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Irak, 2003 : la geste gaullienne de Chirac

  • gaullienne 戴高乐式的

Par Alain Frachon

Ce n’était pas une guerre de nécessité. Quand les Etats-Unis attaquent l’Irak en mars 2003, ce pays ne les menaçait pas. George W. Bush menait une guerre « de choix ». Le président américain y pensait depuis les attentats du 11 septembre 2001. Il avançait des arguments « stratégiques », discutables, et une position de principe, pas moins critiquable. Son homologue français l’avait prévenu : le Moyen-Orient en serait déstabilisé et le terrorisme repartirait de plus belle. Prémonitoire.

  • de plus belle: 变本加厉地

Qu’avait-il en tête Jacques Chirac pour s’opposer ainsi, frontalement, au vieil allié américain ? Le président français mettait en avant, lui aussi, des arguments de nature stratégique. Mais plus encore il avait une vision de ce qu’allait être le XXIe siècle. Entre Paris et Washington, de 2002 à 2003, la bataille diplomatique sera dure et intense. Elle restera comme l’un des temps forts de l’ère chiraquienne.

Au lendemain des attentats fomentés par Al-Qaida, la France manifeste sa pleine solidarité avec l’Amérique. Elle participe à la coalition internationale qui, à l’hiver 2001, renverse le régime des talibans en Afghanistan – ceux-ci abritaient et aidaient Al-Qaida. Légitime défense, en somme. Le Conseil de sécurité de l’ONU avait donné son aval. Mais, déjà, l’administration Bush Jr. pense à l’Irak de Saddam Hussein.

  • donner son aval: 给予支持。 aval的另一个意思是担保。

A Washington, le raïs de Bagdad a un gros casier judiciaire : rescapé de l’intervention américaine conduite en 1991 pour chasser les troupes irakiennes du Koweït ; soupçonné d’avoir voulu assassiner le président George H. W. Bush et accusé de faire de son pays un foyer de radicalité au Moyen-Orient. Mais quel lien avec les attentats ? Aucun. Idéologiquement, Saddam Hussein est à l’opposé de l’islamisme militant.

  • avoir un gros casier judiciaire: 有前科

Dans le moment de sidération qui suit le 11 septembre 2001, les Etats-Unis imaginent une doctrine de défense contre le terrorisme : la guerre préventive. On frappe sur soupçon, on n’attend pas l’indice d’une attaque. Défait en 1991 pour avoir envahi le Koweït, l’Irak est depuis soumis à un féroce, et inique, embargo économique onusien et sujet à un strict contrôle international pour l’empêcher de se doter d’armes de destruction massive (ADM).

  • le moment de sidération 令人目瞪口呆的时刻
  • la guerre preventive 预防性战争

Saddam Hussein rend la vie difficile aux inspecteurs du désarmement de l’ONU. Bush se saisit du prétexte : l’Irak cacherait une partie de son arsenal. Les inspecteurs de l’ONU sont prudents, ils disent qu’ils arrivent tant bien que mal à travailler et ne corroborent en rien l’hypothèse de Bush. Ils demandent du temps mais, très vite, font face à la machine de mensonges d’Etat fabriqués à Washington pour accréditer la présence d’ADM en Irak. Bush veut la guerre, au nom de la « défense préventive » : l’Irak a peut-être encore des ADM, qu’il va peut-être un jour donner à des djihadistes, qui vont peut-être un jour s’en servir contre les Etats-Unis. Purs postulats.

  • tant bien que mal: 马马虎虎,好歹

Aller à la guerre sur cette base est une réponse sans proportion avec la réalité de la menace, disent les Français. L’Irak sous embargo, exsangue, à l’unité fragile, martyrisé par Saddam Hussein, risque de plonger un peu plus dans le chaos. Le Moyen-Orient, épuisé par huit années de guerre entre l’Iran et l’Irak, travaillé par l’islamisme et le réveil de vieilles lignes de fracture, ethniques et religieuses, va être encore plus déstabilisé – tout cela va nourrir le terrorisme islamiste. Voilà ce que dit Chirac à Bush, les deux hommes maintenant une relation difficile mais courtoise. La France menace d’utiliser son droit de veto à l’ONU et, en mars 2003, l’Amérique partira en guerre sans l’aval des Nations unies. Le régime de Bagdad tombe en avril. Il ne faudra pas longtemps avant que soient avérées les sombres prédictions de Jacques Chirac.

  • maintenir une relation difficile mais courtoise

L’arrogance occidentale

Saddam Hussein était un monstre. Il est coupable d’avoir massacré une partie de sa population (les Kurdes et les Arabes chiites). Il est responsable de la ruine d’un pays, gros producteur de pétrole, qu’il lance dans la guerre contre l’Iran en 1980 puis, huit ans plus tard, à bout de ressources et pour se refaire une santé financière, dans l’aventure de l’invasion du Koweït – provoquant une nouvelle guerre…

« Saddam » a toujours gouverné par la terreur et la corruption. Mais, dans les années 1970, les dirigeants occidentaux, et Chirac ne fut pas le dernier, l’ont volontiers « cultivé » (et appuyé, plus tard, contre l’Iran). Depuis les années 1990, Saddam Hussein n’avait plus d’ADM. Pourquoi le cacher aux inspecteurs de l’ONU ? Réponse : pour faire croire à l’Iran, l’éternel ennemi, qu’il en avait encore ; pour maintenir face à la République islamique un semblant de dissuasion. Ignorant tout de la complexité de la réalité irakienne, Bush cède aux sirènes des néoconservateurs qui l’entourent. Il endosse leurs illusions messianiques : pour mettre fin au terrorisme, il faut démocratiser le Moyen-Orient et faire à Bagdad ce qu’on a fait à Berlin et à Tokyo en 1945. L’affaire des ADM était un prétexte.

  • faire croire à l’Iran: 使伊朗相信
  • Maintenir face a la République islamique un semblant de dissuasion: 面对伊朗,维持一个震慑的假象。
  • Bush cède aux sirènes des néoconservateurs…: 布什屈服于周旋于他左右的新保守主义者的妖言惑众

Chirac, qui se méfiait de l’arrogance occidentale, a-t-il pressenti que le 11 septembre 2001 marquait le début de la fin pour le moment de prépondérance américaine – le temps de l’hyperpuissance, disait Hubert Védrine – qui a suivi l’effondrement de l’URSS ? Au monde unipolaire allait succéder une « multipolarité » marquée par l’émergence de nouvelles puissances. Dans cet univers, Chirac, comme François Mitterrand avant lui, a voulu une UE forte, parlant d’une seule voix dans le nouveau monde. Dans l’affaire irakienne, ce ne fut pas le cas. L’UE s’est divisée, déchirée, impuissante à peser sur la tragédie qu’avait annoncée Jacques Chirac.

PS Sur cette histoire, deux livres incontournables publiés aux éditions Perrin : « Histoire secrète de la crise irakienne », de Fréderic Bozo (2013), et « La Guerre Iran-Irak », de Pierre Razoux (2013).

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