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Crise à Hongkong : Pékin accuse les magnats de l’île

Florence De Changy

Régnant sur l’économie, les milliardaires sont accusés d’être responsables de la colère des manifestants

ENQUÊTE

HONGKONG - correspondance

Les tycoons font le dos rond. On les entend encore moins qu’à l’habitude… », observe, amusé, l’influent commentateur politique Chip Tsao. A Hongkong, on utilise le mot « tycoon » (du japonais taikun, « grand prince ») pour désigner la fine fleur des ultrariches de la région administrative spéciale. Ils ont la main sur presque tous les secteurs de l’économie.

  • faire le dos rond 弓起背来。指猫保护自己的姿势
  • la fine fleur des ultras riches 巨富中的精英
  • avoir la main sur…涉足

Malgré leur grande discrétion dans la crise actuelle, Pékin a fini par les montrer du doigt, laissant entendre que c’était, au fond, à cause d’eux et des prix exorbitants de l’immobilier sous leur contrôle, que les Hongkongais sont révoltés. Dans un commentaire officiel publié à la mi-septembre par la très puissante commission des affaires politiques et légales chinoise, on lisait : « Dans le chaos actuel à Hongkong, beaucoup de jeunes ont tourné leur insatisfaction et leur colère vers le gouvernement, mais il faut relever qu’ils se sont probablement trompés de cible. »

  • montrer qn du doigt 指责

En l’absence d’une solution politique, l’Etat-parti n’ayant aucune intention de céder aux revendications démocratiques, la Chine aimerait lire les événements de Hongkong comme une crise sociale, une crise surtout du logement, dans la ville où le mètre carré est le plus cher au monde. Et s’il faut des coupables, ce sont les grands promoteurs immobiliers, équivalents du propriétaire terrien que le parti unique a combattu en Chine. A Hongkong, quatre conglomérats dynastiques (la famille Kwok avec le groupe Sun Hung Kai, celle de Li Ka-shing avec CK Hutchinson, le groupe Henderson de Lee Shau-kee et l’empire New World de la famille Cheng) se partagent l’essentiel de l’immobilier résidentiel et commercial, alors que la moitié des Hongkongais ne sont pas propriétaires.

Cette poignée de milliardaires doit désormais naviguer entre une presse chinoise attaquant les entreprises qui ne se révéleraient pas aux ordres – comme Cathay Pacific – et de jeunes manifestants eux-mêmes, désormais prompts à boycotter ou vandaliser toute enseigne qu’ils jugent pro-Pékin.

« Les maîtres du futur »

C’est Li Ka-shing, 91 ans, le plus emblématique et le plus riche (30 milliards de dollars, soit 27 milliards d’euros) d’entre eux, qui subit depuis peu les foudres de Pékin. Ayant fui le communisme dans les années 1950, Li Ka-shing s’est imposé comme l’un des hommes d’affaires les plus puissants du monde. Le message aux Hongkongais qu’il a publié par une série de pleines pages dans la presse mi-août avait brillé par son ambiguïté. Il affirmait en anglais que « les meilleures intentions peuvent aboutir au pire résultat », on pouvait y voir une condamnation de la dérive violente des manifestations ou une référence au projet de loi d’extradition avancé par la chef de l’exécutif, Carrie Lam.

  • Subir les foudres de Pékin 经受北京政府的怒火
  • depuis peu 不久前开始
  • une série de pleines pages 一系列的整版
  • briller par son ambiguïté 因为模棱两可而闪光

