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Energie : « La transition ne va pas assez vite »

Lors d’une conférence à Göteborg, en Suède, en 2017. JULIA REINHART/ GETTY IMAGES Propos Recueillis Par Nabil Wakim

Steven Chu, ancien secrétaire d’Etat à l’énergie de Barack Obama, dénonce l’attitude des majors du pétrole

ENTRETIEN

Secrétaire à l’énergie de Barack Obama entre 2009 et 2013, Steven Chu a reçu le prix Nobel de physique en 1997, avec Claude Cohen-Tannoudji et William Phillips. Il est aujourd’hui professeur à l’université Stanford (Californie) et revient, pour Le Monde, sur le développement des énergies renouvelables.

Quatre ans après l’accord de Paris, les énergies fossiles représentent encore plus de 80 % du mix énergétique, et le monde consomme plus de 100 millions de barils de pétrole par jour. La transition énergétique est-elle sur de bons rails ?

Nous avons toutes les raisons d’être inquiets. La transition énergétique ne va pas assez vite. En Europe ou aux Etats-Unis, les émissions de CO2 sont stables ou diminuent légèrement. Mais ce n’est pas suffisant. Les derniers travaux sur le climat nous montrent que les risques sont de plus en plus importants. L’environnement dans lequel nous vivons est plus sensible que ce que l’on pensait.

On assiste à un très fort développement des énergies renouvelables, comme le solaire ou l’éolien. Peuvent-elles remplacer les énergies fossiles ?

En partie seulement. On peut débattre de la proportion d’énergies renouvelables dans le mix électrique futur, mais on sait que leur place sera prépondérante. Pour autant, il faut aussi reconnaître qu’intégrer des énergies renouvelables dans un réseau électrique ne se fait pas sans d’importantes difficultés techniques. Je ne pense pas qu’il soit possible d’atteindre 100 % d’énergies renouvelables dans un futur proche. Nous n’avons pas assez de moyens de stockage d’électricité.

Le coût des batteries a pourtant été divisé par cinq ces dix dernières années…

Actuellement, les batteries ne peuvent pas stocker suffisamment d’électricité pour s’assurer de ne pas avoir de coupures sur le réseau. Leur coût a très fortement baissé, avec l’émergence des véhicules électriques, mais elles restent très chères pour stocker de grandes quantités d’électricité. Le réseau électrique continuera à avoir besoin de moyens pilotables, mobilisables à la demande.

Quels types d’énergies pourraient alors prendre le relais ?

Vous avez le choix entre produire de l’électricité avec de l’énergie nucléaire ou des énergies fossiles, mais avec un système, la séquestration carbone, qui permette de limiter les émissions de CO2, et qui n’existe pas encore à l’échelle industrielle. Le sujet est important : les populations ne seront pas d’accord pour renoncer à la lumière, fermer les usines et mettre à l’arrêt l’économie.

Je pense que le nucléaire doit être partie prenante pour prendre le relais des renouvelables. Mais il faut y changer un certain nombre de choses : les délais dans la construction sont trop longs, et les coûts trop élevés. L’industrie s’est souvent montrée incapable de construire des centrales à temps et dans le budget. Mais il faut reconnaître que ce secteur fait l’objet d’un contrôle plus aiguisé que n’importe quelle autre filière.

  • aiguisé: 尖锐的

Une option serait de produire à la chaîne des petits réacteurs nucléaires modulaires, dans une usine, avec des conditions extrêmement contrôlées. Cela permettrait peut-être de régler le problème des délais et des coûts. Et s’ils sont suffisamment petits, ils peuvent être plus sûrs.

Le développement des véhicules électriques peut-il sérieusement faire baisser les émissions de CO2 ? Si l’électricité est produite par du charbon, le problème reste entier…

Dans les scénarios les plus optimistes, en 2050, les voitures électriques pourraient représenter la moitié du parc en circulation. Si, à cette date, on a encore autant de charbon qu’aujourd’hui, nous serons dans une très mauvaise situation…

Il faut mener les choses en parallèle. On ne peut pas attendre que toute l’électricité soit décarbonée pour se lancer dans le véhicule électrique ! Ce dernier constitue une bonne solution, à condition qu’il soit compétitif avec les voitures à moteur thermique, et ce sans subvention, ce qui n’est pas le cas du tout aujourd’hui.

  • à condition que+subjonctif

Le boom du pétrole de schiste a placé les Etats-Unis au premier rang des producteurs d’or noir dans le monde. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les Etats-Unis ?

Sur le court terme, c’est bon pour l’économie américaine. Mais sur le moyen terme, la question du changement climatique est incontournable. On doit trouver de meilleures solutions que le pétrole et le gaz comme sources d’énergie. Si on n’y arrive pas, et que les hydrocarbures restent les options les moins chères, il n’y aura pas assez de volonté politique pour ne pas extraire ces milliards de dollars qui sont sous terre.

C’est aussi pour cela que j’espère qu’on verra des progrès dans le secteur des batteries et des véhicules électriques : le marché peut se retourner seulement si on a de meilleures voitures.

La très forte production pétrolière américaine a-t-elle un impact sur la politique de Donald Trump ?

Le président Trump a beaucoup de soutien au sein de l’industrie pétrolière. Ces grands groupes sont prêts à soutenir des campagnes électorales et à payer des millions de dollars pour créer de la confusion autour du changement climatique, qui bénéficie pourtant d’un consensus scientifique très fort. Au fond, les compagnies pétrolières sont dans une bataille pour leur survie.

Il est intéressant de noter que ce n’est pas le cas de l’industrie automobile américaine qui, contrairement à Trump, ne souhaite pas revoir à la baisse les normes instaurées pendant le mandat de Barack Obama. Elle veut pouvoir vendre ses véhicules à l’étranger et respecter les règles mises en place.

Depuis son arrivée au pouvoir, Trump a remis en cause de très nombreuses réglementations environnementales mises en place sous l’administration Obama…

Il y a une révision systématique de ces politiques – on l’a vu avec l’abandon du Clean Power Plan [un plan de réduction des émissions de CO]. Mais beaucoup des réglementations qui sont en cours de démantèlement n’ont rien à voir avec le climat : il s’agit des normes sur la qualité de l’eau, de l’air, etc.

A l’inverse, plusieurs candidats démocrates se sont engagés pour un « Green New Deal », et défendent un objectif de 100 % d’énergies renouvelables à brève échéance…

C’est une approche ambitieuse, mais atteindre 100 % d’énergies renouvelables dans un laps de temps court me semble très difficile. Certains de mes collègues à l’université Stanford prétendent depuis vingt ans qu’on peut atteindre 100 % d’énergies renouvelables… dans vingt ans ! Ce n’est probablement pas ce qui va se passer.

Le « Green New Deal » n’est pas une feuille de route pragmatique, c’est plutôt une vision politique. Une chose est claire : à la fin de ce siècle, le monde doit être neutre en carbone. C’est un objectif très difficile à atteindre, vers lequel on ne se dirige pas assez rapidement.

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