncé une rhétorique dangereuse et populiste. Le choix sémantique de Mme von der Leyen serait, à leurs yeux, une concession faite aux pays de l’Europe de l’Est, hostiles à toute immigration et à tout principe de solidarité entre les Etats membres sur ce sujet. Les libéraux du groupe Renew ou les sociaux-démocrates sont montés au créneau pour lui demander de rebaptiser le portefeuille de M. Schinas. Tout comme les Verts, qui ne voient pas d’un mauvais œil se fissurer l’alliance entre ces deux groupes et le PPE. « Cette nouvelle Commission ne peut pas faire ses premiers pas entachée par une sémantique d’extrême droite, alors que le Parlement européen est pro-européen dans sa grande majorité », juge Karima Delli, eurodéputée Verte, qui proposait, mercredi, l’idée d’envoyer une lettre de protestation à Mme von der Leyen.

Le chef de file des députés PPE, Manfred Weber, a pour sa part estimé qu’il n’y avait « aucune raison de changer » l’intitulé, se disant « fier des valeurs européennes ». « Ce que veut dire M. Weber, c’est qu’on ne pourrait pas financer le modèle social européen – la santé, les retraites… – s’il n’y avait pas d’immigration », explique l’un de ses proches.

M. Juncker, également issu de la droite conservatrice, ne voit pas les choses de la même manière. « Je n’aime pas l’idée que le mode de vie européen s’oppose à la migration », a-t-il affirmé. Avant de poursuivre : « Je connais bien Margaritis [M. Schinas était le chef des porte-parole de la Commission Juncker], et je sais que cet intitulé ne correspond pas à ses propres valeurs. » Sur Twitter, le futur commissaire grec, également PPE et dont le pays est en première ligne des arrivées de migrants, a préféré mentionner, quant à lui, ses prochaines responsabilités dans le domaine des « migrations », de la « sécurité », des « droits sociaux », de l’« éducation », de la « culture » et de la « jeunesse »… plutôt que de se glisser dans les habits de gardien du « mode de vie européen ».

« Erreur de communication »

« Toute cette histoire relève d’une erreur de communication de von der Leyen et de son équipe, ils n’ont pas su expliquer ce que ça voulait dire », regrette un membre du PPE. Dans la lettre de mission qu’elle a envoyée à Margaritis Schinas, Mme von der Leyen avait d’ailleurs une vision bien plus large des futures prérogatives de son commissaire que ne le laisse penser l’intitulé de son portefeuille.

« Le mode de vie européen repose sur la solidarité, la tranquillité d’esprit et la sécurité. Nous devons répondre et apaiser les craintes et préoccupations légitimes sur l’impact d’une immigration irrégulière sur notre économie et notre société », y écrit-elle, avant de plaider pour une meilleure intégration et une plus grande cohésion sociale. Ce qui, poursuit-elle, passe par des actions en matière de formation, de culture, de sports…

Par ailleurs, note un proche du groupe Renew, « Schinas a un rôle de coordinateur, il n’a la main sur aucune administration, et le vrai pouvoir sur les sujets de migration ne sera pas chez lui ». C’est la Suédoise sociale-démocrate Ylva Johansson, commissaire aux affaires intérieures, qui a la tutelle de la direction générale en question.

Le président social-démocrate du Parlement, David Sassoli, a proposé à la future présidente de la Commission de se joindre à la conférence des présidents des groupes parlementaires, à Strasbourg le 19 septembre. Dans ce contexte, « je pense que von der Leyen fera un geste au Parlement la semaine prochaine », estime un proche de M. Weber, alors qu’elle sera à Strasbourg avec sa future équipe pour commencer à préparer les auditions, prévues entre le 30 septembre et le 8 octobre. Le Parlement doit voter, le 22 ou le 23 octobre, pour approuver le nouveau collège. L’entourage de Mme von der Leyen a, pour sa part, dit entendre les arguments déployés et fait savoir qu’aucune décision ne serait prise dans la précipitation.

« Au-delà du portefeuille de Margaritis Schinas, les intitulés des futurs commissaires ressemblent à une playlist de Spotify », dans laquelle il est difficile de s’y retrouver, ironise un fonctionnaire expérimenté du Parlement européen. Jeudi, David Sassoli a évoqué des « dénominations un peu originales et bizarres » qui ont pu « déconcerter ». Mme von der Leyen a en effet fait preuve d’une certaine inventivité, sans doute dans un souci de mieux incarner ses priorités et les missions de son exécutif.

Que ce soit au Berlaymont, qui abrite la Commission européenne, ou au siège du Parlement, chacun a sa petite blague sur l’inventaire à la Prévert de la future présidente. On s’amuse de voir que le Letton (PPE) Valdis Dombrovskis, plus attentif à l’orthodoxie budgétaire qu’à la matière sociale, se retrouve en charge de « l’économie au service des gens » ; on s’interroge sur la manière dont la Croate (PPE) Dubravka Suica, qui s’est vu confier « la démocratie et la démographie », mariera les concepts ; on ironise sur le portefeuille « voisinage et élargissement » remis au Hongrois (PPE) Laszlo Trocsanyi, dont le pays est accusé de violation de l’Etat de droit. L’ex-ministre de la justice de Viktor Orban pourrait d’ailleurs être l’un des candidats commissaires mis en cause par les eurodéputés lors des auditions à venir.

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