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E-cigarette Alerte sur les mésusages

Corine Lesnes (San Francisco, Correspondante) Et Pascale Santi

Aux Etats-Unis, des centaines de cas de pneumopathies et douze décès sont attribués au vapotage. En France, la cigarette électronique est sous surveillance. Porte d’entrée vers l’addiction pour les jeunes, ou outil incomparable de sevrage tabagique pour les fumeurs ?

  • sevrage tabagique: 戒烟

Enquête

Crise sanitaire liée à l’e-cigarette, ou mauvaise utilisation de cet outil de sevrage ? Tout a commencé dans le Wisconsin, en juillet, quand le département de la santé publique a reçu des rapports alarmants, puis lancé la première enquête. L’usage de la cigarette électronique, aussi appelée vapoteuse, présentée comme une alternative au tabac, a pris rang d’épidémie aux Etats-Unis, alertés par les cas d’affections pulmonaires étranges qui ont causé une dizaine de morts. Des inquiétudes qui gagnent le monde entier, mais sont contestées par nombre d’addictologues, lesquels attribuent ces décès à des mésusages.

  • prendre rang: 成为部分原因
  • addictologue: 毒瘾专家

Vendredi 27 septembre, les Centers for disease control and prevention (CDC) ont rapporté 12 morts et 805 cas de lésions pulmonaires, dans 46 Etats, depuis le début de l’été. 62 % des patients ont entre 18 et 34 ans, et 16 % moins de 18 ans. « 77 % des 514 cas étudiés utilisaient des produits contenant du THC [tétrahydrocannabinol, substance psychoactive du cannabis] », souligne le communiqué des CDC. Même si une grande variété de substances et d’e-cigarettes sont concernées, un nom revient souvent : les cartouches Dank Vapes, achetées au marché noir.

Soupçons sur le cannabis et la vitamine E

Certains soupçonnent que le liquide contenant du THC est mélangé à de l’huile de vitamine E, d’aspect similaire mais beaucoup moins coûteuse. Couramment utilisé comme supplément nutritionnel et dans les produits de soins de la peau, l’acétate de vitamine E n’est pas nocif lorsqu’il est ingéré ou appliqué sur la peau, mais peut être dangereux en cas d’inhalation. Cette huile de vitamine E a été trouvée dans des produits à base de THC utilisés par ces malades recensés, ont déclaré des responsables cités par le Washington Post, le 26 septembre.

« Ces cas ressemblent à ce qui est connu sous le nom de pneumopathie lipidique, souligne Stanton Glantz, professeur de médecine à l’université de Californie à San Francisco et sommité de la lutte contre le tabagisme. Un amas de graisse s’accumule dans les alvéoles, ce qui empêche l’individu de respirer. Mais on n’est même pas sûrs que les victimes aient été atteintes de la même manière. » Cette hypothèse avait déjà été décrite dans un précédent rapport des CDC et dans un article du New England Journal of Medicine début septembre, suggérant que le vapotage de liquides huileux extraits du cannabis pouvait être la cause de cas de détresse respiratoire.

Sans attendre la fin des enquêtes, les autorités ont pris des mesures d’urgence.

Le gouverneur du Massachusetts a interdit toutes les ventes de produits de vapotage pour quatre mois. Le Michigan, l’Etat de New York et le comté de Los Angeles ont suspendu les ventes de produits aromatisés. En Californie, où deux morts ont été enregistrés, le département de la santé publique a appelé les habitants, le 24 septembre, à cesser immédiatement de vapoter. Le 11 septembre, Donald Trump avait annoncé qu’une mesure d’interdiction des cigarettes électroniques aromatisées, prisées des adolescents, serait prononcée dans les prochains mois au niveau fédéral, hypothèse sur laquelle planche la Food and Drug Administration (FDA), l’agence de réglementation des médicaments et des aliments.

Ce que le New York Times a qualifié de « mystérieuse épidémie » a semé le doute dans le monde entier. L’inquiétude a gagné l’étranger. Israël a annoncé, le 24 septembre, une interdiction complète des cigarettes électroniques parfumées. L’Inde avait banni la totalité des e-cigarettes, la semaine précédente, « au nom de la santé publique et de la lutte contre les addictions ».