Plus ouvertement, M. Li a récemment dit voir les jeunes de Hongkong comme « les maîtres du futur » et insisté sur « l’importance de trouver une porte de sortie ». Pékin a dénoncé un « encouragement au crime » et les radicaux du camp pro-Pékin le qualifient de « roi des cafards » (insulte désignant les manifestants). C’est que la Chine, désormais, exige une loyauté sans nuance. Quand, mi-septembre, Pansy Ho, l’héritière du magnat des casinos de Macao, Stanley Ho (97 ans), a pris la parole devant la Commission des droits humains de l’ONU à Genève, c’était pour tenir un discours qui n’avait rien à envier aux ultranationalistes chinois. Elle fit état d’un « taux alarmant de jeunes enfants fuyant leur domicile pour devenir des combattants émeutiers de première ligne, radicalisés pour commettre des actes criminels, des enfants de tous âges endoctrinés pour détester la police à l’école et en ligne ». Peter Woo, 7e fortune de Hongkong avec le groupe Wharf, lui, a, de son côté, fait sa démonstration d’allégeance, en encourageant tout son personnel à se rendre à un rassemblement de soutien à la police et en s’y affichant en compagnie de son fils. Son empire était devenu la cible de la propagande chinoise après que l’un de ses centres commerciaux eut interdit à la police de rentrer sans autorisation.

  • Roi des cafards
  • exiger une loyauté sans nuance 要求无任何模棱两可的忠诚
  • faire état de 提及

La plupart de ces familles ont fui la Chine continentale à l’avènement du régime maoïste et su pactiser avec l’ex-ennemi à mesure que la Chine des réformes économiques devenait la source d’irrésistibles opportunités. Les relations entre ces grands capitalistes et les autorités centrales chinoises semblaient normalisées autour d’un accord tacite : leur bienveillance protège leurs fortunes.

  • Un accord tacite 不成文的合约

« Qui contrôle Hongkong ? »

En 2014, alors que Hongkong plongeait avec le « mouvement des parapluies » dans sa première grande révolte politique depuis la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine en 1997, le président Xi Jinping, avait d’ailleurs convoqué les principaux tycoons dans la capitale chinoise, une manière de reconnaître leur rôle essentiel mais aussi de les traiter comme des relais de la politique de Pékin à Hongkong. « Prendre le parti de Pékin, pour eux, c’est la solution de facilité. Les affaires d’abord, ils ont toujours raisonné ainsi. D’autant que c’est désormais la deuxième, voire la troisième génération, qui est au pouvoir au sein de ces familles, sans les stigmates anticommunistes des anciens », observe Alice Poon, auteure d’un ouvrage sur le lien entre la propriété foncière et l’élite dirigeante, Land and the Ruling Class in Hong Kong (2005, Enrich Professional Publishing, non traduit).

Certains ont déjà consenti à faire des gestes : les groupes Sun Hung Kai et Hang Lung ont annoncé des réductions de loyers sur leurs baux commerciaux tandis qu’un autre, New World, a offert au gouvernement une trentaine d’hectares de terres agricoles. Et Li Ka-shing a promis, par le biais de sa fondation, 1 milliard de dollars de Hongkong pour aider les PME du tourisme, très affectées par la chute du nombre de visiteurs chinois depuis les manifestations.

C’est que ces richissimes familles ont senti le vent tourner. « Xi Jinping, a montré plus d’hostilité à l’égard des tycoons et des entrepreneurs en général que ses prédécesseurs », observe le commentateur Chip Tsao. Quant à Carrie Lam, « elle est sans doute avec C. Y. Leung [2012-2017], celle qui, des quatre chefs de l’exécutif de Hongkong depuis la rétrocession, aura entretenu les relations les plus distantes avec les tycoons », constate Bernard Chan, l’un des proches conseillers de Mme Lam, qui siège au Conseil exécutif.

Il y a une convergence, dans ce contexte, pour tenter de faire endosser la responsabilité des maux de la ville aux tycoons. « Le Parti communiste veut tenter de faire croire au reste du monde que, une fois les Hongkongais décemment logés, ils oublieront leurs aspirations politiques. Il veut aussi profiter de cette crise pour déstabiliser de grosses fortunes sur lesquelles il estime ne pas avoir suffisamment de contrôle », analyse le député prodémocratie Chu Hoi-dick. « La question fondamentale pour Pékin, c’est qui contrôle Hongkong ? Or, pour le moment, cela reste les tycoons et cela ne convient plus au Parti communiste chinois. »

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