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A Bordeaux, les étudiants face à la pénurie de toits

Claire Mayer

Manque d’offre, loyers élevés : la rentrée universitaire vire souvent au casse-tête dans la métropole girondine

BORDEAUX - correspondante

Depuis le début de l’été, Julien Hocquard tente de trouver un studio à sa fille Léa, bientôt 18 ans, qui a fait sa rentrée d’étudiante le 9 septembre à Bordeaux. Originaire de La Rochelle, ce père de famille vient dès que possible dans la métropole faire la queue devant les agences immobilières, dès 8 h 30. Des agences « qui n’ont rien », se désole-t-il. Après avoir fait plusieurs fois le tour du site Leboncoin à la recherche d’annonces, mis des alertes sur les sites spécialisés, il n’a plus d’idées. Jusqu’à présent hébergée dans la famille, sa fille va désormais dormir chez « une copine d’une copine pour 20 euros la nuit », en attendant une solution pérenne.

Sous-location, colocation, ils sont nombreux à Bordeaux, une des villes de France où la situation est la plus tendue, à chercher des solutions alternatives pour se loger à un coût abordable. Siloé Rabadan, 21 ans, étudiante en développement Web, a emménagé dans une colocation de onze personnes dans le centre de la ville. Une option dénichée par une agence spécialisée dans le domaine, qu’elle compte bien conserver jusqu’à la fin de ses deux années d’étude « pour ne pas se remettre dans le stress de la recherche d’appart », raconte-t-elle.

11,07 % de hausse des loyers

La location saisonnière, façon Airbnb, semble être la dernière option des étudiants bordelais, en attendant de trouver un toit, lorsqu’ils ne parviennent pas à obtenir un logement réservé aux étudiants ou à un tarif abordable dans le parc privé classique. Mais la location de courte durée, Bordeaux en a fait sa bête noire. Depuis mars 2018, la ville lutte pour faire revenir sur le marché ordinaire ces appartements. Elizabeth Touton, adjointe au maire chargée de l’urbanisme, de l’habitat et de la mobilité, leur attribue la responsabilité d’une partie de la pénurie de l’offre.

A Bordeaux, les étudiants se heurtent à deux réalités : leurs rangs grossissent bien plus vite que ceux des logements disponibles, et les loyers augmentent. D’après le « classement des villes selon le coût de la vie étudiante », réalisé par l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), la rentrée 2019 a vu une augmentation de 11,07 % du prix des loyers à Bordeaux. Pour Elizabeth Touton, « en dix ans, on est passé de 30 000 à 40 000 étudiants. Il y a une demande forte et pas suffisamment de logements ».

Pour tenter de résoudre ce problème, la ville a mis en place un comité de pilotage pour l’ensemble des territoires métropolitains. « Il a déjà été convenu d’augmenter l’offre de logement conventionné et de voir s’il n’y a pas du foncier qui pourrait être mis à disposition de logements étudiants, en particulier dans les secteurs universitaires, car les universités sont redevenues propriétaires de leur foncier depuis quelques mois », explique l’adjointe au maire.

Parmi les mesures mises en place, Elizabeth Touton souhaite mettre l’accent sur des nouveaux baux de neuf mois. Sur la période 2019-2023, entre 1 300 et 1 400 logements étudiants sont en projet à Bordeaux. Enfin, la métropole souhaite que les opérateurs immobiliers proposent des loyers étudiants encadrés, « car on s’est rendu compte que les résidences étudiantes privées ne répondent pas à tous les niveaux de ressources, loin s’en faut », argumente Elizabeth Touton.

Cette mesure est essentielle, estime Hugo Pierson, référent de l’UNEF Bordeaux, mais insuffisante. « Depuis plusieurs années, on a un vrai problème , déplore-t-il. Des étudiants doivent se loger dans leur voiture, ou partager à plusieurs un petit logement. Les loyers augmentent. On essaie de faire en sorte que les acteurs locaux se mettent autour de la table pour résoudre ce problème, mais pour l’instant, ça ne fonctionne pas trop. »

Admissions très tardives

Pour lui, « on est déjà dans une situation de rupture, et dans les années à venir ça va être encore pire ». Hugo Pierson pointe également du doigt la réforme de Parcoursup, avec des admissions très tardives dans les universités. « Les délais sont très longs, et les étudiants se retrouvent souvent dans la galère au moment de la rentrée », explique-t-il.

Le Crous de Bordeaux ne propose aujourd’hui que 7 500 logements. En cette rentrée, une nouvelle résidence de 400 logements a ouvert sur le campus de Pessac. Jean-Pierre Ferré, directeur général du Crous, précise les besoins : « Pour être dans une bonne mesure, il faudrait, là où l’on a un peu plus de 8 300 logements conventionnés, que nous en ayons environ 3 000 de plus dans huit ans. » A échéance 2027, 115 000 à 120 000 étudiants sont attendus dans la métropole, contre 102 000 cette année.

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