Pas de pneumopathies en France…

Avec environ 3 millions de vapoteurs, les autorités sanitaires françaises surveillent de près un éventuel impact sur leur santé, nous indique la direction générale de la santé. Santé publique France (SPF) a mis en place, en lien avec d’autres agences sanitaires, « un dispositif de signalement des cas de pneumopathies sévères survenues chez des vapoteurs ». « Aucun décès n’a, à ce jour, été signalé, ni aucun phénomène épidémique », ajoute l’agence. « Nous ne sommes pas dans la même situation qu’aux Etats-Unis », avait déclaré Agnès Buzyn, la ministre de la santé, dimanche 22 septembre, sur RTL. La composition des produits de vapotage commercialisés en France « n’a rien à voir avec ceux commercialisés dans d’autres parties du monde », a, de son côté, déclaré Roger Genet, directeur général de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), le 23 septembre sur France Info, rassurant une bonne partie des vapoteurs.

Dans l’Hexagone, « tous les fabricants doivent déposer la composition intégrale de leurs produits », a-t-il insisté. La réglementation est en effet plus stricte en Europe, avec un taux de nicotine limité à 20 mg/ml (jusqu’à 60 mg aux Etats-Unis), la France ayant même interdit la vente aux mineurs dès 2014.

… mais d’autres symptômes

Un point inquiète le réseau français d’addictovigilance, qui regroupe 13 centres régionaux : le vapotage, surtout chez les jeunes, de drogues de synthèse présentes dans les e-liquides, achetés sur Internet ou dans la rue. Apparue il y a quelques années, « cette tendance s’est amplifiée ces derniers mois, avec des complications cardiaques ou psychiatriques », indique Joëlle Micallef, professeure de pharmacologie au CHU de Marseille et présidente de l’Association française des centres d’addictovigilance. Les cannabinoïdes de synthèse sont des molécules très puissantes, qui possèdent jusqu’à plus de 200 fois les effets du THC. Les symptômes sont multiples : angoisse majeure, hallucinations, malaises, tachycardie, hypertension, douleur thoracique…

« Ce n’est plus un effet de mode, ces effets délétères ont déjà été observés chez plus d’une centaine d’usagers en France, dans la plupart des régions », explique Joëlle Micallef. Le réseau français d’addictovigilance a alerté l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en mai 2019. Et une enquête a été lancée sur ce nouveau mode de consommation chez les adolescents. Des cas avaient déjà été remontés en 2015. En cause, un e-liquide très puissant vendu sous le nom de « Buddha blues ». Bien souvent, les usagers pensent vapoter du cannabidiol ou du cannabis avec un certain dosage, mais ces e-liquides sont, en réalité, contrefaits avec des produits de synthèse.

« Aujourd’hui, sur les forums, les conversations sur les cannabinoïdes de synthèse ne concernent quasi exclusivement que la forme e-liquide. Celles sur leur consommation classique, en joint et avec la forme poudre, ne sont, par comparaison, presque plus consultées », confirme une publication de l’OFDT, fin 2018. La chicha (utilisée avec un dérivé de tabac) est également sous surveillance.

Vapoter aide-t-il à arrêter le tabac ?

La plupart des addictologues rejettent le discrédit global frappant l’e-cigarette. La tabacologue Marion Adler (Antoine-Béclère, APHP) voit des patients, de plus en plus inquiets, arrêter de vapoter pour reprendre la cigarette. Selon elle, aux Etats-Unis, il serait plus pertinent d’interdire les armes que de bannir l’e-cigarette. « La vapoteuse est souvent une aide très importante pour mes patients, comme les substituts nicotiniques. C’est un outil qui marche pour arrêter de fumer, il ne faudrait pas s’en priver », explique-t-elle. La nicotine étant hautement addictive, les tentatives d’arrêt du tabac sont souvent difficiles.

Les chiffres sont parlants : en France, entre 2010 et 2017, la cigarette électronique aurait permis – seule ou combinée à d’autres aides – à près de 700 000 fumeurs quotidiens d’arrêter durablement la consommation de tabac, avait indiqué SPF, en juin. Une étude de Peter Hajek (Queen Mary university of London) publiée début 2019 dans le New England Journal of Medicine (NEJM), auprès de 800 personnes, avait montré que la vape faisait deux fois mieux que d’autres substituts nicotiniques.

  • les chiffres sont parlants: 数字有说服力

Pour la communauté des addictologues, pas de doute, le tabac est la cible à combattre. En France, il tue 75 000 personnes. Et même s’il recule, le pays reste un mauvais élève en Europe. En plus de l’instauration du paquet neutre, en 2017, et du remboursement total des traitements médicamenteux d’aide à l’arrêt du tabac et des substituts nicotiniques en 2018, le gouvernement vise à faire passer le prix du paquet au-dessus de la barre symbolique des 10 euros d’ici à la fin 2020. La vape fait partie de la panoplie des outils de réduction des risques, insistent les tabacologues.

