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Campements de migrants : les villes haussent le ton

Un campement de migrants, près de la porte de La Villette, à Paris, en août. KAMIL ZIHNIOGLU/AFP Julia Pascual

Le bras de fer entre l’Etat et les collectivités se durcit à l’approche des municipales de mars 2020

  • le bras de fer: 角力
  • l’approche des municipales de mars 2020: 2020 三月的市政选举的到来

Il y a des campements de rue, des squats, des installations sous des porches ou dans un bois… Lundi 7 octobre, treize maires (de Paris, Metz, Strasbourg, Lille, Nantes, Troyes ou Saint-Denis…) ont décidé de tirer la sonnette d’alarme dans une tribune publiée par Libération, en dénonçant une situation qui « ne cesse de se dégrader » pour les migrants. En hébergeant ici des familles, en mettant à disposition là-bas un bâtiment ou en organisant des distributions alimentaires, ces élus disent pallier les « carences » des pouvoirs publics mais être à « à court de moyens ». En face, le ministère de l’intérieur réfute ce constat. « La situation s’est beaucoup améliorée depuis trois ans », répond-il.

  • tirer la sonnette d’alarme: 拉响警报
  • pallier les carences des pouvoirs publics
  • être a court de moyens

A quelques mois des élections municipales, le bras de fer entre les collectivités et l’Etat est ainsi en train de se durcir. A Paris, Anne Hidalgo se rend toutes les semaines sur les campements du nord de la capitale pour interpeller l’Etat sur la situation des personnes à la rue, qui seraient actuellement entre 1 600 et 3 000.

« Evidemment que ce sujet sera un enjeu des municipales » de mars 2020, pointe Aïcha Bassal, adjointe à la maire socialiste de Nantes. La ville réclame aujourd’hui 10 millions d’euros à l’Etat pour avoir pris en charge 769 personnes sur un an, après l’évacuation d’un campement en septembre 2018. La semaine dernière, la maire et présidente de la métropole, Johanna Rolland, a interpellé le ministère de l’intérieur à la suite du décès d’un migrant dans le gymnase Jeanne-Bernard de Saint-Herblain. Quelque 800 migrants – des Erythréens, Soudanais, Guinéens… – y vivaient depuis des mois dans des conditions insalubres.

  • des conditions insalubres: 不卫生的生活条件

Mardi 8 octobre, la préfecture de Loire-Atlantique a examiné les situations des occupants. La plupart sont des demandeurs d’asile. « Ils relèvent du dispositif national d’accueil, c’est-à-dire de la responsabilité de l’Etat », souligne Marie Henocq, de la Cimade. « On a fait beaucoup d’effort, se défend-on au ministère de l’intérieur. Il y a toujours un jeu d’acteurs entre l’Etat et les collectivités locales, non sans arrière-pensée politique. »

  • arrière-pensée politique

Malgré un doublement de ses capacités en quelques années, le dispositif national d’accueil n’héberge qu’un demandeur d’asile sur deux, soit quelque 75 000 personnes. L’association Forum réfugiés-Cosi, qui gère plusieurs plates-formes d’accueil pour demandeurs d’asile, le mesure : « On a 3 800 personnes qui ne sont pas prises en charge dans le Rhône, 5 700 dans les Bouche-du-Rhône, 3 200 en Haute-Garonne…, liste Jean-François Ploquin, son directeur général. On estime qu’un tiers sont logés par des compatriotes ou en tout cas via des solutions fragiles, un tiers se retrouvent dans l’hébergement d’urgence et un tiers sont complètement sur le carreau. »

Embolie du système

A Lyon, 450 personnes occupent un squat du quartier de la Croix-Rousse. D’autres sont « disséminées, dans des jardins publics, place Carnot, sous des porches… », constate M. Ploquin. A Toulouse, 1 100 personnes seraient présentes dans des squats. Entre Bordeaux et Mérignac, autant se trouveraient entre « des tentes et des petits squats », assure Corinne Torre, de Médecins sans frontières (MSF).

