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La France a du mal à faire émerger des champions

Catherine De Coppet

Si les investissements dans les EdTech ont fortement augmenté ces trois dernières années, le marché scolaire ne suit pas cette dynamique

L’enseignement scolaire est incontestablement le marché ayant le plus gros potentiel en France, mais avec le plus de freins d’accès au marché. » Ce constat établi en 2018 par Educapital, un fonds d’investissement français destiné aux technologies numériques appliquées à l’éducation (EdTech), se traduit en chiffres.

Si les investissements ont été multipliés par quatre entre 2017 et 2018, le secteur des EdTech français est encore loin de concentrer son effort sur le scolaire : il ne représentait que 7 % en 2018, contre 20 % aux Etats-Unis et 56 % en Chine (avec une moyenne mondiale à 44 %, selon Educapital).

Le premier de ces « freins d’accès au marché » tiendrait à la complexité des procédures d’achat pour les établissements publics. « La difficulté est que l’utilisateur n’est pas le payeur », pointe Pascal Bringer, PDG de Maskott, start-up créée en 2004 qui propose des interfaces numériques à destination du scolaire. « Au nom de la liberté pédagogique, l’enseignant a le choix des ressources qu’il utilise », précise Louis Derrac, consultant spécialisé en cultures numériques et EdTech.

Mais il ne suffit pas de le convaincre : « Les écoles élémentaires dépendent des mairies pour leurs achats, les collèges des départements, et les lycées des régions – même si, dans ces deux derniers cas, certaines collectivités proposent des délégations de crédits. »

Défaut de clarté

Depuis plusieurs années, l’autonomisation des budgets des établissements revient dans les débats comme une des solutions qui permettraient d’exercer au mieux cette liberté.

Le deuxième obstacle, selon Marie-Christine Levet, fondatrice d’Educapital, est « un manque de volonté politique de promouvoir le numérique dans le scolaire ». Elle alerte : « Il faudrait une réelle prise de conscience, sinon ce sont les solutions des Gafam ou d’entreprises chinoises qui finiront par pénétrer dans les classes. » Pourtant, ces dernières années, les investissements publics ont été au rendez-vous : 300 millions d’euros investis par l’Etat et 2 millions par les collectivités entre 2013 et 2017, selon un rapport de la Cour des comptes de juillet 2019.

Mais cet effort de l’Etat pâtirait d’un manque de cohérence. Selon la Cour des comptes, entre 2013 et 2017, les investissements se sont concentrés principalement sur l’équipement, et sans véritable coordination avec les collectivités. Ainsi le plan numérique pour l’école du quinquennat Hollande a principalement permis l’achat de tablettes, vite obsolètes et donc potentiellement coûteuses pour les collectivités.

A l’arrivée, en raison aussi des limites budgétaires, l’argent alloué au numérique éducatif (équipement et solutions) est très variable d’un territoire à l’autre. eCarto, une cartographie en ligne fondée sur les données du ministère, a d’ailleurs été lancée en avril par la Banque des territoires pour mieux évaluer la situation.

Autre reproche fait aux pouvoirs publics, le manque de clarté vis-à-vis de l’usage du numérique. « Le discours officiel pousse à l’innovation, mais, en pratique, on observe des blocages de la hiérarchie sur le terrain », constate Louis Derrac. En témoigne, le 14 septembre dernier, la lettre ouverte au ministre Jean-Michel Blanquer de Frank-David Cohen, PDG de Klassroom – une « EdTech » proposant des solutions de communication enseignants-parents – pour dénoncer l’interdiction faite aux enseignants par certaines académies d’utiliser Klassroom.

Ecosystème particulier

La réticence au numérique ne serait donc pas à chercher du côté des enseignants : « C’est un cliché qui déforme la réalité ! Les enseignants sont de plus en plus réceptifs et demandeurs, à condition que les produits soient adaptés », indique Raphaël Taïeb, pionnier des EdTech françaises, cofondateur de Lelivrescolaire.fr, éditeur de manuels et contenus numériques.

La dernière série des freins se situerait du côté de l’écosystème EdTech lui-même. « Estimer que le marché est difficile d’accès à cause de l’éducation nationale, c’est ignorer le fonctionnement des pouvoirs publics, mais aussi les besoins pédagogiques. Penser qu’on va faire fortune dans ce domaine parce qu’il y a près d’un million d’enseignants est une chimère », souligne Marie-Caroline Missir, directrice du développement de Digischool, qui s’adresse directement aux élèves et à leurs familles via des sites de conseil et des applications.

« Par ailleurs, compter sur la commande publique pour construire son modèle économique est une aberration ! », souligne-t-elle. Autrement dit, le marché du scolaire ne serait pas – par essence – un marché de géants.

« Nos cinq premières années ont été difficiles, il a fallu construire notre crédibilité. L’éducation des enfants est aussi sensible que la santé, et c’est bien normal », confirme Raphaël Taïeb. « En outre, chaque pays a ses spécificités culturelles pour l’éducation, toutes les solutions ne sont donc pas exportables mondialement. » Car qui dit géant dit réussite mondiale. On en est encore loin.

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