  • La panoplie des outils: 一整套的工具

Du côté des professionnels de la vape, c’est aussi l’agacement. « Nos produits s’adressent exclusivement aux fumeurs », martèle Jean Moiroud, président de la Fivape, fédération regroupant les professionnels du vapotage, boutiques spécialisées et fabricants, non liés à l’industrie du tabac, soit environ 70 % du marché. « Nous constatons un net repli des ventes et craignons que nos clients, vapoteurs ou fumeurs, retournent ou restent dans le tabac », poursuit Jean Moiroud. « On interdirait un produit de réduction des risques, alors qu’un produit qui tue une personne sur deux (le tabac) est en vente libre ? », questionne-t-il. Quant à France Vapotage, qui regroupe des industriels du tabac, elle prône « une vape responsable ». « Ces annonces provoquent confusion et inquiétude », regrette Sébastien Béziau, vice-président de Sovape, association indépendante des cigarettiers, qui promeut la réduction des risques, et auteur du blog Vap’you.

« C’est un outil de réduction des risques, même s’il faut continuer de l’améliorer, de le sécuriser et éviter qu’il soit mal utilisé et détourné de son usage », estime l’addictologue Jean-Pierre Couteron, porte-parole de la Fédération Addiction.

Quels sont les risques ?

Depuis son arrivée sur le marché, en 2010, l’e-cigarette fait débat. Des personnalités y sont très favorables, tel le pneumologue Bertrand Dautzenberg, qui martèle que « c’est un produit sûr », ou très critiques, tel Stanton Glantz, aux Etats-Unis, qui alerte depuis 2014 sur ses dangers. Pour autant, les effets à moyen et long termes sur la santé sont mal connus, le produit étant récent.

Des études pointent les risques générés par des particules fines ou autres substances qui pénètrent dans les poumons. Asthme et allergies pourraient être favorisés par les substances aromatisées. Mais il est difficile de généraliser une toxicité potentielle des émissions de la vape, notait SPF, car elle dépend de plusieurs facteurs (composition du liquide, puissance de la batterie, durée d’inhalation, volume des bouffées)…

En tout cas, un consensus est apparu : l’e-cigarette ne contient pas les nombreuses substances chimiques irritantes, toxiques et cancérigènes présentes dans le tabac. Un rapport du Public Health England, en octobre 2015, affirmait qu’elle serait 95 % moins toxique que la cigarette.

Une incitation au tabac pour les jeunes ?

Dans un rapport d’août, l’OMS qualifiait le produit d’« incontestablement nocif » parce qu’il place les jeunes utilisateurs sous la dépendance de la nicotine. La crainte principale des autorités américaines est liée à l’attrait qu’exerce l’e-cigarette sur les ados. Aux Etats-Unis, un lycéen sur cinq et un collégien sur vingt vapotent ; 27,5 % des étudiants de high school vapotaient en 2019, pour 5,8 % de fumeurs, selon la FDA.

En France, on n’en est pas là. Toutefois, les derniers résultats de l’enquête nationale EnClass, communiqués en juin par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), montraient une nette hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique chez les jeunes : 52,1 % des lycéens l’ont testée en 2018, 17 points de plus qu’en 2015. D’un autre côté, depuis les années 2000, le tabagisme chez les adolescents a fortement baissé (de 41 % en 2000 à 25 % en 2017 chez les jeunes de 17 ans). Le vapotage quotidien reste rare (2,8 % des lycéens), selon des chiffres de 2018 qui seront publiés en octobre dans la revue Actualité et dossier en santé publique (ADSP), se rassure Stanislas Spilka, responsable des enquêtes et analyses statistiques à l’OFDT. « Mais l’utilisation de l’e-cigarette chez les adolescents apparaît déconnectée d’une volonté d’arrêter le tabac », souligne-t-il. En d’autres termes, ils vapotent et fument. Autre aspect de l’étude de l’OFDT, « environ 10 % des jeunes ne savent pas ce que contiennent les produits, notamment la nicotine », poursuit M. Spilka.

