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Reconnaissance faciale, la France accélère

Expérimenta-tion de la reconnaissance faciale au centre de supervision urbain de Nice, le 15 avril 2016. SYLVESTRE/MAXPPP Martin Untersinger

Plus d’une dizaine de projets de recherche sur cette technologie sont menés en France depuis dix ans

N’ayons pas de pudeurs de gazelle ! » Le 2 septembre, devant des sénateurs, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a la ferme intention de lancer le débat sur la reconnaissance faciale. « Lors de l’attentat à Lyon [le 24 mai, un colis piégé déposé devant une boulangerie avait blessé une dizaine de personnes], nous avons identifié l’auteur par le biais de la vidéoprotection. L’événement a eu lieu à 16 h 30, mais il a été interpellé le lendemain, le temps qu’une trentaine d’enquêteurs regardent image par image l’ensemble du réseau pour refaire son parcours. Avec un système d’intelligence artificielle, quinze minutes après on aurait su où il était allé. »

  • pudeurs de gazelle: 羚羊般的谨慎

Comme le ministre de l’intérieur, responsables politiques et forces de l’ordre lorgnent depuis plusieurs années les technologies de reconnaissance faciale. En juin, la mairie de Nice a mené une médiatique expérimentation sur la voie publique. Pour sécuriser les démarches en ligne, le gouvernement teste Alicem, une application mobile comparant des photos prises « en selfie » à celles contenues dans les passeports. Non sans polémique.

  • lorgner: 贪婪地看着,垂涎。

« J’aimerais expérimenter dans les transports la reconnaissance faciale (…) au moins pour des personnes condamnées pour faits de terrorisme », a encore récemment réclamé Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France. Face à ces tentations, le cadre légal, s’il n’interdit pas la reconnaissance faciale, est encore très strict. Si bien que Cédric O, le secrétaire d’Etat au numérique, a décidé d’annoncer lundi 14 octobre dans nos colonnes vouloir un comité chargé de susciter davantage d’expérimentations de cette technologie.

  • le cadre légal: 法律框架
  • colonnes : 专栏

Dans les interstices laissés par la loi, les utilisations de la reconnaissance faciale, aux lourds enjeux de libertés publiques, ont pourtant progressé. Les forces de l’ordre peuvent d’ores et déjà interroger un fichier de police à l’aide d’une photo, pour retrouver l’identité d’un suspect : le massif fichier des antécédents judiciaires, qui contient les photos de plus de 7 millions de personnes. Et ce en dépit des réserves de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), qui pointait « des risques importants pour les libertés individuelles ».

  • dans les interstices laissés par la loi : 在法律的空隙中
  • le massif fichier des antécédents judiciaires: 巨大的法律前科的文件(库)

Les enquêteurs aimeraient étendre cet outil à d’autres fichiers, notamment ceux des personnes recherchées (FPR) et des ressortissants étrangers en France. Techniquement possible, elle ne l’est pas en l’état du droit : l’utilisation de la reconnaissance faciale est explicitement prohibée dans ces deux fichiers, comme pour beaucoup d’autres.

Les forces de l’ordre peuvent aussi rechercher un suspect sur les données des caméras de vidéosurveillance saisies dans le cadre d’une enquête judiciaire. De nombreuses entreprises proposent ces services. Par exemple la société Brainchip, qui a travaillé avec la police de Toulouse. Sa technologie, capable de faire de la « biométrie à la volée » se branche, en différé, sur les images collectées par vidéosurveillance.

Par ailleurs, selon un décompte du Monde, plus d’une dizaine de projets de recherche ont été menés ces dix dernières années, souvent sur fonds publics et en partenariat avec des services de police ou de gendarmerie, pour entraîner les algorithmes et adapter la reconnaissance faciale aux besoins des forces de l’ordre.

Par exemple, le projet Kivaou, financé par l’Agence nationale de la recherche et piloté par Sagem (devenu Safran) et le ministère de l’intérieur, a été conçu pour mettre au point un « outil de surveillance embarqué permettant d’indexer au fil de l’eau tous les passants et d’enregistrer leur biométrie faciale ». Selon nos informations, des enquêteurs ont parfois profité de ces expérimentations pour faire progresser leurs investigations.

  • au fil de l’eau: 顺其自然

Besoin d’amélioration

Les projets se multiplient aussi dans le privé, comme celui lancé par Thales et autorisé par la CNIL en 2016, consistant à tester auprès de volontaires l’identification en temps réel par la vidéosurveillance. Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris) a, lui aussi, mené en 2017 une expérimentation dans l’un de ses terminaux afin d’évaluer la technologie : des salariés volontaires passaient devant des caméras chargées de les reconnaître. Très en pointe sur la question, l’entreprise s’apprête à réaliser une nouvelle expérimentation, pour le contrôle de l’embarquement, au début de l’année 2020.

La question d’un assouplissement du cadre légal se pose en réalité depuis des années. Plusieurs propositions de loi et d’amendement ont été avancées afin de pouvoir relier vidéosurveillance et fichiers policiers par le biais de la reconnaissance faciale, afin de repérer des personnes dans la foule. Interrogé sur ce point en 2016, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, avait clairement laissé entendre qu’il travaillait en ce sens. Un projet demeuré lettre morte et une déclaration passée inaperçue. Celui-ci n’a pas souhaité répondre à nos questions.

  • un assouplissement du cadre légal: 法律框架的松动
  • lettre morte: 一纸空文

La technique a progressé et le débat de la régulation se pose à nouveau. La Commission européenne est censée proposer un texte sur l’intelligence artificielle lors des cent premiers jours de son mandat. A cette heure, l’inclusion de la reconnaissance faciale n’est pas tranchée. Certains font des Jeux olympiques (JO) de Paris, en 2024, un objectif. « Les industriels mettent la pression », souffle un bon connaisseur du dossier. Aucune décision n’a été prise à ce stade, mais les expérimentations menées aux JO de Tokyo en matière de reconnaissance faciale seront observées par la Coordination nationale pour la sécurité des Jeux olympiques.

Reste un problème de taille pour ceux qui souhaitent la généralisation de la reconnaissance faciale : si certaines formes de cette technologie sont fiables, d’autres le sont moins. Ainsi, au Royaume-Uni, l’un des pays pionniers avec l’Allemagne en Europe, le bilan de certains tests est catastrophique. Il y a donc consensus pour améliorer la technologie. « Il faut avoir un taux d’efficience de 80 %. On n’y est pas encore. Il faut faire plus d’expérimentations », juge un gendarme bien informé. C’est aussi l’avis de Didier Baichère, président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst), qui vient de publier ses travaux sur le sujet.

Il plaide pour que le gouvernement lance une concertation, débouchant sur un rapport dont l’Opecst se chargerait de tirer les conclusions législatives. Les forces de l’ordre tiennent en tout cas à ce nouvel outil. « La plus-value policière de cette technologie ne fait aucun doute », peut-on lire dans une récente note du Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie. Selon son auteur, elle pourrait même « mettre fin à des années de polémiques sur le contrôle au faciès, puisque le contrôle d’identité serait permanent et général ».

  • la plus-value: 附加值
20191015-p7-dupont.txt · 最后更改: 2019/11/07 10:02 由 82.251.53.114