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Jusqu’à 30 ans de réclusion pour l’attentat raté de Notre-Dame

Rémi Dupré

La peine la plus lourde a été requise contre Inès Madani, 22 ans

Si le véhicule avait pris feu, si les bonbonnes de gaz avaient explosé, personne dans cette salle ne se poserait la question de la sanction. Ce serait évident : il faudrait prononcer la réclusion criminelle à perpétuité. » Jeudi 10 octobre, au terme de son long réquisitoire, l’avocat général Jean-Michel Bourlès a réclamé trente et vingt-cinq ans de prison, avec une période de sûreté aux deux tiers, respectivement contre Inès Madani, 22 ans, et Ornella Gilligmann, de dix ans son aînée et mère de famille.

Les deux femmes, impassibles dans le box des accusés, sont jugées par la Cour d’assises spéciale de Paris pour avoir tenté d’incendier une voiture remplie de bonbonnes de gaz, dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, rue de la Bûcherie près de Notre-Dame de Paris. Ce projet d’attentat, conçu au nom de l’Etat islamique (EI), a échoué car le tandem avait imprégné le véhicule de gasoil, un carburant moins inflammable que l’essence.

Le représentant du Parquet national antiterroriste (PNAT) est longuement revenu sur « les versions divergentes, les déclarations fluctuantes et variables » des deux femmes, mises en examen pour « association de malfaiteurs terroriste », et sur l’emprise exercée sur Ornella Gilligmann par Inès Madani. Cette dernière avait séduit sa future complice en se faisant passer durant plusieurs mois, sur les réseaux sociaux, pour un djihadiste dénommé Abou Souleyman, Abou Omar ou Abou Junayd.

« La seule raison qui me pousse à ne pas demander la perpétuité contre Inès Madani, c’est son âge au moment des faits [19 ans], a déclaré Jean-Michel Bourlès. Je ne peux pas ne pas espérer en l’être humain. Comme tout être humain, elle doit pouvoir évoluer. »

L’un des avocats des parties civiles, Thibault de Montbrial, a balayé « les excuses sociales, économiques et sectaires » avancées par les avocats d’Inès Madani – qu’il qualifie de « figure majeure du djihadisme en France et experte en manipulation » – et d’Ornella Gillingmann. « Ce n’est pas une bande de jeunes égarés qui se sont rencontrés au centre médico-social du coin, c’est un réseau de terroristes islamistes, a-t-il insisté. Gilligmann était salement radicalisée avant de connaître son prince charmant virtuel : elle n’a pas basculé par l’amour, sa bascule a favorisé l’amour. »

« Envie de tuer et de mourir »

La veille des réquisitions du PNAT, le psychiatre Daniel Zagury avait livré à la cour les conclusions de son expertise consacrée au profil psychologique des deux femmes. « Chacune a voulu montrer à l’autre qu’elle était la plus grande djihadiste et, aujourd’hui, chacune reproche à l’autre de l’avoir entraînée dans cette galère. »

Les représentants du PNAT ont estimé qu’Inès Madani, qui réfute les accusations de « tentative d’assassinat »,« était animée par l’envie de tuer et de mourir en martyre », le 8 septembre 2016, lorsqu’elle a menacé avec un couteau un agent de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), avant son interpellation à Boussy-Saint-Antoine (Essonne).

Contre Sarah Hervouët, 26 ans, la troisième complice, il a été requis une peine de vingt ans de réclusion, assortie d’une période de sûreté aux deux tiers. Elle est accusée d’avoir porté un coup de couteau à un agent de la DGSI en civil, en planque dans une camionnette, et de l’avoir blessé à l’épaule. La jeune radicalisée s’était rendue à Boussy-Saint-Antoine ce 8 septembre 2016 pour retrouver Amel Sakaou, mère de famille de 39 ans désireuse de rallier la Syrie et l’EI, et Inès Madani.

« Le sang a coulé dans ce dossier, a souligné l’avocate générale, qui a requis l’anonymat depuis l’ouverture du procès, le 23 septembre. La preuve du désengagement [de l’islam radical], c’est à Sarah Hervouët de l’apporter. Il est trop tôt pour envisager une peine différente. » Le parquet antiterroriste a réclamé vingt ans de réclusion à l’encontre d’Amel Sakaou, qui refuse de comparaître devant la cour. « J’aurais requis une peine inférieure si elle s’était présentée devant justice », a reconnu sa représentante.

La réclusion à perpétuité a été requise contre le djihadiste et recruteur Rachid Kassim, grand absent de ce procès et dont la mort en Irak a été annoncée en février 2017. Trait d’union entre les quatre principales accusées, il est perçu par Me Bourles comme « l’inspirateur, le coordinateur, l’instigateur » qui les a incitées à « commettre des actions violentes » au nom de l’EI. Le verdict est attendu pour la semaine du 14 octobre.

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