Juul, la marque-phare accusée

Fondée en 2015, Juul, basée à San Francisco, a conquis près de 70 % du marché en trois ans. Ses cartouches en forme de clés USB et leurs saveurs fruitées séduisent les lycéens. L’idée est née en 2004 de deux étudiants de Stanford. James Monsees et son complice Adam Bowen continuent à assurer que Juul doit être vue comme une alternative à l’addiction au tabac, et non un gadget pour attirer les adolescents. Dans l’Hexagone, où la firme s’est installée en juillet 2018, Ludivine Baud, directrice générale de Juul Labs, indique : « Nous ne voulons pas que les adultes ne fumant pas ou n’utilisant pas de produits nicotinés utilisent des produits Juul, nous ne voulons en aucun cas que les mineurs utilisent le produit. »

Dans la meilleure tradition de la Silicon Valley, la compagnie n’a jamais sollicité d’autorisation de mise sur le marché auprès de la FDA. Les ventes se sont envolées auprès des jeunes. Ainsi, Christine Chessen, une mère de famille vivant à San Francisco, a vu son fils de 17 ans commencer à vapoter au lycée. Un an plus tard, il est à l’université et n’arrive pas à décrocher. « Juul propose un produit discret, facile à cacher, et qui procure aux jeunes un effet excitant. Ils ont l’impression qu’il n’y a pas d’effets négatifs comme avec l’alcool », explique Mme Chessen, qui est devenue militante de l’association Parents Against Vaping E-cigarettes (PAVE).

En 2018, Altria (la maison mère de Marlboro) a acquis 35 % du capital de Juul pour 12,8 milliards de dollars (11,73 milliards d’euros). En 2019, la FDA a ouvert une enquête, reprochant à Juul de vanter la moindre nocivité de ses produits en comparaison des cigarettes, sans attendre que l’agence ait vérifié si c’était le cas. Des auditions du Congrès américain ont révélé que Juul avait financé des programmes dits d’information dans les établissements scolaires, pour « éduquer » les jeunes au vapotage. Ces sessions éducatives ont été arrêtées. « Nous avons passé les années 1990 à lutter contre les géants du tabac et nous les voyons réapparaître avec les e-cigarettes », a déploré le conseiller municipal de San Francisco Shamann Walton.

Sous la pression de l’opinion, Juul a arrêté la vente des recharges parfumées. La société a fermé ses comptes glamour sur les réseaux sociaux et mis en place un système de vérification électronique de l’âge des acheteurs. Elle a annoncé qu’elle suspendait ses opérations de publicité et de lobbying aux Etats-Unis. Le 25 septembre, elle a annoncé le départ de son PDG, Kevin Burns, et son remplacement par K. C. Crosthwaite, un vétéran du tabac qui travaillait jusqu’alors au sein d’Altria. Des changements qui ont eu raison du projet de mariage de Philip Morris International et d’Altria.

Le lobby des cigarettiers à la manœuvre ?

« Nous craignons que la création d’une génération d’adolescents toxicomanes à la nicotine entraîne une recrudescence de la consommation de tabac dans les décennies à venir », interpellait un éditorial de NEJM, le 14 février. Pour faire face à la baisse des ventes de tabac, les cigarettiers ont, ces dernières années, pris des parts dans l’e-cigarette. Philip Morris a lancé en 2015 l’Iqos (pour I quit ordinary smoking), un tabac à chauffer. British American Tobacco a lancé Vype au Royaume-Uni…

« En rachetant ou en prenant des positions dans les produits de vapotage, les cigarettiers pourraient avoir plusieurs objectifs, analyse Karine Gallopel-Morvan, professeure des universités à l’Ecole des hautes études en santé publique. Ils se positionnent en acteurs de réduction des risques et revendiquent alors de participer à des commissions sur la prévention à l’OMS, par exemple. Ils récupèrent des marques d’e-cigarettes pour faire de nouveau de la publicité dans des pays où elle est interdite pour le tabac. » La spécialiste pointe d’autres risques : « Celui de renormaliser les produits du tabac, les publicités pour la cigarette électronique ressemblant à celles de la cigarette classique », et que l’e-cigarette devienne un phénomène de mode pour les jeunes. Bouée de secours pour les fumeurs ou leurre insidieux pour les jeunes ? Alors que la cigarette classique continue de tuer 8 millions de personnes par an et ne semble nulle part menacée d’interdiction, l’e-cigarette n’a pas fini de diviser.

  • bouée de secours: 救生圈
  • leurre insidieux: 阴险的诱饵
20191002-p36-ecigarette.txt · 最后更改: 2019/10/16 06:12 由 82.251.53.114