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Une nouvelle cartographie des zones les plus polluées de Paris

Stéphane Mandard

L’interface permet de suivre, rue par rue, l’évolution de la qualité de l’air

En pleine campagne pour les municipales, certains, au sein de son équipe, lui avaient conseillé de ne pas en rajouter sur le thème de la pollution de l’air. Trop anxiogène. Anne Hidalgo ne les a pas écoutés. La maire de Paris doit présenter, mardi 17 septembre, un nouvel outil permettant aux Parisiens de connaître de façon plus précise et plus simple la qualité de l’air qu’ils respirent au quotidien.

Il se présente sous la forme d’une cartographie accessible par l’intermédiaire du site de la Ville de Paris (Paris.fr). Le Monde a pu l’éprouver avant sa mise en ligne. Les deux premières cartes sont constituées à partir des données collectées par Airparif, l’organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France. Elles permettent de connaître les niveaux des différents polluants réglementés : les particules fines PM10 (de diamètre inférieur à 10 micromètres, µµm) et PM2,5 (inférieures à 2,5 µµm), dioxyde d’azote (NO2) et l’ozone (O3).

La première carte offre, en un coup d’œil, une photographie en temps quasi réel de l’état de la pollution à travers un code couleur très clair : vert (très faible), jaune (moyen), rouge (très élevé). Les données sont actualisées chaque heure avec une précision de 12,5 mètres. L’interface permet de zoomer au niveau de chaque rue et de constater que les niveaux de pollution oscillent d’un point à un autre et virent au orange ou au rouge lorsque l’on se rapproche des grands axes routiers et en particulier du périphérique. Les utilisateurs peuvent cliquer directement sur la carte ou entrer une adresse pour connaître à la fois l’indice de pollution (référence européenne échelonnée de 1 à 100) et les concentrations (en microgrammes par mètre cube) des quatre polluants.

La deuxième carte est un outil de prévision. Elle donne accès à l’indice de pollution (et au principal polluant concerné) estimé pour le lendemain, arrondissement par arrondissement.

Microcapteurs embarqués

La troisième carte est à la fois plus révolutionnaire et plus expérimentale. La mairie précise sur son site que les données sont « en cours de validation scientifique ». A la différence des deux premières, constituées à partir de la modélisation des mesures effectuées par les stations fixes d’Airparif, la carte de l’« expérimentation Pollutrack » a été créée à partir de capteurs mobiles. Ces microcapteurs sont embarqués sur 400 véhicules électriques (300 d’Enedis et 100 du VTC Marcel appartenant au groupe Renault) qui sillonnent Paris quotidiennement, y compris la nuit et le week-end.

A raison d’un comptage toutes les secondes et de cinq mesures moyennes transmises chaque minute par véhicule, plus de 60 millions de données ont été compilées en un peu plus de deux ans. Elles concernent exclusivement les PM2,5, les plus dangereuses pour la santé car elles pénètrent plus profondément dans l’organisme. Seules quelques stations fixes d’Airparif étaient capables de les mesurer jusque-là. Il en résulte une carte constituée à partir de la moyenne des données collectées les sept derniers jours. Matérialisée par des carrés de couleur (toujours du vert au rouge en fonction de la concentration) d’une précision de 100 mètres, la carte Pollutrack fait apparaître des « hot spots ».

Le Monde a eu accès aux données compulsées depuis le début de l’expérimentation Pollutrack. Elles montrent que ces « hot spots », outre le périphérique qui constitue un foyer de pollution permanent, correspondent à des sources très localisées : ici une avenue congestionnée (le boulevard Magenta), là une gare où certains TER fonctionnent encore au diesel (gares de l’Est et du Nord). Mais aussi les sorties de parkings souterrains, les bouches d’aération du métro ou du RER, les dépôts de bus de la RATP (encore majoritairement diesel) ou des zones où stationnent les bus sans couper leur moteur (Opéra, Saint-Lazare) ou les cars de tourisme (Concorde).

Ces « hot spots » peuvent également correspondre à des bâtiments dont le chauffage au fioul est défectueux, à des incinérateurs. Enfin, des « hot spots » éphémères se forment aussi au gré des chantiers (autour de la place de la Bastille, en rénovation).

Autre découverte de cette expérimentation, la prédominance de ces « hot spots » rive droite, dans le nord-est de Paris qui cumule forte densité de population, zones importantes de chalandise, deux gares et de nombreuses rues à « effet canyon » qui empêchent l’air de circuler.

Deuxième enseignement, outre des sources de pollution locales, une « pollution secondaire » se formerait à distance par recombinaison des gaz d’échappement et notamment des oxydes d’azote émis par les diesels (encore largement majoritaires dans le parc parisien), analyse Eric Poincelet, à l’origine du dispositif Pollutrack avec sa société PlanetWatch24.

Pour la maire de Paris, la publication de ces cartes répond à « une demande des citoyens, de plus en plus exigeants d’information et d’action de la part des pouvoirs publics » et à « un besoin de connaissance scientifique sur les particules fines, les plus dangereuses en termes de santé publique ».

Risque pour les usagers

De l’expérimentation Pollutrack, elle retient surtout la mise en évidence des « bouches du métro » comme sources de pollution. « Au-delà du trafic automobile, il y a trois cents points dans Paris qui rejettent des particules fines à des niveaux de danger exceptionnels. Ce sont les bouches d’aération du métro. Et jusqu’ici, on ne les avait pas identifiés », explique au Monde Anne Hidalgo. L’élue socialiste promet de « saisir la direction de la RATP et le ministère de la transition écologique pour mettre en place un plan de résorption ». En attendant, elle recommande aux parents de « ne pas laisser les enfants jouer au-dessus de ces grilles ».

Une étude du CNRS avec l’association Respire qui doit être publiée mercredi rappelle que les niveaux de particules fines peuvent en effet être élevés dans le métro (et dans le RER) et qu’ils font courir un risque aux usagers et aux travailleurs. Aussi, l’ONG réclame la mise en place d’un système de surveillance de la pollution dans les stations et les trains, ou le déploiement rapide de systèmes de dépollution dans les gares ou sur les rames.

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