L’embolie du système est telle que des situations inédites apparaissent. Ainsi, depuis plusieurs années, des demandeurs d’asile tibétains convergent vers des campements de fortune dans les Yvelines. « Mais, pour la première fois, en août, il y a eu une expulsion sans aucune prise en charge », s’étonne Eléna de Gueroult d’Aublay, avocate de la Ligue des droits de l’homme, qui a, mardi 8 octobre, saisi la justice administrative d’un référé-liberté, pour obliger l’Etat à agir alors que 400 personnes vivent dans un bois, sur la commune d’Achères, avec seulement deux robinets d’eau et deux toilettes sèches.

  • l’embolie 栓塞。 医学术语

Au gré des lieux, les problématiques diffèrent. Sur le littoral de la Manche, c’est toujours le désir d’Angleterre qui alimente les campements. « Mais l’Etat s’obstine dans sa stratégie d’éloignement de la zone en menant des expulsions quasi quotidiennes », explique Franck Esnée, coordinateur de Médecins du monde dans les Hauts-de-France. Environ 350 personnes seraient présentes à Calais. Et autant à Grande-Synthe, alors même que, mi-septembre, un millier de migrants ont été évacués d’un gymnase mis à disposition par la mairie. Ceux qui sont revenus sont désormais installés dans un sous-bois. « Il y a entre 15 et 18 familles avec enfants, souligne M. Esnée. Les gens en sont réduits à boire l’eau du lac. »

Les campements du nord parisien abritent des profils divers : des demandeurs d’asile, des réfugiés et des personnes « dublinées », c’est-à-dire qui ont été enregistrées dans un autre pays de l’UE et qui, en vertu du règlement de Dublin, ne peuvent demander l’asile en France avant un délai de six à dix-huit mois. La ville souhaiterait que l’Etat suspende l’application de Dublin – comme en 2016 lors de l’évacuation du bidonville de Calais. A l’inverse, le ministère de l’intérieur dit « essayer d’augmenter la capacité de transfert » des personnes vers les Etats responsables de leur situation, le plus souvent l’Allemagne ou l’Italie.

La question de la prise en charge des réfugiés – censés basculer dans le logement de droit commun – donne lieu à un renvoi de responsabilités. « Les collectivités locales, et c’est le cas de Paris, n’ont pas encore pris à bras-le-corps la question du parcours résidentiel des réfugiés », tacle Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). « On a 200 000 demandes de logement social à Paris, il n’y a pas de coupe-file pour les réfugiés », évacue Dominique Versini, l’adjointe chargée de la solidarité.

Dans d’autres villes, c’est la problématique des mineurs non accompagnés, dont la charge incombe à l’aide sociale à l’enfance et donc aux départements, qui se surajoute. A Marseille, par exemple, « il y a a minima 350 personnes à la rue, dont beaucoup de mineurs dont l’évaluation d’âge est en cours… », détaille Corinne Torre. Dans un ancien couvent squatté, où 320 autres personnes s’entassent, « il y a une trentaine de mineurs avec une ordonnance de placement du juge », précise Mami, membre du collectif 59 Saint-Just, qui gère le lieu.

« Durcissement des conditions »

A Rennes, c’est la situation des personnes déboutées de l’asile qui inquiète. « Tous les soirs, on met à l’abri 746 personnes, dont 407 enfants mineurs », assure Frédéric Bourcier, adjoint PS à la solidarité. La plupart sont des familles, originaires de Géorgie, d’Ukraine ou d’Albanie, en fin de droit.

Au début de l’été, la ville bretonne a vu apparaître un campement sur le parc municipal des Gayeulles, une situation jusque-là inédite. « Sur plusieurs territoires, il y a depuis cet été un durcissement des conditions d’accueil dans l’hébergement d’urgence généraliste », estime Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité. La préfecture d’Ille-et-Vilaine assure cependant qu’« aucune directive n’a été donnée au 115 pour refuser l’admission de personnes sans titre de séjour ». Mais elle rappelle qu’« à l’exception des personnes vulnérables, les personnes qui ne sont pas “sous statut” n’ont pas vocation à être hébergées par l’Etat. »

  • jusque-là: 直到那时/那里

La posture est la même dans la Marne, où la préfecture a adressé, le 23 septembre, un courrier aux centres d’hébergement, dans lequel elle évoque des dispositifs « totalement saturés ». « Sauf vulnérabilité avérée, je vous demande de ne plus prendre en charge les personnes déboutées en France de leur demande d’asile, écrit le préfet. La France n’a plus d’obligation vis-à-vis de ces personnes. »

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