用户工具

站点工具


20190918-p5-chine

La Chine ravit à Taïwan les îles Salomon

  • ravir qch à qn. 从某人手里夺取某物

Brice Pedroletti

Les îles Salomon sont devenues, lundi 16 septembre, le sixième allié diplomatique de Taïwan à rompre avec Taipei depuis l’arrivée au pouvoir de la présidente Tsai Ing-wen, en 2016. Intervenant un peu plus d’un an après le basculement du Burkina Faso, en juin 2018, dans l’escarcelle de la République populaire de Chine, cette nouvelle désertion ne laisse plus que seize alliés à la République de Chine, le nom officiel de Taiwan, dont cinq micro-Etats du Pacifique. Situées à l’est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et peuplées de 650 000 habitants, les îles Salomon étaient le plus important de ces Etats du Pacifique alliés à Taipei.

Outre le Burkina Faso, le Panama, la République dominicaine, le Salvador, et Sao Tomé-et-Principe ont tous décidé de reconnaître Pékin au lieu de Taipei lors des trois années écoulées. Le ralliement des îles Salomon, après trente-six ans de relations, devrait être présenté comme une victoire diplomatique par la République populaire de Chine, qui s’apprête à fêter les 70 ans de l’établissement de son régime, le 1er octobre prochain.

Réponse chinoise à la victoire, à Taipei, en janvier 2016, du Parti progressiste démocratique aux législatives et de sa représentante aux présidentielles, la pêche aux alliés à laquelle se livre la Chine reste relativement mesurée : Pékin veut appliquer suffisamment de pression pour pénaliser Mme Tsai et son parti à l’approche des élections de janvier 2020, sans toutefois mettre Taipei au pied du mur, de crainte que son gouvernement ne se lance dans une campagne de reconnaissance aux Nations unies sous un autre nom que celui de la République de Chine, ce qui serait synonyme pour Pékin d’une déclaration d’indépendance.

« Diplomatie du dollar »

L’ONU a éjecté la République de Chine au profit de la République populaire de Chine en 1971. Pékin s’était abstenu de ravir des alliés à Taiwan sous la présidence de Ma Ying-jeou (2008-2016), le prédécesseur de Tsai Ing-wen, car son parti, le Kouomintang, défend l’appartenance de principe de Taïwan à la Chine. Le ministre des affaires étrangères taïwanais, Joseph Wu, a accusé, lundi, la Chine « d’attaquer le gouvernement de Taïwan avant les élections présidentielle et législatives, afin de les influencer », et de pratiquer une « diplomatie du dollar ». La défection des îles Salomon fait suite à la remise, vendredi 13 septembre, au gouvernement d’un rapport d’enquête diligenté par le premier ministre de l’archipel, Manasseh Sogavare, élu en avril, sur les bénéfices d’un changement d’alliance au profit de la Chine. Les ministres qui en furent chargés ont effectué une tournée des pays du Pacifique alliés à Pékin avant de se rendre en août en Chine. Le rapport argue que les îles Salomon « sont appelées à tirer de grands avantages si elles changent leur alliance et normalisent leurs relations diplomatiques avec la République populaire de Chine ».

Elu en avril, M. Sogovare a reconnu avoir été pressé de tous bords de rejoindre Pékin, en vue de bénéficier d’une plus grande aide pour des infrastructures comme l’ont fait le Vanuatu, un allié de longue date de Pékin, ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La Chine, selon Reuters, aurait promis, entre autres, d’égaler la dotation annuelle de Taïwan pour le développement, budgétisée à 8,5 millions de dollars (7,7 millions d’euros) pour 2019-2020.

Pékin est ouvertement à la manœuvre dans le Pacifique, où il s’agit pour la Chine non seulement de damer le pion à Taïwan, mais de renforcer sa présence face aux Etats-Unis et à leurs alliés. « Ce n’est pas juste les Etats-Unis qui sont visés, mais l’Australie et la Nouvelle-Zélande, dont les îles du Pacifique sont le pré carré », estime la professeure June Teufel Dreyer, de l’université de Miami. « Canberra, Wellington et Taipei doivent se demander quel sera le prochain domino qui tombera. »

20190918-p5-chine.txt · 最后更改: 2019/09/17 15:30 由 40.137.92.98